N° 925 | du 16 avril 2009

Faits de société

Le 16 avril 2009

Comment mesurer l’échec scolaire ?

Joël Plantet

Les réformes se suivent, sans résultat tangible. Au moment où l’aide personnalisée se met en place, une évaluation au niveau du CM2 vient de fournir des statistiques que certains considèrent comme hasardeuses

En février 2008, Sarkozy avait présenté une réforme de l’enseignement primaire en défendant notamment l’initiative calamiteuse de « confier la mémoire » d’un enfant victime de la Shoah à chaque élève de CM2. L’objectif global annoncé était alors de diviser avant 2012 le taux d’échec scolaire avant l’entrée en secondaire. Le chef de l’État avait annoncé deux évaluations nationales pour mesurer chaque année les acquis des élèves au CE1 et au CM2, l’évaluation des profs ayant lieu, elle, tous les deux ans.

Qu’il émane du Haut conseil de l’éducation ou de l’enquête Progress international reading literacy study (Pirls) effectuée auprès de 35 pays, le constat est alarmant pour la France. Pour autant, les premières évaluations de CM2, qui ont porté sur plus de 553 000 élèves (sur environ 700 000), sont-elles valables ? Dix items ont été concoctés : « lire », « écrire », « vocabulaire », « grammaire » et « orthographe » pour le français ; « nombres », « calcul », « géométrie », « grandeurs et mesures » et « organisation et gestion de données » pour les mathématiques, à partir desquels cent questions ont été posées. La conclusion est sans appel : au sortir du CM2, entre 7 % et 15 % des élèves seraient en très grande difficulté dans ces deux matières fondamentales.

Certains enseignants ont fait preuve de « désobéissance pédagogique »

Mais, sans remettre en cause le principe de l’évaluation, les syndicats d’enseignants dénoncent un manque de crédibilité scientifique, un système de notation binaire (soit tout juste, soit tout faux) sans valeur pédagogique. En outre, certains points évalués – cinq mois avant la fin de l’année scolaire – n’avaient pas encore été abordés par le programme ! Des directeurs d’école ont refusé d’assurer la remontée au ministère des résultats, inquiets d’une éventuelle exploitation de classement des établissements. Des familles ont organisé des « journées classe morte » pour protester contre ces évaluations.

En outre, la validité de l’évaluation a été ridiculisée par la publication sur Internet des questions dès le 6 janvier. Certains enseignants ont fait preuve de « désobéissance pédagogique » en ne faisant pas répondre les élèves sur les points non étudiés du programme, les tests, ipso facto, ne pouvant pas être validés. D’autres ont radicalement refusé « de renvoyer à l’élève une image négative de lui-même, l’image d’un élève qui éprouve des difficultés qu’il ignorait pour la bonne raison qu’elles viennent d’être créées par l’évaluation, et qu’il devra à son tour assumer devant ses parents. »

Par ailleurs, les professionnels restent sceptiques sur l’efficacité de l’aide personnalisée de deux heures par semaine pour venir à bout de ces difficultés, et rappellent l’injuste disparition des RASED (réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté). Autre indicateur : le 10 février, le Conseil national des villes (CNV) préconisait de mettre en œuvre quelques mesures relatives à l’éducation dans le cadre du plan Espoir banlieues. Fin 2008, il avait créé un groupe de travail chargé du suivi des différents dispositifs : généralisation de l’accompagnement éducatif dans les collèges et écoles de l’éducation prioritaire, lutte contre l’absentéisme et le décrochage scolaires, rôle des maires, développement des écoles de la deuxième chance, création de banques de stages…

Selon le Conseil, l’accompagnement éducatif aurait déjà concerné pour l’année 2008 les trois quarts des élèves des écoles publiques des 215 quartiers prioritaires de la politique de la Ville. Mais en amont, le CNV avait exprimé ses réserves sur des mesures d’assouplissement de la carte scolaire « qui ne seraient pas fortement encadrées par des dispositions volontaristes permettant d’accroître la mixité sociale »…