N° 1045 | du 12 janvier 2012 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 12 janvier 2012

Comment gérer les informations préoccupantes

Nathalie Bougeard

Thème : Protection de l’enfance

Les professionnels élaborent leurs outils

En décembre 2010, sort le numéro 204 des Cahiers techniques de la vie sociale, une publication éditée par l’ODAS, l’IRTS de Bretagne et le conseil général d’Ille-et-Vilaine. Au sommaire, un référentiel d’évaluation des situations d’enfants en danger ou risquant de l’être. En fait, ces cent cinquante pages sont le fruit d’une formation-action réunissant des professionnels représentatifs de plusieurs métiers. « Pour ma part, j’étais très critique à l’égard de cette loi qui, me semblait-il à l’époque, nous mettait dans une posture de contrôle des familles. Tout l’enjeu de cette formation a été de nous faire basculer dans une attitude compatible avec notre vision de la protection de l’enfance », commente Soazig Laisné-Guette, assistante sociale dans un quartier rennais.

Répartie sur plusieurs mois, cette dizaine de jours de formation aboutit donc à un premier document qui effectue ensuite un grand nombre d’allers et retours avec le niveau politique.

Distribué à tous, ce guide est utilisé par les protagonistes de façon très différente. « Son usage varie d’un CDAS à l’autre : d’une part, tous n’ont pas les mêmes priorités et d’autre part, peu de CDAS ont entrepris un travail collectif. La plupart du temps, il s’agit d’une appropriation individuelle », indique Emilienne Danton, responsable du bureau des informations préoccupantes dans cette collectivité. Toutefois, simple coïncidence ou au contraire, conséquence de cette appropriation, la formation « écoute de l’enfant » est très demandée. « Ce cahier a permis de réassurer les équipes sur les informations préoccupantes ; les professionnels ont envie d’être mieux outillés », poursuit la responsable.

Par ailleurs, ce service a élaboré un guide à destination des parents qui font l’objet d’une information préoccupante. « Il s’agit d’une obligation précisée dans la loi. Pour l’heure, quatre CDAS l’expérimentent et le remettent au premier rendez-vous. Mais nous nous interrogeons sur l’opportunité de joindre ce livret à la lettre de convocation », se demande Emilienne Danton.

Au conseil général des Pyrénées-Orientales, Marie-Laure Pairault et Muriel Simon, respectivement assistante sociale et psychologue, ont tenté de formaliser la procédure de traitement et d’évaluation d’une information préoccupante et notamment, la question du premier rendez-vous. Aux yeux de ces deux professionnelles, travailler en binôme ne suffit pas. « Ce dispositif de co-animation nécessite un postulat élaboré en commun et non une improvisation de dernière minute lorsque nous nous rendons au rendez-vous. En clair, il s’agit que chacune de nous ait une place déterminée, définie auparavant », estiment-elles.

De plus, elles soutiennent l’idée de permettre aux parents de bien identifier la fonction du travailleur social : « Se présenter avec la casquette « protection de l’enfance » n’est pas pertinent. Nous préférons de loin utiliser le mandat qui nous est confié par la cellule de recueil des informations préoccupantes. Nous constatons que des collègues sont gênés par ce mandat. Nous estimons au contraire qu’il s’agit d’un outil qu’il faut poser sur la table et utiliser avec les parents. »


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Les travailleurs sociaux chargés du traitement des informations préoccupantes approuvent majoritairement les nouveautés apportées par la loi du 5 mars 2007. Des situations familiales de plus en plus complexes et l’absence du financement spécifique prévu suscitent toutefois interrogations et difficultés.

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