N° 889 | du 19 juin 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 19 juin 2008

Crééer plus que soigner : la musique pour médiation

Entretien avec Philippe Bouteloup, directeur de l’association Musique et santé

Propos recueillis par Mariette Kammerer

Comment se déroulent vos interventions musicales en milieu hospitalier ?

Nous intervenons auprès de publics très variés, cela va des bébés prématurés jusqu’aux personnes âgées, en passant par des adolescents en pédopsychiatrie, des jeunes enfants atteints de cancer, sourds, ou infirmes moteurs cérébraux. Les interventions sont toujours participatives, on joue un morceau, on montre comment faire et on propose aux patients d’essayer. Quand ils ne peuvent pas se déplacer, le musicien va jouer à leur chevet, en concert déambulatoire, cela permet une rencontre individuelle, toujours avec le consentement de la personne.

On adapte nos interventions aux capacités de chaque public. Les sourds demandent des compétences spécifiques, un travail sur les vibrations, le visuel, une adaptation des instruments. Avec les bébés on utilise la voix et des instruments légers qu’ils peuvent toucher, on recherche leur écoute, on leur chante des chansons que les parents apprennent également. Avec les adolescents en pédopsychiatrie le travail d’approche est plus compliqué car ils sont souvent réticents, il faut les surprendre avec un répertoire qu’ils ne connaissent pas, faire de l’improvisation rythmique, rechercher la dimension ludique.

Votre démarche est-elle thérapeutique ?

Non, nous nous situons dans une démarche culturelle, artistique, on utilise la musique comme une médiation. Par exemple quand Jean-Jacques Milteau, parrain de l’association, intervient en service de pneumologie, il n’utilise pas son harmonica comme un outil de kiné, il joue un morceau aux gens, leur montre les bases et leur propose d’essayer, mais la motivation pour les patients est de créer quelque chose, pas de soigner leurs poumons.

Bien sûr ce n’est pas anodin de choisir un service de pneumologie, des gens qui ont du mal à respirer se rendent compte qu’ils peuvent encore utiliser leur souffle pour faire de la musique et exprimer quelque chose. Même si la visée n’est pas thérapeutique, la musique apporte beaucoup : du lien social, la possibilité de raconter des choses, de partager avec d’autres, donc d’exister, de ressentir des émotions. Notre objectif n’est pas de guérir, mais d’aider les gens à vivre mieux, à traverser une période difficile, en leur offrant un moment de plaisir, de jeux, même pour des personnes en fin de vie ou condamnées.

Comment sont formés vos intervenants ?

L’association organise des formations permanentes en interne pour ses musiciens, propose des séminaires thématiques (chanson, gériatrie, pédopsychiatrie, relaxation) et des formations ponctuelles pour un public extérieur, de soignants et de musiciens. La majorité des musiciens de l’association ont un profil de musiciens intervenants [1] et ont chacun leur spécialité - personnes âgées, bébés, enfants handicapés - et savent comment interagir avec ce public. Ils participent également à la formation des équipes soignantes - puéricultrices, infirmières, aides-soignants.

En général nous passons une convention de un à trois ans avec un établissement hospitalier, qui comprend cinq à dix jours de formation par an. On sensibilise les soignants à l’environnement sonore, à ses effets sur les patients, à l’utilisation de la voix, on leur apporte un répertoire de chansons et des instruments faciles à utiliser pour qu’ils puissent réinvestir l’outil musical dans leur travail au quotidien.


[1Diplôme universitaire de musicien intervenant (DUMI)


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