N° 676 | du 4 septembre 2003 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 4 septembre 2003

Bien, mais peut mieux faire

Propos recueillis par Katia Rouff

Virginie Reynaud, conseillère emploi formation à la mission locale d’Aubervilliers (93) adresse des jeunes à l’École de la deuxième chance. Elle trouve que ce dispositif est très intéressant mais qu’il peut encore être amélioré. Par exemple, en acceptant les personnes avec un niveau d’étude ou un diplôme qui désirent reprendre leurs études

Quels jeunes orientez-vous vers l’École de la deuxième chance ?

Je suis référente des Ateliers découverte des métiers, une action qui permet d’évaluer le niveau scolaire des jeunes et de les accompagner dans l’élaboration de leur projet professionnel. J’ai orienté trois jeunes filles qui ont suivi les ateliers vers l’École de la deuxième chance. Elles ont un projet professionnel bien défini, un niveau de formation infra V et une expérience professionnelle conséquente. Le projet qu’elles ont choisi nécessite une formation longue. Pour la suivre, une remise à niveau soutenue est nécessaire. En effet, si elles ne rencontrent aucune difficulté à l’oral, il n’en va pas de même à l’écrit. L’École de la deuxième chance est bien adaptée pour les préparer à intégrer la formation choisie. Par exemple, une des jeunes filles a des problèmes d’illettrisme et des difficultés personnelles. Elle a longtemps travaillé comme femme de ménage et souhaite reprendre ses études pour passer un CAP petite enfance. Elle a effectué un très bon stage dans une école maternelle et la responsable du service petite enfance d’Aubervilliers accepterait de signer avec elle un contrat d’apprentissage pour qu’elle passe un CAP. Elle a donc besoin d’une importante remise à niveau pour accéder à cette formation. À l’École de la deuxième chance, elle a pu effectuer d’autres stages en relation avec son projet. Si ses progrès scolaires sont suffisants, elle commencera la formation pour obtenir un CAP à la rentrée.

Une autre jeune fille vient juste d’élaborer son projet et souhaite également passer un CAP petite enfance. Arrivée en France il y a 5 ans, elle est mère de deux enfants. Elle possède une bonne expérience professionnelle de ménage à domicile. Elle a arrêté sa scolarité en 4ème au Portugal et son niveau scolaire est insuffisant pour entrer en formation. Elle rejoint prochainement l’École de la deuxième chance pour travailler les savoirs de base. Ses contraintes familiales lui imposent un parcours assez court et bien adapté. En revanche, deux jeunes que j’ai orientés à l’École de la deuxième chance n’ont pas été sélectionnés. L’un n’a pas de projet bien défini, l’autre possède déjà un BEP et souhaite préparer le BAC. Son niveau d’étude est trop élevé pour ce dispositif.

Continuez-vous à suivre les jeunes pendant leur stage à l’École de la deuxième chance ?

Très peu, car ils suivent cette formation à temps complet. En revanche, il est assez facile de contacter les formateurs de l’École de la deuxième chance pour connaître leurs progrès. On trouve rapidement le bon interlocuteur — ce qui n’est pas toujours le cas dans les autres centres de formation — et les informations sont claires. Nous essayons de contacter les jeunes avant la fin de leur formation pour préparer la suite de leur parcours.

Que pensez-vous de ce nouveau dispositif d’insertion ?

J’aime bien travailler avec l’École de la deuxième chance. Ce dispositif complète ceux déjà existants, tel que l’atelier pédagogique personnalisé. À temps complet et rémunéré, il me paraît d’ailleurs plus adapté que d’autres dispositifs à certains profils. Il permet aux jeunes d’effectuer des stages en entreprise et d’acquérir une expérience professionnelle dans le secteur qui les intéresse. Contrairement aux plates-formes de mobilisation, il s’adresse à des jeunes autonomes qui ont déjà un projet professionnel. Le travail sur les savoirs de base est approfondi, ce qui leur permet d’acquérir le niveau nécessaire pour intégrer une formation préqualifiante. La durée est un point important. Si le jeune n’atteint pas le niveau souhaité en six mois, il peut poursuivre pendant un an. De plus, l’École de la deuxième chance prend en charge le jeune dans sa globalité. En revanche, il est dommage que le dispositif n’accepte pas les personnes avec un niveau d’étude ou un diplôme qui désirent reprendre leurs études. Pour certains jeunes qui ont quitté l’école en première ou en terminale, l’obtention du BAC est très symbolique, mais le repasser en candidat libre est assez difficile même en suivant un atelier pédagogique personnalisé. Ils souhaitent souvent se retrouver dans un environnement scolaire avec des horaires quotidiens et fixes, comme à l’École de la deuxième chance.

Mission Locale - 122 bis, rue André Karman - 93300 Aubervilliers - Tel. 01 48 33 37 11


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