N° 907 | du 27 novembre 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 27 novembre 2008

Des projets et des actions

Didier Labertrandie

Quatre pôles d’activités structurent le Groupe amitié fraternité. Animées et gérées par vingt-quatre salariés dont les projets ont été validés en assemblée générale, ces activités touchent en moyenne plusieurs centaines de personnes chaque jour dans la région toulousaine. Mis à part l’un des fondateurs, toujours actif au sein du GAF (Jean-Louis Galaup), tous les autres salariés sont issus de la rue, et ont gardé pour 75 % d’entre eux, administrativement, le statut de SDF puisqu’ils continuent à vivre dans des logements appartenant à l’association.

Le GAF ne compte donc aucun éducateur ou autre travailleur social dans ses propres structures, ce qui n’empêche pas son secrétaire général actuel Jean-Marc Legagneux, lui-même ancien SDF, d’intervenir dans diverses écoles d’éducateurs pour y présenter le GAF, son fonctionnement autogéré et son implication par le biais du collectif SDF dans la défense des droits et l’accès à la citoyenneté des sans domicile.

- Un premier pôle concerne les services, tels l’accueil de jour (ouvert les week-ends et jours fériés quand tout le reste est fermé…), la distribution de colis alimentaires, les maraudes nocturnes, les petits déjeuners au plus près des campements de fortune. Entre adhérents du GAF, ce pôle s’appelle « la base ».

- Un deuxième pôle propose des activités sportives et culturelles dans un immeuble du centre ville prêté par le Secours catholique. Salle de musculation au rez-de-chaussée, et, à l’étage, ateliers de peinture, de travail de la terre, de couture, de sculpture sur bois et, depuis peu, salle d’expositions dans le cadre d’un café-expo, font du local de la rue Jammes, un lieu de détente et de loisir qu’apprécient non seulement les sans domicile, mais aussi tous ceux qui souhaitent apprendre et pratiquer divers sports de combat sur un ring, sinon partager et créer dans des ateliers d’arts plastiques à des tarifs plus qu’abordables.

- Un troisième pôle, appelé « habitat différent », propose diverses formes d’hébergement, en maison relais et habitats semi-communautaires, autogérés par ceux qui y vivent. Des appartements plus individualisés mais toujours autogérés complètent la gamme, destinés à ceux qui sont les plus autonomes, et dont la location coûte moins de vingt euros par mois pour un allocataire du RMI.

- Un quatrième pôle, unique en son genre en France, concerne la maison réservée aux SDF les plus âgés. Cette maison relais accueille une quinzaine de pensionnaires âgés de 50 à 70 ans à Saint-Martin-du-Touch, quartier de Toulouse. Elle est gérée par deux anciens SDF, dont un qui habite sur place. Tous deux proposent aux pensionnaires tout un éventail de services, de l’aide ménagère à l’aide médicale, en passant par la préparation des repas, l’accompagnement administratif et l’organisation de sorties et d’autres activités de loisirs.

- D’autres services complètent la gamme : le jardin biologique de Blagnac, qui pratique la vente directe, la maison de campagne, dans le Tarn, conçue comme un lieu de vacances et de repos pour ceux du GAF ou de la rue qui aspirent à prendre un peu de recul.

- De nouveaux projets sont actuellement en gestation, dont celui, très avancé, d’une ferme de réinsertion, porté par une ancienne SDF, basé sur une réhabilitation de la personne de la rue par le biais des soins apportés à des animaux en situation de détresse. Des animaux qui seraient entre autres apportés par la SPA, et qu’adopteraient les pensionnaires, leur permettant ainsi de reprendre confiance en soi, en redevenant acteurs de leur propre développement et responsables de leur avenir.
Un autre SDF travaille lui sur le concept de « droit au camion », projet qui vise à faciliter l’accès à ce mode de transport - et de logement -, qu’il s’agisse de l’obtention du permis de conduire, de l’aménagement du véhicule et de son entretien, ou encore de la mise en réseau des offres de travaux saisonniers…

- Le Collectif SDF ainsi que le Groupe d’actions du GAF (GAG) complètent la panoplie. Pratiquant la non violence active, ces deux groupes s’impliquent dans toutes les actions revendicatives. Opérations de testing, à l’aide d’une camera cachée, pour dénoncer « la chasse aux SDF » devant les grands magasins ou d’autres lieux publics, organisation de squats autogérés, démontages de mobiliers urbains conçus pour exclure les gens de la rue, soutien, médiation et accompagnement des SDF pour le respect de leurs droits et de leur citoyenneté face aux élus locaux, comme aux administrations ou aux représentants de l’ordre public… Le champ d’actions militantes du GAG ne cesse lui aussi de s’élargir, au fur et à mesure qu’empire la ségrégation sociale.

- Le budget de l’association s’élève à 320 000 euros, dont 200 000 consommés par le pôle de l’habitat différent, 70 000 par la maison relais et 50 000 par les autres pôles d’activité. Les financements varient en fonction des activités du GAF. Pour ce qui est des chantiers d’insertion et de l’hébergement, le financement est assuré par l’Etat et le conseil général, sachant que la partie hébergement est sous le régime de deux statuts distincts (maison relais, agrée par la préfecture ou lieux à vivre, un dispositif expérimental). Quant à la salle de musculation de la rue Jammes, elle bénéficie du dispositif « polyville » auquel participent la ville, Jeunesse et Sports, département et Etat. Il faut enfin relever que 10 % du financement est assuré par les usagers eux-mêmes, puisqu’aucune des activités ou des services ne leur est proposée sans une participation, même symbolique, de leur part.


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