N° 936 | du 9 juillet 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 9 juillet 2009

Déployer l’accueil du handicap

Joël Plantet

Des carences importantes apparaissent dans l’accueil collectif de la petite enfance handicapée : crèches, haltes-garderies, centres de loisirs… Une étude met les points sur les i et lance quinze pistes de changement

Le volume de fréquentation des enfants handicapés ne représente que 1 % des établissements de la petite enfance et moins de 0,43 % des accueils de loisirs. L’offre est estimée cinq fois inférieure à la demande : le 24 juin, la plate-forme nationale Grandir ensemble présentait, dans un amphithéâtre comble de Sciences-Po, les conclusions d’une étude – première en France – sur les conditions d’accès des enfants en situation de handicap aux structures d’accueil, de loisirs et de vacances.

Que dire d’un tel écart entre de vertueuses intentions législatives et les attentes des familles ? Certes, quelques explications sont avancées : inadéquation structurelle du fonctionnement des lieux d’accueil, absence d’appui technique au moment de la demande d’accueil, insuffisance numérique et manque de formation du personnel d’encadrement, absence de sources de financements pour faire face aux surcoûts éventuels… Une offre alternative s’est progressivement développée, tel le réseau Loisirs pluriel ou l’association Une souris verte.

Première mesure : « développer massivement et durablement l’offre d’accueil »

En attendant, les parents souffrent : difficultés pour trouver une place en crèche ou halte-garderie ou pour bénéficier d’un auxiliaire de vie scolaire (AVS), coût prohibitif des séjours spécialisés, absence de considération, voire difficultés de relations avec les professionnels des milieux spécialisés… Ils s’indignent aussi : « 34 ans après la première loi d’orientation sur les personnes handicapées, comment se fait-il que nous en soyons là ? » Les enfants polyhandicapés, ceux qui présentent des troubles autistiques ou des troubles de la santé associés à leur pathologie font prioritairement les frais de ces carences.

Quinze mesures ont été cataloguées en trois séries pour changer cet état de fait. La première vise « à développer massivement et durablement l’offre d’accueil » : doublement ou triplement des prestations de service versées par les CAF aux établissements, maintien de la prestation de service unique (PSU) pour les structures accueillant des enfants handicapés de plus de 4 ans, extension du champ d’application des chèques CESU aux structures d’accueil de loisirs et vacances.

En outre, il est proposé d’intégrer systématiquement dans les projets éducatifs une procédure d’accueil précise des publics handicapés, et aussi de mesurer statistiquement l’évolution de cet accueil spécifique.

La deuxième série de mesures affirme la nécessité « de faire de la formation de tous les personnels un passage obligé » : intégration d’un module de formation à l’accueil des publics handicapés dans tous les métiers de l’éducation et de l’animation, concrétisé par l’émergence d’une attestation de formation à l’accompagnement et l’animation au service de publics handicapés (AFAPH).

Par ailleurs, une troisième série de mesures insiste sur la création d’un Centre de ressources national pour assurer un appui technique aux structures d’accueil, de même qu’une charte nationale de qualité, et une « commission de réflexion sur les enjeux juridiques et réglementaires ».

Dernier volet global, pour une meilleure prise de conscience : intégrer à la prochaine conférence du Handicap (ayant lieu en 2011) la promotion de la visibilité du handicap à la télévision, d’en faire l’objet d’une grande cause nationale, et d’assurer la représentation de la plate-forme Grandir ensemble au sein du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH).

Prenant à bras-le-corps toutes ces questions, Sciences Po va démarrer en avril 2010 un Master intitulé Gestion et politiques du handicap.