N° 1105 | du 16 mai 2013

Faits de société

Le 16 mai 2013

De la morale laïque pour tous à l’école

Joël Plantet

Des cours d’éducation civique, juridique et sociale (ECJS) existent déjà. En quoi les nouveaux cours de morale laïque annoncés apporteront-ils quelque chose de plus ? À quoi vont-ils ressembler ? Explication de texte.

Jules Ferry avait laïcisé l’école publique par les lois de 1881 – 1882 qui, de (très) religieuse, l’ont rendue laïque, gratuite et obligatoire. Mais aujourd’hui, les enquêtes internationales (PISA, OCDE…) convergent pour estimer que l’écolier français se sent beaucoup moins bien à l’école que les enfants des autres pays développés : l’école, par exemple, développe moins le goût de la coopération que celui de la compétition, et l’enfant se sent très peu appartenir à une communauté.

C’est officiel depuis le 22 avril dernier. Dès la rentrée 2015, des cours de morale laïque seront dispensés aux élèves, du primaire au lycée : au minimum une heure par semaine à l’école primaire et au collège, et dix-huit heures annuelles au lycée. Ces enseignements de morale seront mis en œuvre après saisine du conseil supérieur des programmes (CSP), créé cette année.

De quoi s’agit-il ? Dans un premier temps et pour désamorcer une polémique suscitée en septembre 2012, le ministre spécifie bien que cette morale laïque « n’est pas antireligieuse et n’est pas non plus une morale d’État, une orthodoxie à rebours ». L’instruction civique insistant uniquement sur la connaissance des institutions, il n’existe pas actuellement d’enseignement affirmant des valeurs et une éthique.

Or, la nécessité est impérieuse de former les enseignants à la laïcité dans le cadre des futures ESPE (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation, fonctionnant dès la rentrée prochaine) en insistant sur un socle commun de valeurs républicaines comme le respect de la dignité humaine, le rejet du racisme, des discriminations sexistes… Ce sera de fait l’élaboration d’une morale commune favorisant le vivre-ensemble, une entreprise de « réarmement moral » appuyée sur le projet d’établissement.

Ce ne sera pas une discipline à proprement parler

À quoi ressembleront ces cours ? « Chaque citoyen doit construire son jugement »… ; « le respect de toutes les convictions, toutes les croyances » doit fonder notre société, souligne Vincent Peillon, ministre de l’Éducation, qui estime que ces heures devront apprendre aux enfants « les idées d’humanité et de raison », et promouvoir « la connaissance, le dévouement, la solidarité, plutôt que les valeurs de l’argent, de la concurrence, de l’égoïsme ». Certes.

Concrètement, tous les professeurs seront formés pour pouvoir assurer cet enseignement, même si dans le secondaire, les professeurs de français, d’histoire-géographie et éducation civique, de sciences de la vie et de la terre ou d’éducation physique et sportive (qui peuvent travailler notamment autour des notions de règles et de respect) seront plus impliqués… Une évaluation est d’ores et déjà prévue (une « forme de contrôle continu au bac » est évoquée). Mais le contenu reste encore à préciser, même si la capacité à argumenter semble acquise comme objectif, dès le primaire. Ce ne sera pas une discipline à proprement parler : il n’y aura pas de Capes ni d’agrégation spécifique pour cet enseignement. Et la morale ne tombant pas verticalement d’une chaire, il s’agira plutôt de faire réfléchir les élèves à partir de mises en situation (jeux de rôle, théâtre…).

Mais des objections pointent ici ou là : nombre de professeurs estiment déjà enseigner les valeurs à l’école, et aimeraient privilégier une « pédagogie par l’exemple » plutôt que des cours. Certains ont mis en place des ateliers philosophie, de vivre-ensemble ou traitant des valeurs. Nombre d’enseignants se réclament du pédagogue Célestin Freinet, dont un des axes pédagogiques est, entre autres, de permettre au groupe scolaire de s’intéresser à son propre fonctionnement…