N° 995 | du 25 novembre 2010

Faits de société

Le 25 novembre 2010

Aucune priorité pour le logement

Joël Plantet

Le logement est loin d’être le chantier national prioritaire qu’il devrait être. Un toit n’est pas un droit, comme le voudraient les associations et comme le clame vertueusement la loi Dalo. Et l’hiver approche.

Officiellement, la trêve hivernale court du 1er novembre au 15 mars, mais les associations ont déploré que les expulsions se soient cyniquement multipliées dans les semaines précédentes… Selon un rapport de l’Insee, 2,1 millions de logements étaient vacants en 2007 ; combien sont-ils aujourd’hui ? Onze mille expulsions sont intervenues au cours de l’année 2009 (parmi lesquelles des reconnues prioritaires Dalo !), dont de nombreuses avec le concours de la force publique… Jusqu’où ces chiffres gonfleront-ils ?

Sur ce fond de constat aggravé, les initiatives de sensibilisation se multiplient : au début du mois, Droit au logement fêtait ses vingt ans tout en rappelant la flambée des prix du logement, les listes d’attente des demandeurs Dalo, les 2, 1 millions de logements vides et la non-application de la loi de réquisition… Huit jours plus tard, l’association organisait près de l’Assemblée nationale une exposition sur les différents habitats (yourtes, caravanes, mobile-home…) menacés par la loi dite Loppsi 2, dont l’examen en deuxième lecture doit intervenir à la fin de ce mois à l’Assemblée.

Le 5 novembre, sur le Pont des Arts, à Paris, les responsables des associations de défense des sans-abri et des mal-logés – généralement peu coutumiers de ce genre d’action – s’étaient installés dans 31 tentes igloo, d’où ils avaient été délogés dans la journée… Pour les 31 associations concernées, il y a en effet de quoi s’inquiéter : le budget logement est en baisse de 10 % sur trois ans, dont moins 5 % en 2011. Le 10 novembre, les mêmes responsables étaient reçus par le Premier ministre. En sortant, les associations, restées sur leur faim, annonçaient « d’autres actions » à venir.

Un droit au logement « aussi constitutionnel que la propriété » ?

Le 16 novembre, estimant le nombre des mal-logés à 3,5 millions, la FAP brandissait médiatiquement (avec Cantona) « un carton rouge au mal logement, devant une situation sociale d’une rare intensité », tout en lançant une nouvelle campagne. « Le mal-logement connaît une situation sans précédent depuis 1954, et la crise économico-financière qui a frappé notre pays en a encore aggravé les conséquences. Les publics touchés sont de plus en plus nombreux, de plus en plus divers », argumentait la fondation.

La Fnars, elle, critique la circulaire hivernale sur la prise en charge des sans-abri : dénonçant une « logique saisonnière [qui] aura cours cet hiver encore », la fédération dénonce principalement un accompagnement social oublié, et la lenteur de la mise en place des nouveaux services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO).

En Ile-de-France, la situation est catastrophique : le 10 novembre, le président du conseil régional, Jean-Paul Huchon, alertait encore, lui aussi, les parlementaires, sur la nécessité de faire enfin du logement une priorité nationale et d’augmenter cette ligne budgétaire dans le projet de loi de finances 2011. Le 9 décembre, la Fnars Ile-de-France proposera une journée d’information sur la refondation de l’hébergement, qui « va totalement bouleverser la relation aux financeurs et les pratiques des centres d’hébergement ».

En janvier 2008, le Premier ministre – le même – avait déclaré faire du logement et de l’hébergement des personnes sans abri et mal logées un « chantier national prioritaire » : faute de volonté politique, on ne voit pas comment Nathalie Kosciusko-Morizet, nouvelle ministre en charge du Logement, et Benoist Apparu, secrétaire d’État, seraient à même de changer la donne. Le droit au logement pourra-t-il un jour devenir « aussi constitutionnel que la propriété », comme le préconise l’ancien ministre du Logement Louis Besson ?