N° 997 | du 9 décembre 2010 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 9 décembre 2010 | Jacques Trémintin

Comment ne plus être victime

Gérard Lopez


éd. L’esprit du temps, 2009 (156 p. ; 15 €) | Commander ce livre

Thème : Violence

Les vampires sont parmi nous. On les retrouve dans tous les milieux : familiaux, professionnels, institutionnels, politiques… Ce sont ces escrocs, ces violeurs, ces supérieurs harcelants, ces bizuteurs, ces amants, ces époux, ces maîtresses, ces parents, ces gourous, qui captent et instrumentalisent leurs proies, pour en faire l’objet de leur désir. Ils les disqualifient, les humilient, les culpabilisent, alternant des périodes d’accalmie et de menaces. Ils sont habiles, agissant dans l’ombre, le visage masqué, usant avec dextérité de la désinformation et de la calomnie, portant avec force et conviction des accusations sans preuves, trouvant d’excellentes justifications à leurs exactions.

Les victimes, le plus souvent isolées, ont du mal à échapper à la relation de domination et d’emprise qu’elles endurent. Elles sont même parfois dans l’incapacité de réagir, restant sidérées, tétanisées et prisonnières d’une dépersonnalisation anxieuse. Quand elles percent les intentions de leurs persécuteurs et réussissent à les dénoncer, elles subissent parfois un processus d’inversion. Parce que les vampires, usant d’accents de sincérité, parviennent à faire croire aux policiers et aux juges à une machination, ce sont elles que l’on accuse d’être folles, menteuses et paranoïaques. « Il n’est pas simple d’échapper à la malédiction hypnotique du vampire » (p.42) La violence au service de la haine absolue est difficile à concevoir. Pourtant, les attaques d’une férocité croissante sont, pour un vampire, la condition de sa propre survie.

Animé du désir de nuire, il est totalement incapable d’un retour sur lui-même. Il est condamné à voler la vie d’autrui, pour se donner l’illusion d’exister. On ne naît pas vampire, on le devient. Avant d’être un prédateur sans pitié, il a lui-même été une victime. Quand certaines familles broient chez leur enfant toute velléité d’autonomie, qu’elles tuent chez lui toute pensée créative et qu’elles lui inculquent la haine de tout amour ou de toute tendresse, elles le conditionnent à ignorer toute compassion. Quand l’autorité qui y règne, relève de la toute-puissance tyrannique, s’enferme dans le huis clos de lois particulières et de règles à usage domestique, alors l’un des échappatoires pour l’enfant est de reproduire sur autrui la domination qu’il a subie.

Mais, au-delà du fonctionnement de certaines familles toxiques, c’est bien le paradigme du patriarcat qui est en cause. L’éducation qu’il transmet aux garçons s’appuie sur la nécessité de s’émanciper violemment du monde féminin, afin d’afficher auprès de leur groupe de pairs leur virilité. On leur demande de surmonter dans la souffrance des épreuves qui feront d’eux de véritables mâles : insultes, railleries, moqueries, pressions psychologiques, atteintes physiques. C’est bien aussi ce système de compétition qui fait le lit de la perversité.


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