N° 1135 | du 20 février 2014

Faits de société

Le 20 février 2014

Autisme et télé, tout un programme

Joël Plantet

Deux tranches de prime time télé se sont intéressées à l’autisme. L’une, racoleuse, scénarisée, caricaturalement binaire, rendant le spectateur voyeur, sans l’ombre d’une analyse ; l’autre, plus intime, troublante. Retour sur un petit écran partiel et partial.

La caméra cachée pénètre dans l’établissement et dévoile l’horreur à 2,8 millions de téléspectateurs : corps humiliés, maltraités par ceux qui sont censés les protéger. Nous sommes dans l’émission-choc Zone interdite, intitulée Enfants handicapés : révélations sur les centres qui les maltraitent (M6, 19 janvier 2014). Surfant sur l’émotion, l’émission abuse du fait-divers sensationnel jusqu’à la corde (ici, entre autres, l’IME gersois Moussaron) et stigmatise l’ensemble d’un secteur professionnel. Aucune analyse, pas l’ombre d’un propos sur les dispositifs renforçant depuis dix ans les droits des usagers au sein des institutions, sur un management parfois obsédé par les procédures, sur le manque de qualification de certains éducateurs, sur certaines logiques de marché favorisant les structures à but lucratif… « Ce reportage aurait pu faire œuvre pédagogique pour énoncer outils et moyens de lutte contre les maltraitances », regrette gentiment l’organisation nationale des éducateurs spécialisés (ONES).

L’Unapei rappelle que « l’origine principale de l’omerta, c’est le manque de places ». Le réseau national des communautés éducatives dénonce l’« amalgame » entre l’exacerbation d’une maltraitance ainsi mise à nu et le travail essentiel de l’immense majorité des professionnels du handicap… Un groupement des directeurs d’instituts d’éducation adaptée du Morbihan interpelle directement le réalisateur et demande un droit de réponse en pointant « un risque majeur d’amalgames, de jugements a priori, et d’appréhensions majeures pour les familles ». L’association des paralysés de France (APF) rappelle que « le secteur médico-social subit de plein fouet la rigueur et la recherche systématique d’économies ». Et la ministre en charge des enfants handicapés ne peut que réaffirmer son « engagement déterminé pour la bientraitance des personnes accueillies en établissement » et promettre des contrôles inopinés.

Autre voyage. Atteint d’autisme, polyhandicapé, Samy, 8 ans, mène la vie dure à sa mère (Églantine Éméyé, animatrice télé, collaboratrice de Marcel Rufo). Dans Mon fils, un si long combat (France 5, 21 janvier 2014) celle-ci raconte son quotidien harassant, un droit au répit impossible, la gestion des crises d’auto-mutilation, l’absence de structures d’accueil, les aberrations de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), son cheminement – de personne aisée, ayant des relations, on imagine les autres… – pour ne pas s’épuiser dans une relation folle [1]. Entre autres images de prise en charge, on y verra d’ailleurs une séance de packing, technique controversée (Vaincre l’autisme milite pour son interdiction), et l’indéniable apaisement qu’il procure au garçon.

Une mission doit rendre en mai ses conclusions sur une éventuelle réforme concernant les conditions d’entrée et de sortie des établissements. « Dans le cadre des états généraux du travail social, fin 2014, nous aborderons la formation des travailleurs sociaux aux spécificités du handicap », prévoit aussi la ministre, Marie-Arlette Carlotti, pointant une méconnaissance en la matière des travailleurs sociaux qui pourtant « font un travail remarquable ». La ministre prévoit enfin la signature prochaine d’une charte entre ministère, conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et écoles de journalisme. Quoi qu’il en soit, le travail social, le vrai, ne pourra en aucun cas sortir de son invisibilité avec ce type d’émission (M6), partielle et partiale, spectaculaire et démagogique.


[1Un million de téléspectateurs. En replay jusqu’à fin février sur
http://www.france5.fr/emissions/le-...