N°  | du 15 septembre 2016 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 15 septembre 2016 | Joël Plantet

Attachante psychiatrie

La logique hospitalière actuelle utilise de plus en plus fréquemment la contention physique. Liens, attaches, camisoles commencent à poser officiellement problème.

Il y a un an, le Collectif des 39 avait lancé un appel intitulé Non à la contention, clairement sous-titré La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne. Les lanceurs d’alerte y affirmaient, dans une adresse aux parlementaires, leur conviction humaniste : « Accueillir et soigner les patients, quelle que soit leur pathologie, nécessite d’œuvrer à la construction de collectifs soignants suffisamment impliqués et engagés dans le désir d’écouter les patients, de leur parler, de chercher avec eux les conditions d’un soin possible. » De même, le réseau Humapsy, à la Mad Pride de juin dernier, y a joyeusement dénoncé la loi du 5 juillet 2011 relative aux soins sans consentement, considérée comme ayant facilité l’hospitalisation sous contrainte, y compris à domicile. Le recours à l’isolement et aux contentions, faute de personnels et de moyens, était vigoureusement pointé. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) était largement remis en question, accusé de « produire des bataillons de psychiatres prescripteurs de médicaments, incapables de comprendre l’intérêt d’entrer en relation avec les patients ».
Or, l’article 72 de la loi de modernisation du système de santé, adoptée le 26 janvier dernier, vient en principe encadrer ces mesures par la mise en place, dans chaque établissement de santé mentale, d’un registre recensant ces pratiques.
Les contrôleurs généraux des lieux de privation de liberté – hier Jean-Marie Delarue, aujourd’hui Adeline Hazan – dressent le constat d’une augmentation de ces actes, doublée d’une banalisation. En mai 2016, le rapport de l’institution, forte de 121 visites de structures de santé mentale, notait d’emblée « une généralisation du recours à l’isolement et à la contention, en recrudescence depuis une vingtaine d’années » alors que leur efficacité thérapeutique n’est pas prouvée. Elle notait que le malade mental « ne bénéficie pas de la représentation qui s’attache à toute maladie : souffrance, fragilité, besoin de soins et de compassion », mais au contraire développe des représentations négatives, dont la dangerosité… Et de constater de fréquentes atteintes aux droits fondamentaux des patients.
À l’initiative de la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et en santé mentale d’Occitanie (FERRPSY), une recherche médicale a été lancée ce 15 septembre sur la contention. Soucieuse des disparités existantes entre les établissements, l’étude implique treize d’entre eux. Point de départ sous forme d’observation collective : « La contention physique : pas de démonstration d’efficacité clinique et un vécu essentiellement négatif pour les patients ». Dès 2014, un psychiatre, Raphaël Carré, avait pointé que « les thèmes d’agressivité et de violence, d’impuissance et de dépendance, de punition et de sanction, le sentiment de déshumanisation » étaient récurrents dans les témoignages recueillis auprès des patients ayant été soumis à des contentions physiques.


Polémique

Le « packing » consiste à immobiliser une personne dans des bandes de linge humide pour favoriser un travail psychothérapique. Un débat, assez vif, oppose les partisans et les opposants de cette technique qui l’assimilent à de la contention. D’autant plus qu’une circulaire ministérielle du 22 avril 2016 conditionne le financement des institutions à la non utilisation de cette méthode alors que l’Inserm, mandatée, n’a pas encore rendu ses conclusions sur ses effets thérapeutiques. Signée par des dizaines de praticiens, une lettre ouverte à Marisol Touraine et à Ségolène Neuville, publiée en mai dernier par le Huffington Post, réclamait l’annulation de cette « interdiction ».