N° 777 | du 8 décembre 2005 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 8 décembre 2005 | Dominique Delattre

Associer les parents à l’école

Katia Rouff

DVD (52 mn, 2003)

Distribué par
La Cathode
119, rue Pierre Sémard
93000 Bobigny
Tél. 01 48 30 81 60

Thème : École

Le film Le grand malentendu présente trois établissements scolaires ayant surmonté des difficultés grâce à une équipe soudée et un projet d’établissement associant les parents

« Absentéisme, violence, échec scolaire, qui est responsable »  ? interroge le réalisateur Dominique Delattre dans le film Le grand malentendu. « Pour les parents c’est l’école, pour l’école ce sont les parents. N’est-il pas temps de changer de regard sur les uns et les autres ? » ajoute-t-il. Pour illustrer son propos, il a filmé les équipes éducatives de trois établissements publics qui ont traversé des difficultés dans le passé et les ont surmontées grâce à une équipe soudée et un projet d’établissement favorisant un réel partenariat avec les parents.

Retisser patiemment les liens avec les parents

Située dans une cité, l’école primaire Marie Curie de Bobigny (93) accueille 275 élèves. Depuis quatre ans, la nouvelle équipe pédagogique, très soudée, retisse patiemment les liens avec les parents, des liens très tendus à son arrivée. Avant elle, se sont succédé des équipes inexpérimentées, instables, sans cesse renouvelées. Difficile dans ces conditions d’acquérir des habitudes de travail pour des enfants déjà fragiles. Certains considéraient l’école comme l’annexe de la cité et des parents venaient faire des scandales sous les préaux. « La première étape a été de reprendre la main, explique Véronique Decker, la directrice, ce n’était ni aux élèves ni aux parents de faire la loi ». L’objectif de la nouvelle équipe a été de rappeler à tous que l’on vient à l’école pour apprendre.

L’objectif est atteint. Aujourd’hui parents et enseignants se rencontrent et une instance de décision dans laquelle les parents sont élus les réunit. Les parents qui le souhaitent peuvent assister à un cours pour voir comment l’enfant apprend, ses difficultés et ses victoires. « Venez, j’ai du temps pour vous », semble devenu le leitmotiv de l’équipe vis-à-vis des parents.

Les parents d’élèves de Saint-Dizier-Sous-Riverie ne mettaient jamais les pieds dans l’école qui accueille 60 enfants de maternelle et primaire. « Il a fallu les reimpliquer et mettre en place un partenariat efficace entre eux et les enseignants afin qu’aucun enfant ne reste au bord de la route », évoque Rémi Castères, le directeur. Aujourd’hui enseignants et parents semblent former une petite communauté éducative qui marche bien. Certains parents interviennent dans l’école, comme cette mère qui donne des cours de jardinage et apprend aux enfants à construire des tipis en bambous. Une initiative diversement appréciée par une partie des parents qui estiment que pour apprendre, l’enfant doit suivre les leçons du maître. Les discussions sont ouvertes. Dans une ambiance conviviale, parents et enseignants se réunissent régulièrement pour échanger sur le projet pédagogique ou les méthodes d’évaluation. « Les enfants apprécient ce collectif d’adultes autour d’eux », estime une enseignante.

Le collège Fabien de Montreuil (93) était menacé de fermeture. Situé dans un quartier sensible, il est passé en dix ans d’un effectif de 319 à 740 élèves. Grâce à son pôle d’excellence et à ses dispositifs pour élèves en grande difficulté, le collège tient le pari de la mixité sociale. Afin de se rapprocher des parents qui se sentaient plutôt démunis face à l’école, l’équipe éducative a mis en place un travail en réseau avec différentes associations et structures sociales, notamment les associations qui dispensent des cours d’alphabétisation. Ensemble, ils invitent les parents à visiter l’établissement et leur expliquent le fonctionnement du collège. Le travail en réseau permet de repérer les difficultés d’un enfant ou d’une famille, de rapprocher école et parents pour éviter l’aggravation des problèmes, voire la rupture scolaire.

Étudier les relations avec les parents dès l’IUFM

Le film est entrecoupé d’interventions de Philippe Meirieu, directeur de l’IUFM de Lyon, qui remet en perspective les relations parents-école et la place de l’école de la République vis-à-vis de la famille. Il revient sur la rivalité ou l’ignorance entre parents et enseignants : « Le conflit entre eux est ancien, historique, quasiment constitutif de l’école de la République, mais avant la rivalité ne s’exprimait pas au grand jour car on se serrait les coudes autour de l’enfant, ce n’est plus le cas aujourd’hui ».

Pourtant la réussite scolaire de l’enfant doit rester au centre des préoccupations de l’école et des parents et leur rencontre est indispensable. Mais partager, échanger avec les parents est vécu par certains professeurs comme une perte de pouvoir, ils envisagent difficilement la co-éducation. De leurs côtés, certains parents n’osent pas aller vers les enseignants par manque d’habitude, d’autres au contraire voudraient leur enseigner leur métier. « Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour sensibiliser les futurs enseignants au problème de la relation avec les parents », souligne Philippe Meirieu. Un souci que partage l’IUFM de Créteil : il propose aux enseignants stagiaires un module sur ce thème.

Même si l’école doit garder son indépendance, une meilleure communication avec les parents – et notamment ceux des milieux populaires, moins à l’aise avec le milieu enseignant - est indispensable pour garder à l’enfant toutes ses chances de réussite.