N° 768 | du 6 octobre 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 6 octobre 2005

Comment rester motivé(e) en maison d’accueil spécialisé

Katia Rouff

Thème : Polyhandicapé

Les maisons d’accueil spécialisées (MAS) hébergent des adultes lourdement handicapés. Jusque dans les années 80-90, ces établissements étaient de type asilaire et on y pratiquait surtout du nursing et des activités occupationnelles. Aujourd’hui, les résidants bénéficient d’un accompagnement thérapeutique et éducatif

La maison d’accueil spécialisé accueille des adultes en situation de « grande dépendance », selon l’expression d’Elisabeth Zucman [1] qui ont besoin d’une aide humaine et technique permanente, proche et individualisée. Trois types de résidants y vivent : personnes déficientes intellectuelles profondes ; personnes atteintes de handicaps associés (polyhandicaps ou multihandicaps) ; personnes handicapées à la suite d’un accident grave ou d’une maladie massivement invalidante.

Une partie importante des résidants souffre de troubles épileptiques et certains présentent une grande fragilité identitaire (psychose, autisme) engendrant une souffrance psychique importante. Les maisons d’accueil spécialisées sont nées en septembre 1978 avec le décret d’application de la loi d’orientation en faveur des personnes handicapées de 1975. Auparavant, les personnes lourdement handicapées étaient souvent placées dans des services hospitaliers ou restaient dans leur famille. Elles étaient donc très peu stimulées. Aujourd’hui les résidants de MAS vivent dans de petites unités proposant un accompagnement à la fois thérapeutique et éducatif.

Prévenir l’usure professionnelle, prendre plaisir à travailler en MAS

Le travail d’accompagnement de personnes lourdement handicapées est souvent considéré comme source d’épuisement professionnel par les étudiants et professionnels du travail social. De fait, il présente de grandes difficultés : les corps à corps sont difficiles et éprouvants (les résidants doivent souvent être portés, lavés, nourris…) ; de nombreux résidants n’ayant pas de langage verbal, la communication peut sembler difficile ; les troubles associés (autisme, épilepsie..) sont difficiles à gérer…. Mais malgré les difficultés, dans notre dossier, trois témoignages soulignent que le travail en MAS peut constituer un réel plaisir.

Pour Jean-Pierre Regourd, directeur de la MAS Perce-Neige de Bois-Colombes (lire le reportage) le discours fataliste et dévalorisant concernant les personnes très lourdement handicapées contribue à l’idée que le travail auprès d’elles est forcément épuisant. Heureusement, grâce à de nombreuses études, des pistes ont été élaborées pour travailler avec ces résidants. Soins, bien-être, confort des résidants, activités plaisantes, vie sociale ouverte sur l’extérieur sont les maîtres mots de l’équipe qu’il dirige. Une équipe qui prend plaisir à travailler avec ce public, réduisant ainsi les risques d’usure professionnelle.

Pour Philippe Chavaroche, formateur en travail social (lire l’interview), travailler auprès de personnes lourdement handicapées peut être passionnant à condition que le personnel bénéficie de lieux de parole, réflexion, soutien, de formation continue et de reconnaissance professionnelle. Un souci que partage Damien Gillot, chef de service éducatif de la MAS de la Plantade (lire le témoignage) pour lequel comprendre le comportement des résidants est primordial pour éviter les risques d’usure professionnelle. Le personnel de la MAS de la Plantade bénéficie d’une formation qui lui permet de mieux comprendre le comportement du résidant, donc de moins le subir, de mieux savoir faire et au final de trouver davantage de sens à son travail.

Trois témoignages qui vont dans le même sens : des difficultés, certes, mais des résidants au formidable potentiel avec lesquels travailler apporte de réelles satisfactions.


[1Psychoses déficitaires, poly et multi-handicap : intérêts et limites d’un rapprochement notionnel », dans Autisme et psychoses infantiles, Elisabeth Zucman, Cahiers du CTNERHI, N° 67-68, 1995


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