N° 1076 | du 27 septembre 2012

Faits de société

Le 27 septembre 2012

Bientôt des salles de consommation ?

Marianne Langlet

Marisol Touraine a annoncé que son ministère serait prêt « assez rapidement » à lancer l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque. Si le sujet divise au niveau politique, sur le terrain, les associations sont prêtes.

 « Il faudrait autoriser, comme cela se fait à l’étranger, des salles de consommation de drogue mais de façon très encadrée. » Jean-Marie Le Guen, adjoint au maire de Paris chargé des questions de santé, a relancé le débat fin août dans une interview au Parisien. Pour rappeler l’engagement de campagne de François Hollande en faveur d’une expérimentation ? Le conseiller technique de Jean-Marie Le Guen, Alexandre Farnault, avance plutôt « des remontées très inquiétantes sur l’augmentation des pratiques d’injection à Paris ».

L’association Safe qui gère les automates parisiens de distribution de seringues stériles constate une augmentation de la distribution de 6 % à 14 % selon les lieux. La mairie a fait faire une étude du petit matériel d’injection par une faculté de pharmacie au début de l’été. « Le contenu des seringues montrait que trois quarts des usagers s’injectaient un cocktail de plusieurs produits. » Des pratiques à très haut risque qui poussent la mairie « à alerter sur la nécessité de mettre en place des nouveaux outils de réduction des risques ».

Les salles de consommation de drogue à moindre risque (SCMR) en font partie. Jean-Pierre Lhomme, qui dirige l’association Gaïa à Paris, préfère parler de « salles de consommation à moindre risque et à visée éducative ». Si ces salles visent à limiter les risques sanitaires en sortant les usagers les plus précaires des toilettes publiques, halls d’immeuble, parkings, ou l’hygiène et la clandestinité poussent aux risques, elles servent aussi de lien social. « Elles permettent aux professionnels d’entrer en lien avec une population difficile d’accès, très loin de la prévention et du soin », analyse Jean-Pierre Lhomme. Son association, issue de Médecins du Monde, porte un projet de salle pour Paris depuis longtemps.

Aujourd’hui, tout est prêt même si le lieu n’est pas encore choisi et qu’un long travail de concertation avec les riverains reste à faire. L’équipe comptera des médecins, des infirmières et des éducateurs. « Le travail comprend l’accueil, l’initialisation et l’orientation vers le soin, la supervision du shoot, qui doit être médicalisée, mais aussi tout le volet social, de lien, construit avec les éducateurs », détaille Jean-Pierre Lhomme qui reconnaît que le travail sera difficile. Si la salle ouvrira tous les jours, les horaires seront limités « pour ne pas que les professionnels s’exténuent ».

La réussite du dispositif dépend de sa capacité à travailler en réseau

À Paris, l’association sera très certainement la première à ouvrir un tel lieu avant d’être rejointe par d’autres car, pour la mairie, « il est hors de question qu’il n’y ait qu’une seule salle », appuie Alexandre Farnault. La réussite du dispositif dépend, selon Jean-Pierre Lhomme, de « sa capacité à travailler en réseau, à s’articuler avec toutes les structures de prévention et de soins existantes ». D’ailleurs, les projets de SCMR sont souvent adossés à un centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud). C’est le cas à Marseille où la mairie envisage l’installation de trois salles auprès de Caarud existants.

À Bordeaux, l’association La Case propose d’utiliser une pièce de son Caarud pour expérimenter une SCMR. Le projet est désormais entre les mains du maire qui s’est déclaré favorable à une expérimentation. Véronique Latour, responsable de La Case, estime que 70 % des mille usagers qu’elle compte chaque année dans sa file active seraient concernés par un tel dispositif. « Principalement, des personnes sans domicile en grande précarité. » À ces yeux, cette proposition d’injection supervisée ne serait qu’un outil de plus dans la réduction des risques. Pas une révolution.