N° 731 | du 25 novembre 2004 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 25 novembre 2004 | Documentaire de Patrice Rolet

Blessures de femme

Katia Rouff

(2003 - 52 mn)
La Cathode
119 rue Pierre Sémard
93000 Bobigny
Tél. 01 48 30 81 60

Thème : Violences conjugales

Le film Blessures de femme suit les étapes de la reconstruction de Khadija. Victime de sévices physiques et psychologiques de la part de son conjoint, elle est accueillie au Relais Sénart (Seine-et-Marne) où une équipe va la soutenir dans ce long travail

Avec ses foulards colorés dans les cheveux, son franc-parler et son rire communicatif, Khadija remonte souvent le moral des autres résidentes du Relais Sénart, une association d’accueil et d’hébergement de femmes en difficulté. Avec ou sans enfant, souvent victimes de violences conjugales, psychologiques et/ou physiques, ces femmes se retrouvent sans rien du jour au lendemain. « Je suis sortie de la mort », témoigne Khadija en évoquant son arrivée dans la structure. « J’étais toute en deuil. Je ne savais plus qui j’étais après les coups ».

D’origine marocaine, la jeune femme a quitté son premier mari qu’elle n’a pas choisi et dont elle a eu cinq garçons. Elle s’est alors installée avec un ami. Il s’est révélé violent lorsqu’elle a été enceinte. Un jour, les violences ont été si fortes que Khadija a couru jusqu’au commissariat. Son état de détresse a provoqué une hospitalisation en service psychiatrique et le placement de ses enfants.

Aujourd’hui, dans un espace de parole proposé par l’équipe du Relais, Khadija peut enfin exprimer avec confiance ses peines et angoisses. Le documentaire de Patrice Rolet suivra son parcours dans la structure d’accueil. Femme de caractère, elle va affronter ses moments d’instabilité et de fragilité avec l’appui de Françoise, éducatrice spécialisée. Mais renouer avec la vie sociale et familiale prendra beaucoup de temps. En alternance, le réalisateur filme d’autres résidentes comme Claudine. Arrivée en urgence, elle vivra dans le même appartement que Khadija, trop inquiète à l’idée de rester seule dans un hôtel.

_Françoise accompagne Khadija chez l’avocate pour faire le point sur la garde des six enfants. La jeune femme souffre : elle se sent coupable de leur placement, sa belle-famille n’accepte pas Zinedine, l’enfant né de sa relation avec l’homme violent et lui conseille de l’abandonner. Inconcevable pour elle. Ne pas pouvoir décider sans l’intervention des travailleurs sociaux de ce qui est bon pour ses enfants, constitue selon elle une autre forme de violence. Elle ne peut les voir que dans la structure de placement « comme dans un parloir », dit-elle.

Khadija travaille dans l’atelier menuiserie du Relais Sénart, une étape indispensable dans la reconstruction de soi. Les femmes rabotent, scient, assemblent… « Avant j’étais speed, maintenant je prends mon temps », affirme Henriette. Pourtant, à la suite d’une remarque, elle a un coup de blues et quitte l’atelier. Mais la discussion en groupe apaise les conflits. Khadija, elle, rayonne : Zinedine revient à la maison. « Ça vaut le coup de se battre pour ses enfants », dit-elle, rendant hommage à Françoise, sans laquelle elle n’en aurait pas « trouvé la force ». Mais son bonheur est de courte durée.

Ambivalente, elle a donné son adresse au père de Zinedine sans en informer l’équipe. Les choses dégénèrent et l’enfant est de nouveau placé. Khadija déménage et doit se préparer à deux audiences : l’une pour la garde de ses cinq premiers garçons, l’autre pour celle de Zinedine. Françoise lui reproche son comportement : peut-être est-elle encore amoureuse de son ami – « les sentiments ne se commandent pas » - mais elle doit être claire. Pour vivre avec ses enfants elle doit renoncer à une vie de couple avec cet homme. La jeune femme acquiesce et décide de poser officiellement une séparation auprès du juge des affaires familiales. « Il aura fallu un an pour que tout cela ait un sens pour Khadija et qu’elle arrive à prendre cette décision », souligne Françoise.

L’épilogue est heureux : Khadija retrouve la garde de ses trois plus jeunes enfants. Les autres vivront chez leur père et verront leur mère et leurs frères pendant les vacances scolaires. En filmant ces femmes, sans équipe technique, avec une simple caméra numérique, le réalisateur nous permet d’entrer avec tact dans leur vie et de mesurer l’efficacité de leur prise en charge.