N° 999 | du 6 janvier 2011

Faits de société

Le 6 janvier 2011

C’est l’hiver : où est le scandale ?

Joël Plantet

En général, il fait froid l’hiver. Mais sur le logement et l’hébergement, la France va de mal en pis : désorganisation des circuits d’accueil, lois non appliquées, absence d’accueil et de volonté politique…

En un macabre décompte, la grande presse et les politiques découvrent chaque année que le froid tue. Pourtant, c’est loin d’être la principale cause de mortalité des sans domicile (estimés à 100 000 en France, 3,5 millions de personnes étant mal ou très mal logées) : les diverses violences de la rue tuent bien davantage, l’association Les Morts de la rue, entre autres, ne cesse de le répéter.

L’actualité est constamment percutée par ces questions : le 15 décembre, le comité de suivi du Dalo adressait un « message d’alerte » au président de la République et au Parlement, dénonçant le non-respect de la loi. Au moment où se clôturait une année européenne de lutte contre l’exclusion sociale plutôt virtuelle – faisant place à 2011, année du bénévolat –, la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi) était discutée à l’Assemblée nationale, comprenant entre autres des dispositions répressives envers les squatters et les campements illégaux… Les états généraux de la domiciliation ont rappelé aussi en fin d’année l’inapplication de la loi en la matière. La Fnars et d’autres ont dû rappeler l’engagement d’accueil inconditionnel après plusieurs expulsions illégales… L’affaire avait fait quelque bruit : fin novembre, le journal Libération révélait, preuves à l’appui, que certaines préfectures distribuaient des consignes exigeant que les personnes sans-papiers soient refusées par les centres d’hébergement d’urgence. De nombreux acteurs, dont l’association nationale des assistants de service social (ANAS) s’en étaient vivement émus.

La vieille polémique sur l’hébergement contraint des SDF est réapparue

Globalement, les associations avaient réagi, en parlant d’annonces velléitaires, à la circulaire logement du Premier ministre du 6 décembre décrétant des priorités en matière d’accès au logement et d’hébergement… Ces vœux pieux se heurtent à certaines réalités : au 31 octobre dernier par exemple, 5 039 personnes étaient en attente d’une place d’hébergement en centre d’accueil pour demandeurs d’asile, alors que seules quinze personnes avaient pu y avoir accès en octobre… Certes, le service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO) mis en place dans chaque département constitue un progrès pour la prise en charge des personnes sans abri. Mais il ne résout ni les questions de récusation des structures d’hébergement (manque d’intimité, refus des chiens, séparation des couples…) ni celles posées par les demandeurs d’asile, déboutés du droit d’asile, personnes sans papiers, tous pourtant susceptibles d’être accueillis de façon inconditionnelle.

Suppléant les pouvoirs publics dont elle dénonce les lenteurs, la fondation Abbé Pierre débloquait en fin d’année 300 000 € pour répondre, à sa mesure, aux urgences des grands froids. Le DAL avait installé, le 13 décembre à Paris un campement « pour le relogement des Dalos  » et dressé, le 25, un sapin de Noël des sans logis et des mal logés aux alentours du ministère du Logement. Alors que le secrétaire d’État au Logement, Benoist Apparu, avance le chiffre de 113 000 places d’hébergement (y compris dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile) et s’engage à fournir un hébergement d’urgence pour chaque appel au 115, la vieille polémique sur l’hébergement contraint des SDF est réapparue, avec moult cafouillages contradictoires au gouvernement. La Ville de Paris déplore, elle, un financement insuffisant de l’État et une pénurie de places en Ile-de-France. L’Europe elle-même s’était penchée les 9 et 10 décembre sur le sans-abrisme, pour élaborer une « stratégie européenne de protection sociale et d’inclusion sociale ». À suivre…