N° 1091 | du 31 janvier 2013

Faits de société

Le 31 janvier 2013

Concertation et politique de la Ville

Joël Plantet

Mal en point, la politique de la Ville – dont les rapports pointent les échecs successifs – multiplie les initiatives. Ainsi, des réunions « Avis citoyens » sont organisées. Pour quelle efficacité ?

Le conseil des ministres du 3 janvier avait annoncé un comité interministériel des villes (CIV) le 21 février pour « redonner un second souffle à la politique de la ville ». Le 9 janvier – grand-messe, opération de com gouvernementale ou début d’un élan ? –, environ quatre cents personnes participaient à Bobigny à la première de quatre rencontres « Avis citoyens », en présence du ministre délégué à la Ville, François Lamy. Des attentes en matière d’emploi, d’accès aux services publics, d’éducation, de sécurité et de rénovation urbaine s’y exprimèrent. Confirmant la volonté gouvernementale de créer des « outils pour une concertation permanente avec les habitants », le ministre – qui ce soir-là avait essuyé quelques propos bien sentis sur les décennies d’échec de la politique de la Ville – confiait à Mohamed Mechmache, président du réseau ACLeFeu et à une sociologue, Marie-Hélène Bacqué, une mission sur le sujet. Trois autres rencontres ont eu lieu depuis, à Rennes, la Seyne-sur-Mer et Strasbourg.

Au même mois de janvier, l’opération Quartiers en scène a mis en valeur des initiatives à Paris, et organisé des balades à la découverte des quatorze quartiers concernés, totalisant 330 000 habitants, soit 15 % de la population de la capitale. Les atouts de ces territoires avaient été mis en lumière : population jeune et dynamique, grande richesse culturelle, important tissu associatif…

Architecture baroque de la politique de la Ville

La situation globale continue d’être plus que problématique : ces territoires ont accumulé depuis plusieurs décennies paupérisation, ségrégation urbaine et ethnique, expansion des économies souterraines, durcissement des rapports avec les institutions. La conclusion d’un rapport récent du Centre d’analyse stratégique (CAS) soulignait, comme l’avait fait la Cour des comptes en 2012, « l’architecture baroque [de la politique de la Ville], son ciblage contestable et ses performances discutables » : dilution des actions, permanence des difficultés, insuffisance du pilotage, éclatement des responsabilités, juxtaposition des dispositifs. Dans un manifeste intitulé Sécurité, démocratie et villes, les villes de Saint-Denis et d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) réaffirmaient, sous l’égide de l’European forum for urban security (EFUS), l’importance des politiques sociales de prévention, « cinq fois moins coûteuses que d’autres politiques ».

Ce manifeste avait d’ailleurs été adopté à la fin de la cinquième conférence internationale de l’EFUS, du 12 au 14 décembre derniers, intitulée Le futur de la prévention. Privilégiant « la dynamique de l’optimisme contre la logique paralysante de la peur », des recommandations concrètes avaient été exprimées à la suite de différents ateliers, avec la participation des habitants comme « principe transversal d’action ». Celles-ci concernaient la promotion du droit des femmes, l’espace urbain, ou des politiques « volontaristes » à mettre en œuvre pour favoriser le vivre-ensemble. Le 13 février, l’association nationale des conseils d’enfants et de jeunes (ANACEJ) organisera un colloque parisien (Les jeunes dans la ville – Quelles politiques en direction des 15/30 ans ?) avec les élus des collectivités de plus de 100 000 habitants pour échanger sur les politiques jeunesse.

Dans ce contexte, l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSÉ, 600 agents) se trouve menacée. François Lamy prône son absorption par un service dont dépendrait aussi le Secrétariat général du comité interministériel à la ville (SGCIV). En outre, la ministre du Logement se prononce, elle, pour la création d’un Commissariat général à l’égalité des territoires.