N° 658 | du 20 mars 2003 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 20 mars 2003 | Jacques Trémintin

Des maternités impansables - Accompagnement des parentalités blessées

Sylvie Babin


éd. L’Harmattan, 2001, (284 p. ; 21,35 €) | Commander ce livre

Thème : Maternité

On retrouvera dans l’ouvrage de Sylvie Babin une description passionnante et une réflexion pertinente sur l’expérience de la consultation des femmes enceintes en difficulté. L’auteure, assistante sociale depuis 15 ans à la maternité-pédiatrie du CHU de Nantes et intervenante au sein de la consultation depuis sa création, rend compte avec force de l’action engagée auprès de ces mères et de ces bébés, travail qui n’est facilité ni par la législation, ni par les pratiques sociales. Trop souvent, la loi pose un cadre, mais se garde bien d’en décrire les modalités de mise en ?uvre. Ainsi, l’article 341-1 du code civil affirme : « Lors de l’accouchement, la mère peut demander que le secret de son admission et de son identité soit préservé ». Mais, chaque établissement est laissé libre de s’organiser dans la concrétisation de l’admission, la déclaration à l’état civil et la signature du procès-verbal de remise en vue d’adoption, étapes pourtant distinctes mais qui sont fréquemment confondues dans une seule et même approche : l’anonymat.

Or, bien des combinaisons sont possibles. Ce peut être d’abord, la demande d’anonymat dans ces trois démarches. Mais alors, la mère ne peut ni consentir à l’adoption (et donc signer le PV), ni prétendre venir rechercher son enfant dans les deux mois qui suivent (puisqu’elle n’existe plus officiellement comme mère). Seconde possibilité : anonymat lors de l’admission et de la déclaration à l’état civil, mais identité laissée dans le PV (avec éventuellement demande de secret). Il est aussi possible de demander l’anonymat au moment de l’admission, mais pas pour l’état civil ni pour le PV. Toutes ces options n’ont pas les mêmes conséquences pour l’enfant et sa mère. Mais nombreux sont encore les hôpitaux qui, ne rentrant dans aucune de ces nuances, se contentent d’amalgamer abandon et anonymat tout en faisant signer le PV à une mère sans aucune existence légale !

Sylvie Babin illustre les étapes de l’action engagée (l’admission, l’accouchement, l’accueil de l’enfant, la signature du PV), de nombreuses vignettes cliniques qui redonnent toute leur dimension humaine à ces femmes confrontées au projet d’abandon ou à des maternités à risque. L’accompagnement proposé ne peut réussir que s’il respecte leur propre rythme. Mais ce succès est aussi lié à la qualité de l’articulation de chacun des rouages du dispositif socio-médical, ces femmes devant pouvoir bénéficier comme les autres mères de la même qualité de soin et d’attention, sans jugement ni rejet. Le fonctionnement de la Consultation a permis d’inverser la proportion de ces femmes venant accoucher en urgence sans aucun suivi préalable : on est passé de 90 % des cas à seulement 10 %. Et l’auteure de regretter que la loi qui est venue au cours de l’année 2002 modifier les conditions de l’accouchement anonyme, n’ait pas profité pour généraliser l’ouverture dans chaque maternité d’une consultation pluridisciplinaire.


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