N° 1051 | du 23 février 2012

Faits de société

Le 23 février 2012

Comment restaurer la cohésion sociale

Joël Plantet

Désaffiliation sociale croissante, protections sociales affaiblies, idéologie de marché omniprésente… « Les risques de dislocation sociale sont patents », estime l’Uniopss, évoquant des « choix décisifs » à faire.

La détresse sociale ne cesse de croître : 4,5 millions de chômeurs, 8,2 millions de personnes en situation de pauvreté, 3,6 millions sans logement ou mal-logées, 15 % des Français contraints de renoncer à des soins médicaux… Les inégalités ne cessent de progresser, et les politiques budgétaires fragilisent les acteurs non lucratifs censés accompagner les plus fragiles.

Comment dans ce contexte « restaurer la cohésion sociale, retrouver la confiance ? », selon les termes de l’Uniopss, qui émettait récemment une plateforme de propositions pour les cinq ans à venir à destination de chaque candidat à l’élection présidentielle, largement diffusée auprès du grand public, invité à la soutenir par signature.

La lutte contre la pauvreté doit acquérir un rang de priorité publique avec programme pluriannuel et interministériel : augmentation du RSA, stabilité des politiques de contrats aidés, création d’un droit à l’accompagnement articulant les volets social et emploi sont entre autres recommandés. Les politiques sociales doivent faire l’objet d’un débat « régulier et approfondi » en lien avec les acteurs associatifs pour améliorer la participation des usagers, et préserver la dignité des personnes. Un droit à l’éducation dès la petite enfance, de même que la création d’un contrat territorial de prévention pourraient, selon l’Uniopss, combler certaines inégalités de départ.

Les 16-18 ans doivent être financièrement soutenus, et un droit à la formation tout au long de la vie correspondrait à un capital de vingt ans de formation. La justice des mineurs mérite une loi-cadre, et différents retards en matière de handicap doivent être comblés. Les services d’aide à domicile aux personnes fragiles ne peuvent plus être régulés par le marché, et les établissements d’hébergement de personnes âgées dépendantes (Ehpad) veulent de vraies marges de manœuvre…

83 % de la population déplorent la faiblesse de la cohésion sociale

Plus globalement, les associations proposent qu’une loi pluriannuelle de financement de la protection sociale soit débattue au Parlement. Un égal accès aux soins pour tous serait facilité par le développement des maisons de santé et les sanctions contre les « dépassements d’honoraires disproportionnés responsables du renoncement aux soins ». L’économie sociale – qui concerne plus de 33 000 établissements, près d’un million de salariés et 200 000 bénévoles – doit être autrement reconnue par les pouvoirs publics.

À la demande de la direction générale de la cohésion sociale (DGCS), le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) a récemment réalisé une enquête sur les perceptions et les attentes du grand public vis-à-vis de la cohésion sociale. Plus de huit personnes sur dix considèrent que la société française est « divisée, fragmentée » : 83 % de la population déplorent la faiblesse de la cohésion sociale. Pour la renforcer, l’opinion publique défend l’idée d’un modèle de solidarité mixte, « alliant l’intervention de la puissance publique pour garantir à tous un certain niveau de bien-être (un logement, un emploi, et l’accès à une éducation de qualité) et les efforts de chacun dans ses relations avec les autres ».

La progression de l’emploi précaire, les difficultés rencontrées par les jeunes pour entrer sur le marché du travail ou celles des catégories peu diplômées à s’y maintenir alimentent dans l’opinion « l’idée d’une compétition permanente pour obtenir un travail, climat peu propice à créer une société unie ». Une action en amont des ruptures est attendue par les personnes interrogées, huit personnes sur dix estimant que le fossé des inégalités va se creusant. Comme une accablante évidence.