N° 805-806 | du 21 mars 2016 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 21 mars 2016

Conférence de la famille : des mesures en faveur des aidants familiaux

Joël Plantet

Âgée de 55 à 70 ans, une génération pivot s’occupe simultanément de ses parents vieillissants et de ses enfants tardant à devenir adultes. À travers la gestion du vieillissement et le renforcement des liens entre générations, le soutien aux aidants familiaux est à l’ordre du jour : tout cela a fait l’essentiel de la dixième conférence de la famille

Le vieillissement de la population a bien sûr bouleversé la donne et les effets de la canicule 2003 rappellent de mauvais souvenirs à nos politiques. Aujourd’hui, près de 75 % des bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) restent aidés par leurs proches, évalue le ministère concerné. On estime actuellement à 300 000 le nombre de ces « aidants familiaux », à qui il faudra impérativement aménager de temps à autre quelque répit : le récent plan solidarité grand âge a d’ailleurs prévu la création annuelle, sur cinq ans, de 1100 places d’hébergement temporaire… Mais qui sont-ils, ces aidants familiaux ? Un conjoint dans près de la moitié des cas et un fils ou une fille âgé(e) d’en moyenne 55 ans dans un tiers des situations.

En amont de cette conférence de la famille 2006, deux rapports préparatoires, respectivement intitulés La famille, espace de solidarité entre générations et La société intergénérationnelle au service de la famille, avaient préconisé le renforcement de l’accueil temporaire, la création d’un congé de présence familiale pour les salariés s’occupant d’un proche dépendant et la validation des acquis de leur expérience (VAE).

Ainsi, parmi les douze propositions du premier écrit, six concernaient directement le soutien à apporter aux aidants familiaux. Les propositions du second rapport étaient, elles, articulées autour de deux axes : rendre plus visible l’intergénérationnel et le faciliter au quotidien [1]. Concernant cette rubrique, les initiatives intergénérationnelles devraient se voir (enfin) encouragées, de même que les recherches sur les représentations des âges ou les transmissions entre générations. Une charte de l’intergénérationnel est à l’ordre du jour. Enfin, l’émission de chèques emploi-service universels (Cesu) pour les bénévoles retraités ou encore l’appui au logement intergénérationnel avaient également été évoqués.

Réunie le 3 juillet à Matignon, cette dixième conférence de la famille a donc accouché de quelques décisions longuement mûries par les associations, telle la création d’un congé de soutien familial de trois mois pour les personnes interrompant leur activité professionnelle afin de s’occuper d’un parent âgé ou handicapé : un « cadre juridique protecteur pour s’occuper d’un proche dépendant », selon le Premier ministre. Renouvelable dans la limite d’un an, ce congé ne pourra pas être refusé par l’employeur, mais ne sera cependant pas rémunéré (tout en permettant de continuer à acquérir ses droits à la retraite).

Un carnet de l’aidant familial

Le ministère délégué à la Famille éditera début 2007 un « carnet de l’aidant familial », avec des informations pour ses différentes démarches… Le fascicule servira également à recenser aide apportée et formations reçues, afin de faire valoir ses compétences en tant qu’aidant familial dans le cadre d’un projet professionnel dans le domaine médico-social, voire de bénéficier d’une validation des acquis de l’expérience (VAE) pour celles et ceux qui souhaiteraient s’engager dans une carrière médico-sociale…

Selon les services du Premier ministre, environ 534 000 personnes pourraient être intéressées par ce carnet. Au final, les aidants familiaux pourront donc bénéficier de soutiens personnalisés, avoir accès à des formules de répit, interrompre plus aisément leur parcours professionnel, pouvoir disposer de formations appropriées, bénéficier de la VAE tout en ne perdant pas leurs droits à la retraite pour cause d’accompagnement.

Par ailleurs et à l’autre bout de la chaîne, un prêt à taux zéro, d’un montant maximal de 5000 e remboursables sur cinq ans, sera destiné, à partir de 2007, aux jeunes de 18 à 25 ans entrant dans la vie active. Enfin, la création d’un compte épargne-services a été décidée en faveur des retraités engagés auprès de la collectivité. Plus largement, les familles devraient être mieux informées de leurs droits (via, par exemple, les points info famille), le rôle des grands-parents pourrait être autrement reconnu (tout cela reste vague), de nouvelles formes d’épargne solidaire seraient imaginées… et la fameuse réforme des tutelles serait même un jour enfin votée !

Un décret devrait parachever cet ensemble à l’automne, en fournissant une « définition précise » de l’aidant de personnes âgées, « en cohérence avec celui des personnes handicapées ». Une autre proposition a été faite par la caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), celle de la création d’un conseil d’orientation sur la famille, à l’image de celui pour l’emploi ou les retraites.

Si certaines organisations — telles l’Union nationale des associations familiales (Unaf) — se réjouissent de voir prises en compte leurs propositions, d’autres en revanche considèrent la création du congé de soutien familial comme un pas en arrière : « après s’être occupé des enfants, les femmes vont s’occuper de leurs parents », dénonce l’Union des familles laïques, qui stigmatise le manque de structures adéquates et rappelle que l’aide aux personnes dépendantes est du ressort de l’État. Une autre lacune est pointée, celle des financements.

En effet, la mesure de congé de soutien familial s’inscrit sous le signe de la rigueur budgétaire, malgré son coût annuel de 10,5 millions d’euros par an. Une grande majorité des familles ne peuvent évidemment se passer d’un salaire pendant plusieurs mois, limitant ipso facto l’accès à cette mesure aux familles les plus aisées.


[1Les rapports complets sont disponibles sur : www.famille.gouv.fr