N° 716 | du 8 juillet 2004 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 juillet 2004

Des logements adaptés aux besoins et aux finances

Entretien avec Christine Noden, de l’Association de développement des actions d’insertion de Marseille

Pour Christine Noden, chargée du dispositif d’hébergement temporaire à l’Association de développement des actions d’insertion à Marseille, les difficultés viennent d’abord du manque d’offres de logement. Ensuite il faut que les candidats à la location se mobilisent sur ce projet qui en fera un jour des locataires ordinaires.

Propos recueillis par Guy Benloulou

Quels types d’actions mène votre association en matière de logements pour les populations en difficulté ?

Notre action s’adresse aux personnes qui rencontrent un cumul de difficultés sociales et dont le parcours logement met en lumière d’importantes ruptures. Lorsque nous avons enfin trouvé un logement, le bail est signé entre l’association et le bailleur, le ménage est sous locataire pendant une période de 6 à 18 mois, ensuite le bail doit « glisser » au nom du ménage, qui devient locataire en titre.

Les offres sont-elles en adéquation avec les demandes ?

Non ! Nous sommes confrontés à de nombreuses difficultés en terme d’offres de logements sur Aubagne et Marseille. Les demandes sont importantes, et les critères d’accès sont de plus en plus hauts, la hausse des loyers est conséquente (480 € minimum pour un type 2 dans le vieux Aubagne), sans compter avec les méfiances éprouvées par les bailleurs à l’égard du public que nous accompagnons et ce malgré la sécurisation que nous leur apportons.

Les organismes publics vous aident-ils dans vos démarches ?

Loin s’en faut ! À nos difficultés, il faut rajouter le peu d’engagement des organismes HLM. Nous avions négocié avec deux organismes qui se sont rétractés. De ce fait nous avons plus d’opportunité dans le parc privé, soit avec des privés, soit avec des agences.

Quelle pratique éducative, nécessite la mise en logement de vos usagers ?

Il s’agit d’un accompagnement particulier, qui nécessite un long travail en amont de l’accès, pour préparer le ménage dans ce type de projet. Or, la peur de se retrouver dans un logement autonome est importante : les intéressés se voient confrontés à un engagement financier à long terme, qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir respecter.

Existe-t-il d’autres limites à votre action ?

Il faut savoir que nous devons gérer des problèmes de comportement locatif (devoir des locataires) dont l’association reste responsable. Nous sommes d’ailleurs assurés en ce sens. De plus nous sommes confrontés aux limites juridiques du statut de bail glissant, de ce fait les procédures sont les mêmes que tout un chacun et très coûteuses. Nous avons des difficultés à faire glisser le bail au nom du sous-locataire. Soit parce que la situation financière ne se stabilise pas, soit parce que la famille s’agrandit, ou bien encore qu’elle change de projet. Pour la mise en place de ce projet il est nécessaire d’avoir une équipe spécialisée dans le logement, les procédures sont longues et complexes pour sa mise en place en termes de gestion locative.

Les risques d’échec sont-ils importants ?

Les ratages sont possibles et dangereux car l’association s’investit financièrement. Actuellement il faut faire une avance d’environ 1 500 euros, qui ne sera récupérée que plusieurs mois après l’entrée dans le logement du sous-locataire. De plus dans le cas d’impayés de loyer, l’association doit gérer le risque. Les problématiques auxquelles nous sommes confrontés ne concernent pas que la partie gestion du logement mais également la partie éducative. La subtilité se trouve entre ces deux parties, et préparer la personne à un interlocuteur qui sera uniquement un gestionnaire.

Les politiques sociales actuelles représentent-elles aussi un frein au bail glissant ?

Nous nous trouvons dans un contexte de tension du marché de l’immobilier, le trouble est réel et va croissant notamment à propos des inquiétudes importantes et légitimes quant à la mise en œuvre du projet de loi relatif aux responsabilités locales (nommée plus communément loi de décentralisation) et de la remise en question de certaines mesures importantes de la loi contre les exclusions et de la loi solidarité et renouvellement urbain (SRU). Il en va de même avec l’absence de lisibilité de la politique sociale en faveur du logement. Des états généraux sur cette thématique ont été organisés à Marseille le 4 juin 2004.

De ce fait nous n’avons qu’une très mince marche de manœuvre dans laquelle il ne faut pas oublier la partie humaine au profit de la partie économique. Nous devons rester particulièrement rigoureux face à nos interlocuteurs, et cela reste possible grâce à un vrai travail d’équipe. Tout comme nous devons maintenir l’espoir des personnes pour qu’elles puissent avoir un toit, un chez soi, et là nous sommes dans ce travail éducatif si particulier lorsqu’il s’agit du logement où le mot habiter prend tout son sens.


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