N° 888 | du 12 juin 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 12 juin 2008

Des domiciles protégés mais intégrés dans la ville

Caroline Lefebvre

Six petites unités de vie pour personnes dépendantes sont éparpillées dans Dijon, au cœur de la cité.

Pierre-Henri Daure, le directeur de la Fedosad, ne croit plus aux gros établissements, « trop dépersonnalisants ». C’est cet éducateur de formation qui, dans les années 1980, a proposé à l’association d’aide à domicile dijonnaise la création de petites structures « à taille humaine ». Une idée qu’il a mûrie par étapes. Après ses études, il obtient un premier emploi comme agent de service aux hospices d’Auxerre. Il est chargé notamment de la toilette des personnes âgées, alignées dans d’immenses dortoirs. « Ce n’était pas humain, il n’y avait aucune intimité et on me demandait de ne pas changer l’eau entre deux personnes ! », se souvient-il. Après un accident de voiture et trois mois dans un fauteuil roulant « qui vous font voir la vie autrement », il entame une formation d’infirmier psychiatrique.

Peu après, son chemin croise la Fedosad, grosse association qui aujourd’hui emploie 650 salariés et gère de multiples services : soins et hospitalisation à domicile, garde de nuit itinérante, SOS chute, service d’écoute téléphonique et un Ehpad (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de 62 places, entre autres.

Rythme respecté

En 1988 ouvrent les premiers « domiciles protégés », sur le modèle des appartements thérapeutiques pour handicapés mentaux : de grands logements, en ville, partagés par quatre ou cinq personnes présentant une dépendance psychique et/ou physique. Les résidents sont chez eux, reçoivent leur famille sans contrainte horaire. Ils disposent chacun d’une chambre et peuvent prendre ensemble des repas préparés sur place par une maîtresse de maison. La salle de bains et les chambres sont équipées (lits médicalisés, etc.).

Une équipe soignante (aides-soignants, aides médico-psychologiques, infirmiers, gardes à domicile…) assure une permanence 24 heures sur 24 : deux professionnels sont présents le matin, un l’après-midi, et un pour deux appartements la nuit. L’un des cinq infirmiers employés par la Fedosad passe au moins une fois dans la journée, et en cas de besoin. Chaque appartement dispose d’un référent désigné, pour faciliter la communication avec le résident et sa famille.

_ « Nous sommes à leur service, explique Lydia, aide médico-psychologique qui travaille dans les petites unités de vie depuis seize ans. Ils peuvent faire la grasse matinée jusqu’à 11 heures ou manger à 14 heures s’ils le souhaitent, on s’adapte. » Lydia reconnaît que, pour le personnel, les contraintes ne sont pas moins lourdes que dans un Ehpad où « on peut passer le relais lorsque l’on a du mal avec quelqu’un ». Mais le ratio d’encadrement, un professionnel pour une personne âgée, autorise une attitude plus attentive. « Dans les maisons de retraite, on n’a pas le temps de s’asseoir pour discuter avec les résidents, d’ailleurs ça ne plairait pas forcément à la direction. Au contraire, à la Fedosad, ça fait partie de notre travail », constate Marie-Jo, maîtresse de maison à l’accueil de jour de Saint-Apollinaire après une dizaine d’années en domiciles protégés. « La plupart de nos locataires sont atteints de la maladie d’Alzheimer, souligne Pierre-Henri Daure. Pour eux, il est très difficile de trouver des repères, de reconnaître le personnel dans une grande structure. Il faut rendre plus familier l’espace dans lequel ils vivent. »

Citoyens à part entière

Six petites unités de vie sont actuellement réparties dans différents quartiers de Dijon, dans des immeubles résidentiels classiques. Le directeur tenait à cette intégration au cœur de la société, parce que « ces personnes ressentent les choses, même si elles ne savent plus les exprimer, et elles peuvent en tirer des bénéfices ; nous devons les considérer comme des citoyens à part entière, même si la communication est difficile. »

Lydia, l’aide soignante, en est persuadée : « Les domiciles protégés, c’est ce qui existe de mieux pour prendre en charge la dépendance. » Pourquoi les initiatives sont-elles si rares, alors ? « Il est plus valorisant de créer un gros établissement, suppose Pierre-Henri Daure. Mais nous, nous parlons de personnes, pas de lits. » Et puis il y a la crainte que ce ne soit pas viable économiquement. Même si les tarifs se situent dans la tranche supérieure, la Fedosad assure réussir à les maintenir dans la limite acceptée par le conseil général et la DDASS malgré la petite taille des structures. Les résidents peuvent bénéficier de l’Aide personnalisée au logement et de l’APA (Allocation personnalisée d’autonomie) « à domicile ».
Le prix de la journée, APA non déduite, est de 94 €.


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