N° 548 | du 19 octobre 2000 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 19 octobre 2000

Comment des jeunes courent le monde pour retrouver une place

Jacques Trémintin

Thème : Délinquance

Nomado propose des séjours de rupture. En 1999, ils ont marché dans le Sahara, en 2000 dans le Népal. Dans le sable comme dans la neige, il s’agissait de se dépasser pour se retrouver. À l’origine de cette action remarquable on trouve une association composée de… médecins, informaticiens, comptables, entrepreneurs. Pour l’encadrement des expéditions ils ont fait appel à des éducateurs spécialisés.

Georgette Kainz, chef de service éducatif auprès du tribunal de Thionville a traversé à pied le désert de Tunisie avec huit adolescents âgés de 16 à 19 ans. Cette randonnée a été l’occasion d’apprendre à écrire pour soi et pour les autres. Un livre écrit par tous ces participants « Les voies du désert » sortira dans les mois à venir.

Isabelle Marcat-Maheu a fait la démarche inverse. Tout est parti d’un atelier d’écriture avec des jeunes adolescents déscolarisés. Et si l’on vivait ce que l’on écrit ? Pourquoi ne pas partir loin, très loin… pourquoi pas même jusqu’au désert, et faire rimer plus que jamais « écriture » et « aventure » ? Le départ est fixé à février 2001.

Récit de trois raids et d’un projet contre la fatalité et la résignation

Du Sahara au Haut Atlas

Traverser le Sahara à pied pendant 7 jours, par 45° à l’ombre, en reliant sur plus de 100 kilomètres, puits et points d’eau très sommaires. Parcourir 450 kilomètres en 21 jours dans le Haut Atlas, avec 12 cols à plus de 3000 mètres, avec comme point d’orgue l’ascension du Toukbal, point culminant de toute l’Afrique du Nord à 4167 mètres. Vivre une opération survie de 4 jours sur une plage du Sahara Atlantique en devant pêcher et faire cuire soi-même sa nourriture (au menu : bars et mulets sur feu de bois à la trappeur).

Telle fut l’action éducative qui a mené sur les routes du Maroc sept adolescents (dont une fille) et quatre accompagnateurs. L’expédition « natmacha maane » (« marcher ensemble » en arabe) offrait un séjour de rupture à des jeunes sursaturés de placements multiples et suradaptés aux discours éducatifs institutionnels. Les sept adolescents qui participèrent à l’expédition marocaine du 29 mars au 26 juillet 1999 cumulaient de nombreuses difficultés : toxicomanie, tentatives de suicide pour quatre d’entre eux, actes de violence ayant donné lieu à des procédures judiciaires pour quatre autres…

Le groupe des adultes quant à lui était constitué de deux éducateurs spécialisés, de deux professionnels internationaux de l’image polyglottes ainsi que de partenaires marocains (médecin, infirmière et guide de haute montagne). À l’exploit sportif est venue s’ajouter une implication humanitaire. Toute une série de chantiers de solidarité ont, en effet, ponctué le voyage : dans le Douar Mézik, près de la petite ville montagnarde d’Imlil, aide apportée au villageois pour la construction d’un gîte d’étape (transport à dos d’homme de sacs de sable et de pièces de charpente depuis un oued jusqu’au chantier situé 150 mètres plus haut), aménagement de chemins muletiers, installation d’un terrain de football dans un petit Douar (avec en final, un match franco-marocain).

Mais, il ne faut pas imaginer un tel voyage se déroulant sereinement, sans incidents. Les comportements oppositionnels ont été nombreux. Recrutés sur la base du volontariat, tous les jeunes ont néanmoins voulu marquer leur mal-être, que ce soit sous une forme affadie d’opposition passive ou de grossièreté, mais aussi d’une manière bien plus violente comme l’agression physique, la détérioration de matériel et même l’automutilation. Le grand classique est bien la perte des chaussures qui marque l’impossibilité de continuer à marcher, ou la somatisation pour obtenir un rapatriement sanitaire. Ces manifestations, partie intégrante de leur problématique ont été assumées et gérées dans une perspective de dépassement constructif. Seul un jeune a été placé sur la sellette, pour son comportement particulièrement agressif à l’égard des plus fragiles. Son rapatriement a été envisagé, puis évité, du fait de son évolution sensible.

Bien d’autres comportements ont du être régulés : hygiène corporelle, rythme de vie, habitudes alimentaires etc. La confrontation rude aux 100 kilomètres de désert total et aux 400 kilomètres de montagne intégrale s’est chargée de les rappeler au principe de réalité au travers des épreuves encourues aux implications tant thérapeutiques que quasi initiatiques.


À travers le Népal

Du 15 février au 30 juin 2000 « Marcher ensemble » s’est conjugué en népalais (« Sangsangaï Hidnou »). Les deux mêmes éducateurs s’étaient associés avec un photographe et 22 guides et cuisiniers pour encadrer une expédition digne (toute proportion gardée) de la longue marche chinoise des années trente. Cinq adolescents étaient du voyage. Mille kilomètres parcourus au total au travers de l’Himalaya, avec comme mise en jambe un premier raid de 250 kilomètres, suivi de près par une marche de 650 kilomètres qui ont mené le groupe, sur 45 jours, de la région de Pokhara (à 1000 mètres d’altitude) au royaume interdit du Haut Mustang (perché à 4200 mètres) jouxtant la frontière chinoise.

Ce raid aura obligé chacun à se plier aux différents contextes climatiques (de la végétation subtropicale du départ aux immensités désertiques et continuellement ventées des hauts plateaux tibétains) ainsi qu’aux rudes conditions de vie des populations locales (dont certaines semblent vivre aux mêmes rythmes que ceux de notre bas Moyen Age). L’occasion a été donnée à plusieurs reprises de se lancer dans des chantiers d’entraide. Ainsi, cette semaine passée à repeindre l’orphelinat de Siphal à Katmandou (qui donnera l’occasion à quatre orphelins de se joindre au groupe), la participation à la moisson (arrachage du blé à la main), l’aide au transport de pierres pour la construction d’une école, la contribution à son dallage…

Là aussi, le voyage fut l’occasion d’épreuves de vérité et de tensions qui mirent en évidence tant les points faibles que les points forts de chaque jeune. Le manque de confiance en soi, la fuite de l’effort immédiat, les difficultés à s’investir dans des projets se sont trouvés au cœur des difficultés du quotidien. Des oppositions de la part des jeunes, il y en a eu cette année aussi. Mais, elles ont toutes été dépassées.

Ainsi, cet adolescent qui a fugué à Katmandou et qui a été parmi ceux qui ont été les plus enthousiastes à finir le raid. Le groupe qui n’était pas avare de reproches et de plaintes au départ, finira le séjour en cavalant comme un cabri. « S’il était nécessaire de les pousser au début, il fallait plutôt les retenir à la fin » explique René Coulon. Et, ce n’est pas rien dans un pays où tout se transporte à dos d’homme et où la tradition veut qu’on aille au plus court en gravissant tout droit 2.000 à 2.500 mètres de dénivelés !

Facteur non négligeable, le groupe de jeunes s’est trouvé noyé dans la population qui, à partir de la rudesse de son propre mode de vie, avait du mal à comprendre leurs manifestations de mal-être, ce qui aura contribué à les aider à évoluer. Et, le résultat est effectivement spectaculaire : l’un d’entre eux, traditionnellement rejeté par sa famille sera accueilli à son retour par sa mère par une exclamation qu’il entendra pour la première fois de sa vie « Qu’est-ce que tu es beau ! ». Tel autre, fils d’un ébéniste, ramènera à son père les productions qu’il a réalisées lors d’un stage de sculpture sur bois à Katmandou (un autre stage de 5 mois est programmé au même endroit, pour l’année prochaine).


Marcher et écrire dans le désert

Au départ, il y a cette volonté d’une chef de service éducatif auprès du tribunal de Thionville [1] d’accrocher des jeunes délinquants sanctionnés par le système judiciaire et qui se font tout particulièrement remarquer par leurs comportements de fuite et d’évitement, leurs passages à l’acte violents et spectaculaires, cumulant échecs sur échecs, mesure pénale sur mesure pénale.

Pour sortir ces jeunes de leur galère et transformer l’errance en itinérance, il fallait un projet si inconcevable et si exceptionnel qu’ils pourraient y adhérer sans trop y croire. Et quoi de plus utopique et mythique que de traverser à pied le désert de Tunisie sur 220 kilomètres, sans assistance ni téléphonique, ni médicale, ni véhicule. Immergé dans un environnement dépouillé de tout artifice et réduit à sa plus simple expression, on y apprend à vivre le manque et à donner du prix à l’essentiel. On se débarrasse de toutes les futilités, de tout ce qui n’est pas indispensable pour survivre. On ne conserve que le strict nécessaire des objets et des pensées. On finit par réaliser que l’important n’est pas d’avoir mais d’être, d’être soi-même. Fantastique support de socialisation et de réappropriation de soi. Mais un tel projet nécessite aussi une importante préparation et un énorme investissement humain qui, l’un et l’autre, doivent être à la hauteur des résultats escomptés.

Voilà donc le groupe constitué. Ce sont neuf garçons et une fille âgés de 16 à 19 ans, dont seuls huit iront jusqu’au terme de l’aventure. Tous sont chargés d’une histoire déjà très lourde malgré leur jeune âge : délinquance, incarcération, prise en charge psychiatrique, victimes de maltraitance, multiplications des échecs de placement et de mesures éducatives, toxicomanie etc. Des jeunes qui ont beaucoup de mal à verbaliser préférant les passages à l’acte et inscrits dans le « tout ou rien » et le « tout, tout de suite »… Les uns et les autres adhèrent tout de suite au projet qui leur est proposé, ne croyant qu’à moitié qu’on ait pensé à eux pour quelque chose d’aussi exceptionnel. « Si je suis venu, c’est que c’est pas tout le monde qui part dans le désert » explique Farid. « C’est unique, je n’aurai plus jamais l’occasion de partir faire un aussi beau voyage » renchérit Éric.

À partir du mois de février 1999, chaque jeune est vu en entretien individuel de trois à cinq fois par mois. Il s’agit de dresser avec lui l’état des lieux, de repérer son mode de fonctionnement et de questionner le sens de ses passages à l’acte. À compter du mois d’avril, ces rencontres s’intensifient afin de vérifier leur motivation et leur implication dans le projet. Au cours de l’été, chaque jeune va traverser pendant une semaine la forêt vosgienne. Il est accueilli par le lieu d’accueil non traditionnel « Transhumance ». Il peut ainsi se familiariser avec les outils pédagogiques de l’itinérance : rencontre avec les éléments naturels, vie dans la nature, apprivoisement de l’habitat nomade, fabrication du pain et des repas, préparation d’un bivouac, maîtrise du feu, cheminement avec les animaux de bât, etc.

Quatre jours avant le départ, l’ensemble du groupe est réuni. C’est l’occasion d’un repas trappeur, sous un tipi. Chacun peut alors se présenter et verbaliser ses motivations et ses peurs : « J’ai envie de partir, mais je ne sais pas si je reviendrai », « peut-être qu’on va mourir là-bas », « j’ai envie de partir, mais je suis mort de trouille et je ne sais pas encore si je serai au départ », « je pars pour étonner mon juge parce que je sais qu’elle ne me croit pas capable de partir. Ca va lui fermer la bouche » « il y a plein de vipères et des scorpions, si ça se trouve on va tous y rester », « en vérité, je n’avais pas envie de partir, Madame Kainz n’a pas lâché l’affaire, alors je me suis dit que je valais le coup ».

Les voilà donc, en ce 15 octobre, à pied d’œuvre. Après un voyage en car, en avion et en voiture tout terrain, s’étend devant eux l’immensité de ce désert du grand Erg oriental qu’ils vont devoir traverser durant 13 jours, en rupture totale avec le reste du monde. La caravane est composée d’un guide et de quatre chameliers (avec leurs dix chameaux), de trois éducateurs et de huit jeunes. Le rythme de la journée est incontournable : lever à 5 heures du matin. À partir de 6h15, chacun aide pour baraquer les chameaux. Ensuite, on marche jusqu’à midi environ. La chaleur écrasante ne permettant pas de continuer après le repas, c’est le temps de la sieste.

L’après-midi est d’abord utilisé pour un travail d’écriture. Chaque jeune est invité et soutenu dans l’expression de ses ressentis. Son style est parfois difficile, voire phonétique. Mais qu’importe, ce qui compte, c’est qu’il puisse cheminer avec lui-même, mieux se comprendre et se découvrir autrement. La fin d’après-midi (entre 16h 00 et 18h 00) est aussi l’occasion des entretiens individuels : chacun sera reçu ainsi deux fois dans le séjour. Un bureau est installé dans le désert pour se mettre à l’ombre, pouvoir écrire, se désaltérer. Il s’agit de mettre des mots sur ce qui a été vécu et de rechercher, ensemble, les modalités permettant de favoriser la vie du groupe, la convivialité et le respect de chacun.

Au cours du voyage, il a fallu s’atteler à différentes tâches incontournables. Ce fut d’abord le ramassage du bois pris en charge par l’ensemble du groupe à 17h 00. Vaisselle, rangement, aide à la cuisine furent assurés à tour de rôle sous la responsabilité du guide. Un responsable de l’eau fut aussi institué. Mais, cette responsabilité ne fut pas toujours assumée correctement. Ainsi, l’oubli de certains jeunes de remplir leur gourde ou encore cette gerba vidée une nuit par des jeunes désireux de se laver. Le lendemain, la décision du guide tombait : « On marchera toute la journée pour arriver au puits avant la nuit ». 47°, au cœur du zénith. Chacun a marché en prenant conscience qu’ici « l’eau est plus que de l’or, c’est la vie ».

Cette traversée du désert a permis à chacun de faire le point avec lui-même : « Impossible de se fuir ! Impossible de ne pas composer avec l’autre et de ne pas le supporter ! Impossible de ne pas se prendre en charge ! Il faut se porter, se supporter soi-même, arriver à marcher rien qu’avec soi-même, lâcher ce qui est trop lourd, ce qui fait trop mal, ce qui n’a jamais pu être mis en mots » explique Georgette Kainz. Les réflexions des jeunes sont parlantes : «  Dans le désert, j’ai trouvé les clés pour ouvrir les portes » affirmera l’un d’entre eux qui a déjà fait une tentative de suicide. « Maintenant, je suis pur, plein d’énergie psychique et physique » dira un autre. « C’est comme dans un puzzle, les morceaux commencent à se recoller » confirmera un troisième. « Ici, il n’y a rien à faire, tu es obligé de te regarder de l’intérieur… Ici, j’ai trouvé une force mentale » ou encore « tout seul on ne peut pas survivre… je savais que je ne devais pas me battre, que je devais toujours me maîtriser, car si on commence à péter les plombs, tout le monde pète les plombs… et c’est la mort… »

Face à ce genre d’expérience, la question se pose que sont-ils devenus ? Six mois après leur retour, le bilan est largement positif : six des huit jeunes qui ont participé à cette aventure en sont revenus suffisamment transformés pour réussir à s’engager dans des choix d’insertion à la fois professionnelle et sociale.


L’association Nomado

Pour René Coulon, éducateur en retraite du service éducatif auprès du tribunal de Saint Brieuc, fondateur et intervenant bénévole au sein de Nomado et Chantal Dobigeon, éducatrice et diététicienne, l’un et l’autre cofondateurs de l’association, les choses sont claires. Il existe une intelligence et des potentialités chez les jeunes les plus en difficulté que les institutions traditionnelles n’arrivent pas à faire émerger [2].

Ce qui compte, ce n’est pas tant l’outil, mais la passion que l’on met à l’utiliser et la rencontre humaine entre l’adulte et les jeunes qui est au cœur de la relation qui s’établit. On trouve ainsi, de ces éducateurs qui réussissent à entraîner certains adolescents dans des activités aussi paradoxales pour des délinquants que des émaux ou de la philatélie. Mais, il ne faut pas hésiter parfois à sortir des cadres bien lourds et rigides de l’action éducative traditionnelle. C’est bien cette volonté de rompre avec l’égocentrisme et la pensée pédagogique unique qui a présidé à la création de Nomado. Cela a commencé par la volonté claire et délibérée de s’adresser à des partenaires étrangers au monde de l’éducation spécialisée.

C’est d’abord un conseil d’administration qui s’est constitué à partir de volontaires complètement néophytes (médecin, pharmacien, informaticien, comptable, entrepreneur ou acteurs du monde des arts ou du sport) et qui se sont engagés dans cette aventure extraordinaire en ne ménageant ni leur soutien, ni leur enthousiasme. C’est ensuite la participation, lors des expéditions, d’encadrants non éducateurs (photographes professionnels, guides du pays d’accueil). Ce dont il s’agit c’est bien cette pédagogie différentielle qui amène jeunes et éducateurs à se confronter à des personnes qui n’appartiennent pas à leur univers, et ce afin de provoquer chez chacun une remise en cause de ses modes de fonctionnement habituels.

René Coulon et Chantal Dobigeon ont le souci de mener leur action dans un esprit d’innovation par rapport aux habitudes du milieu. Si les jeunes candidats doivent être volontaires, ils ne leur demandent pas cette motivation trop souvent artificielle ou ce sacro-saint « projet » si fréquemment exigé par tant d’équipes éducatives comme préalable à la prise en charge. Si le jeune n’est pas tout à fait prêt, ils considèrent qu’il est de leur responsabilité de l’accompagner pour lui permettre de s’adapter. Même si un filet de sécurité (en cas de pépin de santé) est bien prévu, le séjour se déroule comme si on ne pouvait plus revenir en arrière et que la seule solution était d’aller de l’avant, d’avancer et de continuer.

Leur première démarche consiste donc par aller rencontrer le jeune candidat sur son lieu de vie. Cela leur permet à la fois de faire sa connaissance, mais aussi, de partir de là où il en est. Le voyage qu’ils lui proposent est conçu comme point de départ d’un mini scénario de vie dont l’objectif est bien de faire émerger toutes ses potentialités et richesses enfouies sous les couches de souffrance et de problèmes accumulés. Les deux premières expériences ont montré qu’en la matière, il y avait de quoi faire. Mais, tout ce travail de défrichage doit néanmoins ne pas s’arrêter avec la fin de l’expédition. Après la nécessaire phase de décompression qui dure deux mois après le retour, ils repassent donc voir les participants au séjour, les uns après les autres, et élaborent avec eux en collaboration avec leur référent un projet de vie et d’insertion.

Tout ce travail porte ses fruits d’une façon encourageante. Le lecteur va s’interroger légitimement : « Oui, mais pour quel montant financier ? » Le prix de journée était de 950 F en 1999 et de 1070 F en 2000, coût très raisonnable pour la prise en charge de jeunes délinquants, un centre d’éducation renforcé recevant pas loin de 2000 F par jour ! Et encore, cela ne concerne que les périodes de stricte prise en charge physique des jeunes (quatre mois pour le Maroc et trois mois pour le Népal), tout le travail de rencontre préalable et de suivi postérieur étant assuré par Nomado sans facturation supplémentaire.

Cette expérience n’est pas généralisable, reconnaît René Coulon. Aucune institution ne pourrait se lancer dans une telle entreprise qui comporte une grande part de bénévolat. Il est, en effet, difficile de demander à des salariés de s’engager dans une telle aventure (travailler 24h/24 durant 3 mois est incompatible avec toutes les conventions collectives de France et de Navarre !). Il ne s’agit pas de prétendre à l’extension de telles actions, mais de permettre qu’elles puissent exister. C’est autant de bouffées d’air qui donnent de la respiration tant à certains jeunes qu’aux institutions. C’est tout à l’honneur de la protection judiciaire de la jeunesse d’avoir compris et permis à ce type d’expériences de se dérouler. Sur les sept jeunes qui ont vécu, en 1999, l’expédition au Maroc, cinq ont pu bénéficier d’une orientation professionnelle. Pour ce qui concerne la cuvée 2000 il est encore prématuré de se prononcer.

Nomado va continuer ses actions, qu’il conçoit d’une manière souple et adaptative. L’association diffuse ses appels d’offre, dans le mois qui précède l’action envisagée, auprès des tribunaux pour enfants et service de la PJJ du grand Ouest. Les projets peuvent s’étendre sur plusieurs mois ou concerner des périodes plus ponctuelles (canyoning, parachutisme sportif). Les séjours concernent des filles et des garçons de 15 à 18 ans bénéficiaires d’une mesure en ordonnance 1945. Les candidatures sont prises par téléphone, une fiche de renseignements devant ensuite être remplie.


[1On peut se procurer le bilan de ce voyage en écrivant à Georgette Kainz : SEAT - 6 cour du Château - 57100 Thionville. Tél. 03 82 53 01 21 - Fax : 03 82 53 69 35

[2Association Nomado - 16 bis rue Paul Bert - 22000 Saint Brieuc. Tél. 02 96 61 47 77 mail : coulon.nomado@wanadoo.fr


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