N° 679 | du 25 septembre 2003 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 25 septembre 2003 | Jacques Trémintin

Apostrophes. Légendes du travail social

Gérard Chalut-Natal


Coriance éditeur, 2003 (240 p. ; 16 €) | Commander ce livre

Thème : Travail social

Psychosociologue, Gérard Chalut-Natal intervient régulièrement dans le secteur sanitaire et social auprès d’équipes de professionnels. Il a pris l’habitude, à la suite de ces rencontres, de prendre beaucoup de notes. Ce sont ces moments d’écriture issus de groupes par essence éphémères, qu’il nous propose ici, présentés sous forme tantôt de textes très longs et d’autres très courts, chacun étant l’occasion de propos qu’il laisse à la sagacité du lecteur, libre de s’en saisir ou non.

Tout commence par ce duel improbable entre d’un côté Achille Talon, célèbre héros de bande dessinée, ci-devant représentant de la gente animatrice et de l’autre, Jiminy Criquet, commentateur des dessins animés de Walt Disney, chargé de défendre le point de vue des éducateurs ! Le dialogue, faisant appel de part et d’autre à moult philosophes et penseurs, tient le haut du pavé sur ce qui fonde l’action de chacun des protagonistes.

Ainsi, entend-on Achille Talon expliquer que les pratiques éducatives ne sont qu’un prétexte pour mieux faire apparaître aux jeunes le chemin qu’ils doivent prendre, l’objectif projeté étant avant tout de développer les potentialités de l’individu. Et d’asséner la conviction qui veut que chacun d’entre nous possède des dons intrinsèques qu’il s’agit de faire émerger. Jiminy, quant à lui, revendique plutôt une action visant à ce que l’individu accède à la vie sociale, découvrant au passage toutes les richesses qui sont en lui. L’un et l’autre, chacun à sa façon, contribuent à apporter ce qui permettra de transformer le magma de pulsions en société humaine. Et pour y arriver, ils ont recours à la pédagogie désignée comme l’art de « faire pour faire savoir un savoir-faire ».

Autre définition : la pédagogie est cette « constante recherche de moyens et d’inventions pour mettre en scène, montrer ce qu’on voudrait que l’autre saisisse de ce qu’on veut lui transmettre, sachant que c’est lui seul qui en fera ce qu’il veut ou ce qu’il peut, et que de ce point de vue aucune contrainte n’y fera rien » (p.214). Car l’autre n’est pas seulement différent de soi, il est surtout irrémédiablement singulier. On peut essayer de l’influencer, de communiquer ou d’échanger avec lui, on ne pourra jamais se mettre à sa place. Et c’est justement là, toute la difficulté que ce soit de l’éducation (transmission de normes) ou de l’enseignement (transmission du savoir) qui place l’enfant dans un rapport d’expérience, de savoir et de pouvoir en déséquilibre au profit de l’adulte.

Cette inégalité tient au simple fait que le savoir induit le non-savoir et que le fossé qui les sépare ne peut être comblé que par l’apprentissage. C’est cette différence de position qui rend, dans le champ de l’éducation, la méthodologie du contrat abusive. Pour contractualiser, il faut que chaque partie soit engagée de façon équivalente avec la même possibilité de choix, de responsabilité et d’autonomie, ce qui est loin d’être le cas entre l’adulte et l’enfant.


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