N° 1186 | du 26 mai 2016

Faits de société

Le 26 mai 2016 | Joël Plantet

Bouquet de luttes

Activement préparé depuis de longs mois, aiguillonné par l’actualité, le premier festival du travail social a eu lieu le 14 mai à Bobigny (93). L’occasion de débattre, et de vérifier que face aux attaques actuelles, mille initiatives font vivre la résistance.

Le hall de la Bourse du travail indique d’emblée la couleur – les couleurs – du propos. On y rencontre la Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE), le collectif 76 des salariés du social, Avenir Éducs bien sûr, quelques clubs de prévention, la Commission action Travail social de Nuit debout, le Théâtre de l’Opprimé, des syndicats – Solidaires, FSU, CNT, CGT –, un « journal contre la psychiatrie » dénommé Sans remède, ainsi que d’autres valeureuses publications nationales, Le Progrès Social ou… Lien Social. Même Fakir est présent.

Mais surtout, des centaines de travailleurs ou d’intervenants sociaux vont aller en venir en cette journée, entre ateliers, films (excellente programmation), théâtre forum avec Miss Griff association ou conférence gesticulée (« Je tisse du lien social, ou je prends mes précautions ? »). Ici et là, on stationne devant d’autres installations (expo Romeurope, éditeurs indépendants, BD, dessins d’éducateurs et même une « zone de gratuité révolutionnaire » où l’on peut donner sans prendre et inversement). Sept adolescentes d’un club de prévention, Arrimages, vendent, avec leurs éducateurs, des sandwiches (excellent rapport qualité/prix !) pour financer un séjour à la Rochelle. Un espace enfants est prévu toute la journée, avec animateurs. En somme, une organisation impeccable, pour un événement dont l’entrée est, bien sûr, libre.

Signe des inquiétudes actuelles, certains ateliers (1h30 de débats) ont connu un franc succès, tels celui de la Financiarisation du travail social ou celui intitulé Mobilisations collectives, modes d’action, convergence des luttes. Ici, une centaine de personnes, de Nantes, de Tours, la plupart franciliennes mettent en commun leur engagement, le plus souvent en lien avec leur implication dans Nuit debout. Ainsi, la Commission action Travail social (CATS) de Paris évoque sa création, sa participation aux dernières manifestations contre la loi Travail, la préparation de son AG du 17 mai pour évoquer, entre autres, l’éventualité d’une grève dans le travail social coordonnée avec d’autres secteurs.

Des dates de mouvements de protestation sont avancées, qui pourraient bien s’unifier avec d’autres

La question des caisses de solidarité est déjà abordée. Des syndicats (FSU, CGT) participent au débat, soulignant la jonction à faire avec « les personnes dont on a la charge », via par exemple des mouvements de chômeurs ou Droit au logement. Du contenu revendicatif de certaines alliances, peut dépendre l’appropriation de l’outil syndical : la ré-architecture des diplômes du travail social a ainsi mobilisé de nombreux syndicats aux côtés de travailleurs sociaux en collectifs. Le niveau « anormalement bas » des rémunérations des travailleurs sociaux en est aussi un exemple… Des illustrations de convergence sont mises en avant : ainsi dans le 93, où les AS scolaires en lutte (« nous nous sentions participer à l’exclusion sociale des élèves ») se sont jointes aux salariés de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et à celles et ceux du secteur de la pédopsychiatrie, particulièrement mal en point.

Un infirmier SUD vient rappeler le danger des groupements hospitaliers de territoire, véritables « usines à soins » et la proximité du sanitaire et du social. Des dates de mouvements de protestation sont avancées, qui pourraient bien s’unifier avec d’autres.

D’autres ateliers ont porté sur « la place laissée à l’éducatif », sur l’État social et l’État policier, sur Genre et travail social – question plutôt dans l’air du temps – ou sur Quand le micro devient politique, à partir de la Radio sans nom imaginée par les patients du Centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) d’Asnières et les soignants.
Bref, une journée fourmillante d’idées, de créativité, de rencontres et de convergences. Le travail social a, encore une fois, prouvé sa capacité à exister. Et à résister.