N° 765 | du 15 septembre 2005 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 15 septembre 2005

Créons ensemble !

Joël Plantet

Six courts métrages réalisés en ateliers.
Y ont participé : le foyer de jeunes travailleurs Les Châtaigniers de Fontenay-aux-Roses (92), la classe de 5ème Segpa du collège Gustave Courbet de Pierrefitte (93), les habitants du quartier du Pont-Blanc à Sevran (93), la classe de CM2 de l’école élémentaire Varlin à Pierrefitte (93), les préadolescents du quartier du clos de la Villaine à Massy (91) et la classe de 3ème du collège Maurice Thorez,
à Stains (93).

La Cathode
119, rue Pierre Sémard
93000 Bobigny
Tél. 01 48 30 81 60

Thème : Vidéo

De l’écriture des scénarios jusqu’au tournage et au montage, des jeunes venus d’horizons divers ont fabriqué des courts métrages dans le cadre d’ateliers de création cinématographique. L’expérience — présentée sur grand écran en région parisienne — a permis de confirmer l’importance du développement artistique et culturel dans les domaines de la prévention et de l’intégration, grâce aux liens tissés avec différents acteurs de l’éducation, de la culture et du social

Dans Proverbes folles, film d’animation de quatre minutes, les quinze participants d’une 5ème Segpa s’approprient des maximes et les animent avec des images, selon leur intuition, en toute créativité. Les collages finaux sont fort humoristiques, faits d’un savant mélange de dessins, de papiers découpés, de bulles et de prises de vue réelles…

Dans la même veine de détournement, Fausses pubs, vrais produits — à l’initiative d’une classe de CM2 — joue avec le consumérisme, avec la distance séparant le vrai du faux. Cyniques comme il se doit (« tu as plein de bactéries dans la bouche ! avec “Fresh fresh”, rafraîchis-toi la bouche »), les sketchs mêlent poésie et humour décapant, comme celui décrivant cette méthode « pour maigrir en une seconde ». Au final, une sorte de travail d’éducation à l’image…

D’autres séquences se font plus consistantes. Fabriqué par l’atelier d’un foyer de jeunes travailleurs, un documentaire de vingt minutes, Jimmy, Benoît et les autres, propose un reportage en profondeur dans l’association Liberté qui, depuis bientôt dix ans, mène des actions originales de prévention et de réduction des risques : veille sanitaire dans les raves, destruction de seringues usagées et distribution de kits d’injection stérile, détection des produits dangereux (les faux ecstasys, par exemple)… Passionnant travail documentaire, n’évacuant pas la dimension ingrate, usante, voire dangereuse de cette relation d’aide.

Documentaires et fictions

Inventives et marrantes, voilà trois fictions voulant traduire les préoccupations de ceux qui les ont produites : dans le malin Au temps de Ceverent (15 mn), des habitants — jeunes et moins jeunes — d’un quartier de Sevran (Seine-Saint-Denis) mêlent allègrement une ambiance médiévale science-fictionnesque (on y traverse le temps sans problème) et l’actualité d’une banlieue d’aujourd’hui, par le prisme des transformations successives d’un quartier. Sur des dessins d’enfants alternant avec des séquences filmées, le pauvre Martin, sa femme et ses deux rejetons, guidés par un « morceau de lune » (un pneu) essaient de comprendre leur (s) époque (s).

À partir de la question rituelle « si vous gagniez au loto, vous feriez quoi ? », neuf pré-ados d’un quartier proposent rien de moins qu’une réflexion sur le consumérisme, le chômage, le profit. Dans Si j’avais des millions (17 mn), trois frangins gagnent le gros lot. Mais que faire de tout cet argent, comment ne pas diviser la fratrie, éloigner les jalousies et les rancœurs, comment ne pas se faire avoir par ces deux nanas qui ont repéré leur soudain attrait ? Des adultes du quartier témoignent aussi de l’épineuse question, en se souvenant de leurs comportements à l’adolescence devant l’argent… et ses pièges.

Dernier opus, Ouvre les yeux (8 mn), réalisé par quinze participants d’une 3ème de collège de banlieue : Loane, beau mec aux cheveux tissés et perlés, va découvrir l’hypocrisie qui l’entoure, la stérilité des ragots de récré qui bruissent des bienfaits comparés des MP3 (encore le consumérisme), grâce à une fille qu’il n’avait jusqu’alors même pas remarquée. La délicate question des rapports garçons-filles est ici traitée, par les intéressés eux-mêmes.

Convaincants dans leur démarche et par les thèmes abordés, ces six ateliers de création ont permis de dynamiser, voire de faire émerger une vie culturelle dans un quartier, en tout cas d’améliorer une image. Beau travail.