N° 1094 | du 21 février 2013

Faits de société

Le 21 février 2013

Demain, quelle protection de l’enfance ?

Joël Plantet

L’heure, nous dit le gouvernement, est à la refondation du travail social. Or, savons-nous protéger nos enfants ? Peu après la sombre « affaire Marina », des assises (1600 participants) se sont emparées de la question.

En arrivant ce 11 février devant le Palais des congrès du Mans pour participer aux sixièmes Assises nationales de la protection de l’enfance, quelques signes du malaise du travail social étaient déjà perceptibles. La CGT, stands et tracts à l’appui, y dénonçait la casse de la convention collective 51, les appels à projets « totalement antidémocratiques », et enfin « la paupérisation, la marchandisation et la fragilisation des associations et du service public ». À l’entrée du colloque, le syndicat SUD s’étonnait de l’intitulé même de la rencontre : « Six ans après la réforme de la protection de l’enfance, d’aucuns se posent la question de savoir si « nous » savons protéger les enfants. Qui parle ainsi pour nous, à quel titre, à quelle fin ? » et appelait les professionnels à « interroger, au-delà des pratiques professionnelles, les pratiques institutionnelles et politiques ».

Enfin, à l’intérieur du Palais des congrès, la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) distribuait un pavé intitulé Parents, familles et professionnels dans le cadre judiciaire, datant de 2011, en tentative d’auto réhabilitation. Interrogés par Lien Social sur l’article du Monde de la veille (10-11 février 2013), Le lent naufrage de la Protection judiciaire de la jeunesse, les professionnels arguaient d’un écart non évoqué dans l’article entre la réalité alarmante d’une région, l’Ile-de-France, montée en épingle, et un contexte national…

Sous forme de postulats (« Des modes d’action qui génèrent le doute », « Un dispositif qui, faute d’évaluation, peine à évoluer », « Une crise de civilisation que nous sous-estimons »), trois plénières ont planté le décor dès le premier jour. Une des questions centrales de la première table ronde s’est adressée à la formation, représentée par Marcel Jaeger, titulaire de la chaire du Travail social au CNAM : « Le dispositif de formation est-il prêt à évoluer vers une approche plus collective du travail social et la promotion de postures professionnelles moins défensives, en généralisant notamment les modules institutionnels ? » (réponse oui, bien sûr).

Rompre avec la « blame culture » anglo-saxonne

Les participants attendaient, gourmands, la deuxième plénière, mettant en présence – entre autres participants – la déléguée générale de la Voix de l’Enfant, Martine Brousse, et Laurent Puech, vice-président de l’ANAS, en bisbille depuis plusieurs mois sur l’évaluation du danger et le principe de précaution. Sans surprise, des deux modèles présentés, celui de l’assistant social a été plébiscité à l’applaudimètre. La complexité est de taille : quand il s’agit de dénoncer les seules failles des professionnels pour Martine Brousse, Laurent Puech estime – tout en constatant le fort attrait médiatique de ces assises — qu’en cas d’affaire tragique, mieux vaut comprendre que juger, résister à la communication émotionnelle, rompre avec la « blame culture » anglo-saxonne. Il rappelle les transformations imposées dans le secteur et les tensions, notamment budgétaires, dans lesquelles nous évoluons.

La question du tiers (voisin, parrain, bénévole, tiers dignes de confiance, adoption simple…) a aussi été largement abordée. Une dernière table ronde a évoqué les nouvelles formes de précarité, les nouvelles technologies, une « déresponsabilisation collective peu propice à la revitalisation urgente des solidarités de proximité ». Le lendemain, des ateliers s’intéressèrent, entre autres, à la bonne distance ou à la complémentarité des responsabilités… Enfin, quelques « grands témoins étrangers » (québécois, suisse, belge, italien) vinrent proposer leur regard sur notre capacité à évoluer.