N° 1173 | du 12 novembre 2015

Faits de société

Le 12 novembre 2015 | Joël Plantet

Coupe sombre dans l’action sociale de proximité

Il était une fois, dans le Maine-et-Loire, une structure d’insertion innovante dont l’efficacité était reconnue de tous… Sauf du conseil départemental, qui lui a coupé les vivres.

« Quinze ans d’existence du Relais familial, quinze jours pour disparaître du paysage social saumurois, quinze familles qui espéraient un hébergement et un accompagnement… Quel gâchis ! », fulmine Valérie Lacombe, conseillère conjugale et familiale, fraîchement licenciée économique. « Les volets sont fermés, la désertification des quartiers est avancée, on brade le travail social », appuie Nadège Froger, sa collègue éducatrice, qui a subi le même sort.

Créée en 1993 par les Amis d’Emmaüs de la ville de Saumur (Maine-et-Loire), l’association Habitat solidarité œuvre autour des questions de droit au logement. En 1999, elle met en place un Relais familial en partant d’un double constat : manque de structures départementales pour les familles monoparentales précaires et absence de réponse durable pour les femmes victimes de violences conjugales. Le Relais familial propose à des familles ou personnes vulnérables un contrat d’hébergement de six mois, renouvelable une fois, les bénéficiaires s’engageant à rechercher un logement de droit commun. Il accompagne des parents dans leur projet de famille et propose un hébergement autonome.

Il dispose de huit logements temporaires, proches les uns des autres. Sa petite équipe – une éducatrice, une conseillère en économie sociale et familiale, une conseillère conjugale, un superviseur et une directrice – assure l’accompagnement éducatif, soutient la gestion du budget, organise des ateliers, accueille les couples en entretien si besoin et organise des cafés de parents (« les mardis du relais »). De jeunes femmes enceintes, des familles monoparentales et des parents y sont efficacement aidés. D’autant plus qu’une fois le relogement assuré, les personnes peuvent rester en lien avec le Relais.

« Nos collègues de la prévention spécialisée sont les prochains sur la liste et, demain, qui va disparaître ? »

Mais pourquoi conserver ce qui marche lorsque l’on croit pouvoir en faire l’économie ? Au premier semestre 2015, le conseil départemental, qui finançait la structure au titre de la Prévention et de la protection de l’enfance, annonce brutalement une baisse de 45 % de la subvention.

Autant dire un arrêt de mort en bonne et due forme. L’équipe tente de se maintenir vaille que vaille, avec une collègue non remplacée après son départ. Mais, le 28 septembre, le conseil d’administration se rend à l’évidence : plus assez de moyens pour décemment accompagner, soutenir, sécuriser les familles. « Nous vous invitons à être attentifs aux conséquences de la politique actuelle du département, qui met fin aux actions de prévention et de proximité. Nos collègues de la prévention spécialisée sont les prochains sur la liste et, demain, qui va disparaître ? » écrivent, écœurées, en remerciant tous leurs partenaires, l’éducatrice et la conseillère conjugale. Qui ont refusé des reclassements dérisoires : 16  heures au lieu d’un 4/5e pour l’une, 10  heures pour l’autre…

Le 14 octobre, a eu lieu, plein d’émotion, un temps d’au revoir aux familles, qui ne comprennent évidemment pas. Les deux professionnelles se sont également adressées, ce 8  octobre, au président du conseil départemental : « Nous sommes en colère parce qu’en économisant 50000€ par an, vous signez la disparition d’un outil de prévention précoce et de protection qui a fait ses preuves, écrivent-elles. En colère car ce que vous économiserez ici coûtera bien plus cher à la collectivité : il faudra protéger demain des enfants avec des mesures bien plus coûteuses pour le Département » Rien n’y fera, ni le soutien de la Fédération nationale des centres parentaux (FNCP), ni les démarches du conseil d’administration, ni le caractère innovant reconnu du service. Exécution sommaire.