N° 838 | du 26 avril 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 26 avril 2007

Autant d’illettrisme en ville qu’à la campagne

Bruno Crozat

Il y aurait en France 3,1 millions de personnes en situation d’illettrisme. Elles ont été scolarisées mais ne maîtrisent pas la lecture, l’écriture ou le calcul. Une réalité qui touche également les zones faiblement peuplées et les grands villes

En janvier 1984, la Documentation Française publiait un rapport intitulé Des illettrés en France qui dressait un état des lieux de la situation dans le pays. La presse s’est fait l’écho de cette préoccupation en annonçant des chiffres proches du grand écart. France-Soir parlait de 400 000 Français illettrés, le Matin de 7 à 8 millions, Le Progrès à Lyon annonçait 15 % de la population…

La dernière étude sur l’illettrisme de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publiée en 2006, montre que 9 % de la population âgée de 18 à 65 ans résidant en France métropolitaine et ayant été scolarisée en France, est en situation d’illettrisme, soit 3,1 millions de personnes. Des modules spécifiques, dont celui de l’ANLCI, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, permettent d’évaluer le niveau de compétences pour les savoirs de base. En effet, une personne en situation d’illettrisme est une personne qui a été scolarisée en France mais ne maîtrise ni la lecture, ni l’écriture, ni le calcul, ni les compétences de base pour être autonome dans des situations simples de la vie quotidienne.

L’enquête a débuté en 2002, elle a été publiée en 2006

« Cette enquête et ces chiffres sont déterminants et essentiels, affirme Hervé Fernandez, secrétaire général de l’ANLCI, ils nous permettent de mieux connaître les personnes. L’enquête est nationale, mais elle territorialise par région les données obtenues et nous permet de mieux savoir où faire porter nos efforts. En Ile-de-France par exemple, nous savons que 20 % des chômeurs et 30 % des ouvriers non qualifiés sont en situation d’illettrisme. C’est un chiffre très élevé ».

L’enquête révèle ainsi que l’illettrisme touche autant les jeunes que les vieux, les chômeurs que ceux qui travaillent, et plus souvent les hommes que les femmes. Plus de la moitié des personnes concernées ont plus de 45 ans, 57 % des personnes en situation d’illettrisme ont un emploi, 59 % d’hommes sont concernés contre seulement 41 % de femmes. L’enquête montre que dans les zones urbaines sensibles le pourcentage d’illettrés s’élève à 18 %. La répartition en revanche s’équilibre entre les zones faiblement peuplées - les secteurs ruraux et les villes de moins de 20 000 habitants - et les grands centres urbains. Ces chiffres sur la répartition de la population en situation d’illettrisme démontrent que l’ensemble de la population est concernée par cette question. Ils déterminent également des stratégies à mettre en œuvre pour lutter contre l’illettrisme. « Si nous ne voulons pas passer à côté de ces personnes, martèle Hervé Fernandez, il est nécessaire de ne pas mener un seul type d’actions mais une conjonction d’actions au sein d’une stratégie commune ».

La notion d’illettrisme évolue

La société bouge, les savoirs de base nécessaires à l’insertion changent également. Autour du noyau traditionnel qui regroupe les compétences linguistiques, mathématiques et cognitives, la pression sur d’autres compétences s’accélère avec les évolutions de la société : savoir se servir d’un ordinateur, utiliser une langue étrangère, développer des capacités de communication et de coopération. C’est pour cette raison que l’ANLCI insiste sur la formation et la mobilisation des parents pour prévenir l’illettrisme dès l’enfance. Elle milite également pour le partage d’une définition commune des savoirs de base qui détermine la nature des actions à mettre en œuvre. Elle parle d’un « socle fonctionnel pour la vie courante », une base et un levier pour engager les personnes en situation d’illettrisme dans un processus dynamique d’apprentissage. Elle définit quatre paliers graduant l’avancée vers la maîtrise des compétences. Le palier des repères structurants, celui des compétences fonctionnelles de la vie courante, le degré facilitant l’action dans des situations variées et enfin celui du renforcement de l’autonomie. La référence reste fondamentalement la capacité à s’intégrer dans son environnement quel qu’il soit.


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