N° 1112 | du 4 juillet 2013

Critiques de livres

Le 4 juillet 2013 | Jacques Trémintin

DRH. Le livre noir… la vérité qui dérange

Jean-François Amadieu


éd. Seuil, 2013 (238 p. ; 19,90 €) | Commander ce livre

Thème : Relation

Jean-François Amadieu, universitaire spécialiste de la gestion des ressources humaines et fondateur-dirigeant de l’observatoire des discriminations, dresse ici un tableau plutôt sombre des modalités de gestion du personnel dans notre pays.

Tout commence par l’embauche. Le naïf qui imagine un recrutement basé sur une compétition à la loyale où chacun fait valoir ses atouts et ses compétences en sera pour ses frais. D’emblée, les jeux sont faussés. Dans 60 % des cas de recrutement, une seule candidature est examinée. Ce sont les relations qui pèsent le plus, celles qui s’appuient sur les liens familiaux ou amicaux, sur la fréquentation de la même université, sur une origine nationale ou régionale commune. L’obtention d’un emploi par piston qui était encore autrefois considérée comme un passe-droit faussant le marché est considérée aujourd’hui comme un modèle. Le citoyen qui en fait usage est perçu comme organisé et dynamique, parce que capable de cultiver son réseau.

Lorsqu’une procédure de sélection est néanmoins utilisée, les questions posées sont souvent indiscrètes : morphologie, couleur de cheveux, endroit précis d’un tatouage ou d’un piercing, situation matrimoniale, désir de grossesse ou nombre d’enfants… 62 % des recruteurs n’hésitent pas à surfer sur la toile pour essayer de retrouver des traces du candidat. Quête totalement illégale, tant les mœurs privées d’un individu ne peuvent entrer en ligne de compte dans les critères de son recrutement. Le CV ne présente guère plus de garantie, tant il incite à la malhonnêteté et au mensonge, des sites Internet spécialisés vendant même, à qui le souhaite, de faux diplômes et relevés de notes.

D’autres méthodes sont encore plus baroques : astrologie, numérologie, morphopsychologie, tarots. La graphologie est prisée par 70 % des cabinets de recrutement, alors que toutes les études scientifiques démontrent l’absence totale de fiabilité de cette fantaisie pourtant bénéficiaire en France d’une norme Afnor. Mais c’est encore l’entretien qui reste le plus prisé. Dès la porte franchie, la silhouette du candidat laissera une première impression qui ne se dissipera pas. Poignée de main molle ou ferme, démarche nonchalante ou résolue, ton de voix, corpulence, taille vont nourrir les préjugés du recruteur. La rémunération ou la carrière n’ont que peu à voir avec le mérite ou le travail accompli, la pénibilité vécue ou les risques encourus. Là aussi, mieux vaut être en bon terme avec une loge de francs maçons qu’encartés dans des syndicats. Autant de biais désavantageant les personnes au capital social limité, soit parce qu’elles sont issues de milieux modestes ou de l’immigration. C’est là un motif majeur de discrimination et une source fondamentale d’inégalité.


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