N° 762 | du 21 juillet 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 21 juillet 2005

Des vacances pour les plus démunis

Katia Rouff

Thèmes : Pauvreté, Vacances

Des freins financiers et symboliques empêchent des familles en difficulté de partir en vacances. Associations et collectivités locales mettent en œuvre de nombreux dispositifs encore plus performants d’année en année

En France, 40 % des familles ne partent pas en vacances. Des freins empêchent le départ de nombre d’entre elles : freins financiers mais aussi peur du changement, de la rupture avec l’environnement, de la perte des repères. Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité, a réaffirmé début juillet quatre « objectifs prioritaires » gouvernementaux : requalification des quartiers, retour à l’emploi, insertion sociale et prévention de la délinquance. Outil déjà ancien, le programme Ville, vie, vacances s’adresse aux 11 - 18 ans (près de 800 000 jeunes par an) et leur propose un accès à des activités culturelles, sportives et de loisirs ainsi qu’une prise en charge éducative pendant leurs vacances. Trente-quatre mille professionnels et bénévoles les encadrent.

En 2005, l’État consacre à ce programme dix millions d’euros, dont 10 % pour le financement d’actions de formation pour améliorer l’encadrement des jeunes. Quelques priorités ont été énoncées — renouvelées, pour certaines — pour cet été : favoriser les projets à vocation éducative (chantiers éducatifs, par exemple) ; renforcer la participation des filles (actuellement 35 à 40 % de l’effectif global) et la prise en charge des jeunes les plus en difficulté, grâce à la participation des services de prévention spécialisée et au partenariat des conseils généraux.

De son côté, le Réseau vacances familiales [1] par exemple s’engage à rendre effectif le droit aux vacances pour tous et particulièrement pour les familles en grande difficulté. Initié par ATD Quart-monde, il est aujourd’hui constitué de huit autres associations : Vacances ouvertes, les Restos du cœur, le Secours catholique… Si les formules proposées varient, elles ont en commun de proposer un lieu de vacances de qualité aux parents accompagnés de leurs enfants et un accompagnement individualisé de la famille avant, pendant et après le séjour.

En 2004, à travers leurs actions respectives, les neuf associations ont permis le départ de 3 000 familles. « Encourageant, mais largement insuffisant eu égard aux six millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, estime le réseau. Le temps des vacances peut offrir des occasions de rencontres positives et créer une mixité sociale réussie. Par là même, elles sont un outil de réduction des inégalités, de promotion et d’insertion pour des familles en exclusion ». De nombreuses actions se déroulent également au niveau local à l’initiative d’associations ou de collectivités locales.

A Paris, comme chaque année, de nombreuses familles n’auront pas les moyens de partir en vacances. Entendant favoriser « le tourisme social et familial », la mairie de Paris a cette année proposé un nouveau dispositif : avec son soutien financier, l’association Renouveau vacances [2] accordera une aide spécifique à « au moins » 300 familles monoparentales parisiennes dont les revenus sont à la fois trop élevés pour avoir accès aux aides destinées aux personnes en grande difficulté, et trop modestes pour pouvoir partir en vacances dans de bonnes conditions. Une location en village de vacances avec animations et services pour enfants (jardins d’enfants, clubs pré-ados…) leur sera proposée. Une aide de 35 %, plafonnée à 280 euros par famille (composée d’au moins un adulte et un enfant), est fournie pour tout séjour d’une semaine minimum.

Par ailleurs et depuis 2001, la même délégation municipale au tourisme s’adresse aux familles parisiennes aux revenus très modestes : chômeurs, allocataires du RMI, personnes handicapées à faibles ressources, retraités précaires, etc. L’association Vacances et familles [3], ainsi que Bourse solidarité vacances [4] proposent des séjours en maisons familiales, villages de vacances, gîtes, hôtels ou résidences de tourisme à des prix avantageux.

Le dispositif mis en place l’an dernier avait permis le départ de 2386 Parisiennes et Parisiens : 2042 avec le soutien de Bourse solidarité vacances, et 344 avec l’association Vacances et familles.
Après avoir cru, en 36, à la démocratisation des vacances, force est de constater, 70 ans plus tard, que ce beau rêve d’égalité s’est arrêté en chemin (lire l’interview de Jean Froidure, spécialiste de l’histoire du tourisme social).


[1Réseau vacances familiales - S/C ATD Quart-monde, 33 rue Bergère, 75009 Paris. Tél. 01 42 46 81 95

[2Renouveau vacances, 18 rue de l’Hôtel de ville - 75004 Paris. Tél. 01 44 59 91 00

[3Vacances et familles, 7 place Frantz Liszt - 75010 Paris. Tél. 01 42 85 39 52

[4Ce dispositif, créé en 1999 par le ministère délégué au Tourisme, réunit deux grandes catégories de partenaires : les professionnels du tourisme et des transports et les partenaires sociaux dans un but commun : favoriser le départ de toutes les personnes exclues du droit aux vacances pour des raisons économiques ou sociales. Les prestataires touristiques mettent à disposition de BSV des séjours dans leurs équipements : villages et résidences de vacances, hôtels, campings… à petits prix. La SNCF et Air France proposent également aux familles des tarifs privilégiés. Les bénéficiaires du dispositif doivent passer par l’intermédiaire d’une structure sociale. En 2004, 60 000 personnes ont pu partir grâce à ce dispositif.
Bourse solidarité vacances - Immeuble le Chanzy -18, avenue Winston Churchill - 94227 Charenton cedex. Tél. 01 41 79 15 80 - mail. contact@bvs-tourisme.fr


Dans le même numéro

Dossiers

Les vacances, un droit à conquérir

Aujourd’hui, 11 millions de personnes ne partent pas en vacances durant deux années consécutives. Parmi elles, environ quatre à cinq millions aimeraient partir mais leur situation sociale et économique ne le permet pas. À ces familles en difficulté, les travailleurs sociaux proposent un accompagnement à la construction d’un projet vacances explique Jean Froidure, professeur émérite de l’université Toulouse-le-Mirail, membre du conseil d’administration de l’association Vacances Ouvertes et spécialiste de l’histoire du tourisme social

Lire la suite…