N° 1034 | du 13 octobre 2011

Faits de société

Le 13 octobre 2011

Comment vivre avec un handicap psychique

Joël Plantet

Un rapport de l’IGAS dresse un bilan mitigé de la prise en charge du handicap psychique, pourtant consacré législativement depuis 2005. Une réalité encore difficile à cerner, et de larges améliorations à prévoir.

Consacré au handicap psychique et rendu à la fin du mois de septembre, un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) a voulu évaluer les modalités de prise en charge de celui-ci.

Dans un premier temps, elle constate que la loi Handicap du 11 février 2005 a opéré une véritable distinction avec le handicap mental, et marqué un « progrès dans la reconnaissance et la prise en charge » du handicap psychique. L’amélioration s’est mesurée avec la création des groupes d’entraide mutuelle (GEM), le consensus global autour de la nécessité de prendre en considération cette affection spécifique, ou encore l’adaptation de certaines structures, tels les services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH) ou les services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS).

Les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) ont parfois permis l’accès à des formules d’accompagnement facilitant leur insertion. Même l’intégration scolaire aurait, selon le rapport, évolué favorablement : l’année scolaire dernière, plus de 50 000 enfants souffrant de déficiences psychiques ont ainsi été scolarisés.

Malheureusement, tout est loin d’être aussi positif. Même si elles sont davantage accueillies en établissements et services d’aide par le travail (ESAT), les personnes handicapées psychiques affichent un taux d’emploi particulièrement faible. 60 % d’entre elles perçoivent l’allocation adulte handicapé (AAH) ou une allocation analogue. De même, au plan de la prévention, la réalité est particulièrement insatisfaisante : programmes de prévention précoce non appliqués, recours aux services d’éducation spécialisée et de soins à domicile (Sessad) pas assez systématiques, rôle de la protection maternelle et infantile (PMI) insuffisamment développé…

Enfin, l’IGAS s’alarme au sujet des auxiliaires de vie scolaire (AVS) : s’ils ont un rôle d’accompagnement « de premier plan », leur statut reste précaire, leur nombre insuffisant, leur formation réduite. L’inspection propose une qualification spécifique, et la diminution du recours aux contrats aidés par une évolution statutaire de ces personnels.

Les personnes malades mentales ne sont pas des délinquants potentiels

« Les données actuelles ne permettent pas d’appréhender précisément la réalité du handicap psychique en France », déplore l’IGAS, en indiquant que les associations estiment à 1 % la proportion de la population qui serait concernée. Le rapport s’alarme également de l’ambiance actuelle : « Même si certains actes ponctuels des personnes souffrant d’une maladie mentale peuvent en entretenir l’idée au sein de la société, les personnes concernées ne sont pas pour autant des délinquants potentiels. » Au final, l’éventail des offres adaptées au handicap psychique doit encore s’améliorer, et la « continuité de soins » devenir plus harmonieuse.

Les situations sont particulièrement diverses, qui appellent autant de solutions adéquates. Les questions du logement de droit commun et de solutions intermédiaires favorisant « une vie plus collective, plus sécurisée » doivent mieux être prises en compte. L’évaluation et ses outils doivent encore progresser. L’accès et le maintien dans l’emploi sont « un véritable enjeu », et il faut continuer à innover dans ce domaine (les ESAT hors les murs sont, par exemple, salués), davantage de partenariats pouvant être imaginés.

Enfin, la formation des professionnels, juge l’IGAS, est pour l’heure « insuffisamment adaptée pour accompagner l’évolution des compétences métiers autour d’une réponse globale à l’ensemble des besoins de personnes handicapées psychiques ». Encore du pain sur la planche