N° 741 | du 17 février 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 17 février 2005

Des activités culturelles, artistiques ou sportives à la MJC des Hauts de Belleville

Hervé Sovrano

Forte de quarante-quatre années d’existence, la Maison des jeunes et de la culture des Hauts de Belleville exerce un véritable impact sur un quartier du XXe arrondissement parisien. Environ 1300 adhérents y suivent une activité culturelle, artistique ou sportive. Un double constat peut être établi : d’une part, sa mission d’accès à la culture et à l’éducation semble atteinte. D’autre part, la prestation d’activités engendre des comportements consommateurs et souvent, une utilisation ciblée de la structure.

À partir de cette observation et de la volonté d’être un équipement associatif au service des habitants, l’équipe ouvre d’autres espaces de rencontre. D’où pourraient émerger des projets portés par ceux-ci, contribuant ainsi au développement du lien social et de l’expérience d’une citoyenneté locale

Créé en 1961 par un jésuite, Étienne Thouvenin de Villaret, l’équipement initial regroupait un Foyer de jeunes travailleurs (FJT) et une Maison des jeunes et de la culture (MJC) [1]. Construit dans une période faste, le bâtiment dispose de nombreux espaces polyvalents et modulables : salles de classe, studios de danse, lieux d’exposition et de spectacles, jusqu’à un gymnase. Cette richesse en locaux permet l’hébergement d’activités multiples.

Tous les jours sauf le dimanche, de 14 à 23 heures, une quarantaine de cours animés par des vacataires y accueillent jeunes et adultes. Basket, tennis, arts martiaux, danse de salon et hip-hop, musique et chant, soutien scolaire, langues, théâtre, arts plastiques… Des artistes du quartier y exposent régulièrement leurs œuvres ; un samedi soir par mois, ont lieu des matchs d’improvisation et un bal folk. Plus ponctuellement, des événements sont organisés pour le téléthon, pour Noël ou la fête de printemps…

Aujourd’hui encore, MJC et FJT cohabitent. Ainsi, les 90 résidents du foyer, adhérents de droit, bénéficient des activités de la maison des jeunes à un tarif préférentiel. Certains utilisent cet avantage et sont même engagés en tant que bénévoles dans l’animation du lieu, « mais trop peu », si l’on en croit le responsable Yvan Vergne, « et sans doute pas ceux qui en auraient le plus besoin ». Le ton est donné. Un fonctionnement rigoureux — par exemple être à jour du droit d’adhésion (28 €/an) —, centré autour d’activités cloisonnées, payantes à l’année, ne facilite pas l’identification de la MJC comme un endroit accessible à certains adolescents dont la demande n’est pas vraiment définie.

Pourtant, « venir à la MJC uniquement pour suivre le cours de son choix ne favorise pas l’esprit participatif que nous aimerions développer », déplore-t-il. Constat partagé par les animateurs des trois pôles jeunesse, culture et animation locale. Même préoccupation pour le conseil d’administration, qui doit faire face à la raréfaction des bénévoles ainsi qu’à la difficulté de renouveler ses administrateurs. Une consultation réunissant adhérents et professionnels est d’ailleurs engagée par le CA pour définir un contrat d’objectifs sur trois ans (2005-2008), précisant les priorités du projet associatif. Car si le secteur du club activités est certes florissant, les dirigeants aspirent à un endroit qui représenterait, pour les habitants du quartier, un lieu de rencontre, d’échanges, d’où germeraient des expériences d’innovation sociale et de solidarité.

Projets individuels et engagements collectifs

D’ores et déjà, le pôle jeunesse a vu l’émergence de projets individuels. Soutenus et accompagnés, ceux-ci sont devenus des aventures collectives ayant tout leur sens dans les missions de la MJC. Tel ce jeune qui voulait utiliser le gymnase pour faire du foot en salle avec un groupe de copains. « J’ai différé la réponse à sa demande, pour voir le degré de sa motivation, mais je lui donnais des rendez-vous réguliers. Il est toujours venu et ne s’est pas découragé. Nous l’avons aidé à monter son association. Aujourd’hui, l’association des Tourelles regroupe 50 adhérents, a trois ans d’expérience et anime une activité chez nous », se souvient Denis Berchel, animateur BEATEP du pôle jeunesse.

De même, une chorale a pu, grâce au soutien des permanents de la MJC, éditer un CD. Ou encore, ce jeune danseur de hip-hop, qui proposait régulièrement ses services pour animer les fêtes de la maison des jeunes : il est devenu professeur vacataire et bénéficie du prêt d’une salle pour répéter avec ses danseurs. Le soutien aux projets des adhérents — jeunes ou moins jeunes — fait partie des missions de la structure.

En cinq ans de présence, l’animateur, qui a suivi plus de six cents jeunes, constate une fréquentation des adolescents tendant à augmenter. Des activités, comme le basket suscitent l’engouement de ce public, et bientôt les copains des licenciés franchissent les portes de la MJC à leur tour.

Mais au-delà d’activités régulières sur l’année, que peut-on proposer à des jeunes qui ne sont pas prêts à s’engager dans une pratique suivie ? Des adolescents viennent en groupe sans demande particulière : ils ne sont pas adhérents et, en principe, ne devraient pas être reçus. De fait, une certaine tolérance à leur égard permet la rencontre et la discussion.

Et il sera nécessaire de penser aux modalités d’un accueil plus informel : la cafétéria, fermée pour le moment, pourrait être ce lieu convivial, où jeunes et moins jeunes auraient l’opportunité de « se poser », se rencontrer, consulter de la documentation (la MJC reçoit une information culturelle et sociale très substantielle), et échanger avec l’animateur.

Cela permettrait certainement l’élaboration à terme de demandes, voire de projets particuliers. La mairie du XXe arrondissement parisien sollicite d’ailleurs actuellement l’endroit pour la mise en place d’un Point information jeunesse, rencontrant la volonté de l’équipe de s’ouvrir davantage aux besoins repérés par les habitants ou les institutions.

Le pôle jeunesse fonctionne principalement durant les vacances scolaires sous forme de semaine de module d’activités en général à l’extérieur (Aquaboulevard, karting, Cité des sciences, équitation). Ces modules sont construits autour d’une thématique déclinée sur l’année : le racisme, l’autonomie, l’obésité…

Des spécialistes viennent aborder le sujet avec les adolescents (pour ce dernier thème, préparation des menus d’un séjour nature avec un diététicien, par exemple). Il s’agit d’aborder un sujet, parfois sensible, à travers le côté ludique d’une activité. En aucun cas, l’objectif n’est de marteler un message ou de chercher à obtenir des changements de comportements immédiats, mais plutôt de relier l’information au quotidien de ces jeunes.

Un fil rouge pour créer du lien

En lien avec les préoccupations actuelles de l’association, le principe de travail utilisé par le pôle jeunesse pour structurer son action sera étendu en 2005 à toute la MJC : il s’agit de proposer un fil rouge qui, au travers des évènements, permettra la rencontre dans différents espaces. Le thème choisi est la protection de l’environnement, l’idée étant venue aux jeunes pendant un camp nature/équitation pendant l’été 2004.

Tous les permanents et bénévoles se sont unis pour monter ce projet avec le souci d’établir des passerelles entre les utilisateurs des clubs activités, le pôle jeunesse et le pôle culturel d’animation locale. Un partenariat a été construit avec les écoles, les centres de loisirs, la mairie du XXe, des associations de protection de l’environnement et de développement des énergies propres, des artistes utilisant des matériaux recyclés.

Dans le hall d’accueil, depuis le début de l’année 2005, une exposition, réalisée par l’institut de développement de l’environnement en milieu urbain (IDEMU), dresse des constats chocs sur les changements climatiques et les effets de serre. Au sol, un jeu de l’oie géant avec questions/réponses sur la protection de l’environnement, permet à chacun de vérifier l’état de ses connaissances. À l’étage, se tient aussi une exposition plastique à base de matériau de récupération couplée à des ateliers d’initiation pour les enfants et adolescents.

Les mois prochains, l’écologie du continent africain sera abordée dans le cadre d’un stage de conte ; il aboutira à la création d’une histoire et d’un spectacle. Différents événements auront lieu : débats, marché équitable, rallye citoyen, collectes de déchets ménagers… « L’objectif est d’éveiller les esprits et d’inviter au débat », souligne Norita Ramboarinivo, animatrice DEFA du pôle culturel. Bref, jouer un rôle de support en suscitant l’intérêt puis la mobilisation, par des propositions fortes et ludiques.

Ce programme autour de l’environnement est peut-être plus ambitieux qu’il n’y paraît : il s’imposera dans les espaces de la MJC, et dans le temps. Comme une chanson dont les paroles seraient à inventer ensemble, et qui donnerait l’envie d’en faire de nouvelles, sur d’autres thèmes. Ces initiatives s’annoncent d’autant plus riches qu’il existe une vraie mixité sociale dans la population — enfants, adolescents (les plus nombreux, de loin), adultes — fréquentant le lieu. Alors, si ça marche, la dynamique d’un « vouloir créer ensemble » prendra le pas sur celle d’un « venir consommer ». L’équipe mise sur ce pari. Rendez-vous est pris dans un an, pour voir si cette volonté de changement citoyen a porté ses fruits.


[1Maison des jeunes Les Hauts de Belleville- 43 Rue du Borrego - 75020 Paris. Tel. 01 43 64 68 13


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