N° 863 | du 29 novembre 2007 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 29 novembre 2007

Comment sortir de la rue ?

Joël Plantet

La question des sans-abri réclame une solution politique à la hauteur du véritable enjeu de société qu’elle représente. Après recueil de l’expertise des personnes sans-abri dans des forums locaux, une « conférence de consensus » — jusqu’à présent usitée dans d’autres secteurs — doit émettre de nouvelles propositions. De quoi changer la donne ?

Les derniers chiffres officiels (de l’Insee) datent de 2001 et il est permis de penser que la situation ne s’est guère améliorée depuis : 86 000 personnes étaient alors recensées comme étant sans domicile, dont 16 000 enfants. D’autres chiffres sont révélateurs de tendances tout aussi inquiétantes : entre 2000 et 2005, le nombre de places en hôtel pour héberger des personnes sans domicile (pour des séjours de plus en plus longs) a été multiplié par vingt, passant de 1 000 à 20 000. Par ailleurs, les jugements d’expulsion ont enregistré une progression de 37 % entre 1998 et 2004. Aujourd’hui, des familles campent en plein cœur de Paris, rue de la Banque, depuis le 3 octobre [1].

Le 18 novembre, un autre campement s’est installé sous le pont d’Austerlitz, à l’initiative du collectif Salauds de pauvres, avant d’en être délogé. Un an après, les cent quarante tentes des Don Quichotte sur le canal Saint-Martin, ces nouveaux coups (plus ou moins) médiatiques veulent interpeller les pouvoirs publics sur les lacunes de la prise en charge des SDF. L’hiver n’est pas encore là et plusieurs personnes en situation de précarité sont déjà mortes de froid. Les politiques parlent, et agissent peu : la ministre du Logement, Christine Boutin, avait promis vingt villages de bungalows en Ile-de-France, un seul a vu le jour. Inaugurant un nouvel abri de nuit parisien le 22 novembre, Emmaüs faisait état d’une enquête sur la perception des Français de ce phénomène. De toute évidence, ils sont préoccupés par cette question.

Utilisées dans le secteur médical, les conférences de consensus servent à édicter des recommandations émanant de professionnels sur des questions considérées comme particulièrement difficiles à résoudre. Pendant plusieurs mois, un comité d’organisation (composé d’associations, de représentants de l’État, de collectivités territoriales et de chercheurs) détermine quelques items clés, désigne des experts et réunit un jury pour les auditionner. Celui-ci émet publiquement ses préconisations. Encore inédite dans le champ social, cette formule a été retenue par la fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars) qui, en novembre 2006, en avait émis la proposition à l’occasion de ses États généraux, proposition reprise par Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale.

« Quels sont les lieux d’accueil et d’hébergement que vous fréquentez, ou non, et pourquoi ? »

Ces 29 et 30 novembre, environ quarante travailleurs sociaux, médecins, sociologues, responsables associatifs, élus locaux et représentants de l’État seront ainsi entendus. Recueillie ces dernières semaines lors de forums locaux préparatoires, la parole des personnes sans abri sera présentée au cours de l’audition publique : cette parole aura deux piliers, sous forme de deux questions : « Que représente l’insertion pour vous ? » et « Quels sont les lieux d’accueil et d’hébergement que vous fréquentez, ou non, et pourquoi ? » Dans le même temps, une synthèse bibliographique rassemblant les connaissances scientifiques sur cette question, actualisée au fur et à mesure sur Internet, sera réalisée par un sociologue et un membre de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS).

Des expériences étrangères seront exposées devant un auditoire de 350 personnes (qui pourront aussi poser des questions aux experts). Le jury — composé de personnalités issues de la société civile — délibérera ensuite à huis clos, les 1er et 2 décembre, pour élaborer des recommandations, rendues publiques en décembre. Plusieurs questions ont composé l’essentiel des travaux, telles que « qu’est-ce qui conduit à la rue ? » ou « comment se soigner dans la rue ? ». D’autres items — « commencer sa vie dans la rue », « occuper l’espace public », « les sans-abri en Europe » ou « 30 ans d’intervention publique vers les sans-abri » devaient permettre d’affiner la réflexion.

« L’acuité de la crise du logement apparaît comme un déterminisme croissant, à la fois du basculement à la rue et de l’engorgement des structures d’hébergement, qui bloque la chaîne d’insertion », estime actuellement la Fnars. En effet, comment lutter contre l’actuelle complexité inopérante des dispositifs, l’absence de pilotage et l’empilement vain, dénoncés depuis plusieurs années, rapport après rapport ? Le cadre légal de cette prise en charge a encore été modifié au début de cette année 2007 : le plan d’action renforcé en direction des personnes sans-abri (PARSA), puis la loi sur le logement opposable (DALO) — dont les financements sont encore incertains — ont ouvert de nouveaux horizons possibles.


[1L’actualité du mouvement peut être suivie sur Internet : www.globenet.org/dal