N° 799 | du 1er juin 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 1er juin 2006

Bus méthadone : faciliter l’accès à la substitution

Marianne Langlet

Le Bus méthadone de Paris offre un accès facilité à la substitution pour des usagers aux parcours complexes.

« Le bus peut-être utilisé de mille manières ». Elisabeth Avril, la responsable du Bus méthadone de Médecins du monde souligne la diversité des parcours rencontrés : « Certains entrent dans un projet de soins avec abstinence, d’autres sont dans une optique de dépannage, d’autres encore se servent du bus comme d’une passerelle vers des structures médico-sociales…. Les parcours eux-mêmes sont souvent chaotiques : les personnes viennent puis disparaissent, font des projets, sont claires, puis replongent ». Mais Elisabeth Avril en est persuadée, toutes ces personnes ne seraient peut-être pas entrées dans un programme de substitution aux opiacés sans le bus.

Permettre l’accès rapide à la substitution pour des usagers en errance, tel est l’objectif du bus méthadone de Médecins du monde. Tous les jours de l’année, week-ends et jours de fête compris, l’itinéraire parisien ne change pas : gare de l’Est de 14h 30 à 16h, porte de la Chapelle de 16h 30 à 17h 30 et Nation de 18h à 19h 30. Dix-sept salariés, médecins, infirmières, travailleurs sociaux, pharmacienne… et treize bénévoles se relaient pour qu’un minimum de trois personnes soient présentes à chaque permanence.

Entrer en contact

Un grand bus RATP aménagé en centre spécialisé de soins pour les toxicomanes (CSST), roulant. À l’avant, la partie accueil permet à une dizaine d’usagers d’entrer dans le bus en même temps. Un comptoir est installé dans le sens de la longueur, une porte ouvre ensuite sur un guichet de distribution de la méthadone. Les personnes y entrent une par une et peuvent prendre le produit dans un minimum d’intimité. L’arrière est aménagé pour des entretiens. Mais le bus n’est pas le premier lieu d’accueil, tout nouvel arrivant doit d’abord s’inscrire au lieu fixe, le centre Médecins du monde de Parmentier.

D’ailleurs, le bouche à oreille aidant, la plupart des nouveaux venus se rendent directement au centre pour le premier contact. « C’est un accueil anonyme, gratuit, sans rendez-vous, cinq jours par semaine du lundi au vendredi. Le jour même, ils peuvent commencer leur traitement », détaille Elisabeth Avril. Rien à voir avec d’autres CSST où les listes d’attente sont longues et les rendez-vous fixés à 15 jours d’intervalle. « Face à ce type d’obstacles, ceux que nous rencontrons au bus ne seraient pas entrés dans la substitution », estime Elisabeth Avril. Une fois passé le premier rendez-vous d’inscription, les personnes vont directement au bus sauf si elles sont convoquées au lieu fixe en cas de problème ou sur leur demande, pour un rendez-vous plus approfondi avec un des membres de l’équipe.

Car la méthadone est plus qu’un simple produit de substitution : « Nous entrons en contact avec les gens par le biais de la méthadone, nous leur donnons d’abord des informations pour éviter les contaminations VIH et VHC, pour réduire les dommages liés aux usages de drogue. Plus loin, nous pouvons aussi accompagner un projet de soins ou un projet social comme de retrouver un logement ou le RMI ». Contrairement à d’autres CSST, l’objectif n’est pas l’abstinence des usagers - bien que cela puisse être, bien sûr, leur démarche personnelle- mais l’amélioration de leurs conditions de vie et de leur connaissance des risques.

Difficile de garder ce cap face aux nouvelles réalités du terrain. Résultat de l’errance et de la misère, la polyconsommation est une des nouvelles difficultés rencontrées par l’équipe du bus. « Quelqu’un qui a de l’argent achète de l’héroïne de bonne qualité et ne consomme que cela, or la plupart des personnes que nous rencontrons aujourd’hui n’ont pas d’argent. Elles consomment des produits de mauvaise qualité et comme elles ne se sentent toujours pas bien, elles y ajoutent de l’alcool, des tranquillisants, du crack… » Que faire face à cela ? Le bus refuse parfois de délivrer de la méthadone lorsque l’équipe juge que l’interaction peut être dangereuse, la personne est appelée à revenir le lendemain ou le surlendemain.

Au-delà, l’équipe tente de cerner le produit qui pose le plus de problème et de travailler dessus. « Nous prenons les problèmes les uns après les autres. Nous essayons aussi d’améliorer les questions de logement, de ressources, de proposer un projet de postcure ou de sevrage… Lorsqu’ils vont très mal, nous pouvons les faire hospitaliser une semaine ou deux, le temps qu’ils se posent, qu’ils se reconstituent un petit peu… » Un accompagnement souvent handicapé par l’absence de papiers des personnes. « Cette année, dans les 256 nouveaux inscrits, nous avons par exemple 45 personnes venues d’ex-URSS, ce sont toutes des sans-papiers. Nous avons aussi beaucoup de sans-papiers asiatiques », précise Elisabeth Avril. Le bus accueille une proportion plus importante de sans-papiers que d’autres CSST : « La possibilité de projets pour eux est restreinte vu qu’ils n’ont pas de papiers, pas de statut, pas d’accès au travail, pas d’accès au logement…. Les autres centres craignent l’embolie et limitent leurs admissions ». Reste le bus dont l’objectif premier se trouve là justifié : ouvrir la substitution à tous.


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