N° 764 | du 8 septembre 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 8 septembre 2005 | Jacques Trémintin

Comment être père aujourd’hui ?

Jean Le Camus


éd. Odile Jacob, 2005 (219 p. ; 19,60 €) | Commander ce livre

Thème : Parentalité

Il fut longtemps titulaire d’une autorité quasi despotique, fonctionnant sur un mode empreint de sévérité, de distance affective et de présence lointaine. Jacques Lacan lui fixait comme mission de mettre un terme à la relation fusionnelle entretenue depuis la naissance par la mère avec son nourrisson. Pour tous, il incarnait l’éducateur juste, mais impitoyable dans le respect de la loi. Et puis voilà que la statue du commandeur s’est mise à osciller : adieu à la paternité subie, place à la paternité choisie ; adieu à la paternité indissoluble, place à la paternité contractuelle ou provisoire ; adieu à la paternité uniformisée, place à la paternité plurielle ! Au modèle unique du père sévère dont on n’attendait qu’une seule compétence (répondre au besoin d’autorité de l’enfant), ont succédé bien des modalités différentes d’exercer cette fonction. Jean Le Camus nous en propose trois.

C’est d’abord le « papa poule » qui adopte des comportements relevant traditionnellement de la mère : donner le biberon, le bain, changer la couche, câliner… C’est ensuite le père libéré qui recherche avant tout dans la parentalité son propre accomplissement individuel. C’est enfin le père présent : investi, disponible, participant, consistant, responsable, conscient de sa fonction de parent masculin. Contrairement à ce que tentent vainement d’accréditer les nostalgiques du paterfamilias d’autrefois, ces nouveaux modèles, entre lesquels beaucoup de pères zigzaguent, ne sont pas responsables de l’enfant-roi tant décrié. Ce qui l’a fait émerger, c’est bien plutôt l’abandon dans la relation parent/enfant, de l’asymétrie expert/novice (qui permet de donner des directives et d’interdire) que l’implication du père qui ne fait au contraire que renforcer les capacités relationnelles du petit d’homme. Réduire la fonction de la mère à l’apport de tendresse et celle du père à l’apport d’autorité conduit à une impasse.

Certes, « l’interchangeabilité des tâches domestiques et des activités professionnelles ne remet nullement en question la spécification portée par la hauteur de la voix, l’implantation de la pilosité, le grain de la peau, le tonus de la musculature, la taille et la morphologie » (p.129). Et sur l’axe attachement-exploration, la mère se situe plutôt vers le premier pôle et les pères vers le second. Quant à la communication avec leurs enfants, les femmes excellent plus dans le visuel, là où les hommes préfèrent le tactile et le kinesthésique. Mais, si le genre vient effectivement moduler la façon d’être parent ainsi que la manière d’aimer, chacun est néanmoins capable d’apporter réconfort et stimulation, tendresse et interdits, affection et punitions. L’auteur plaide pour que les pères soient présents aux côtés de la mère dès le début et pas seulement quand cette dernière le désire. On commence à être père dès l’émergence du désir d’enfant, explique-t-il, et non seulement quand l’enfant atteint l’âge du discernement.


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