N° 902 | du 23 octobre 2008 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 23 octobre 2008 | Jacques Trémintin

Allah, mon boss et moi

Dounia Bouzar


éd. Dynamique Diversité, 2008 (122 p. ; 15 €) | Commander ce livre

Thème : Religion

Pratiquer sa religion est un droit individuel imprescriptible. Mais le faire sur son lieu de travail n’est pas toujours simple. Mouna est employée comme cadre supérieur dans une firme de cosmétique. Quand elle a été recrutée, elle l’a annoncé aussitôt : elle porte un foulard sur ses cheveux, symbole d’une relation à son Dieu. Loin de l’écarter des autres, cette marque la sécurise et lui permet d’aller vers eux sans hésitation. Hamid, lui, est intérimaire dans un aéroport. Il s’arrête plusieurs fois par jour pour faire sa prière et refuse de toucher les petites fioles d’apéritif quand il confectionne les paniers repas. Il agit sans crainte : son Dieu le protège. Il en est convaincu : seul l’Islam peut sauver le monde.

Comment déconstruire les préjudices professionnels subis en raison d’une origine ethnique ou d’une croyance religieuse, sans entériner ces mêmes catégories ? C’est à cette question que répond l’auteur, à partir des deux études de cas de Mouna et Hamid. Pour évaluer les compétences nécessaires à une tâche technique, on dispose de procédures relativement stables et fiables : diplômes, tests, expériences passées… Mais lorsqu’on doit déterminer les aptitudes relationnelles et comportementales, les représentations jouent un rôle essentiel. Jusqu’où peut-on accepter les manifestations de différence, sans qu’elles ne deviennent source de conflit au sein d’une équipe de travail ? Certes, « il n’existe pas de réelle égalité sans diversité, pas plus qu’il n’existe de réelle diversité sans égalité » (p.31).

Mais, si posséder des convictions est non seulement légitime mais stimulant pour les autres, il faut aussi être capable de se remettre en question, d’accepter les diverses visions du monde et de se mélanger à ceux qui ne pensent pas comme vous. Travailler en équipe, c’est être capable de compromis et prendre en compte les arguments de ses collègues. C’est aussi ressentir le besoin de compter les uns sur les autres, pour avancer et se considérer comme le rouage d’un ensemble. Donner l’impression de détenir la vérité et contraindre autrui à s’y soumettre, c’est forcément induire un dysfonctionnement. Chaque différence peut soit être dressée comme une barrière, soit être considérée comme un enrichissement réciproque apporté par des individualités distinctes. Ce n’est jamais la religion qui pose problème, mais bien l’utilisation qui en est faite pour se relier ou, au contraire, s’opposer aux autres.

Ce qui est donc en cause, c’est la relation que chacun entretient avec son culte : la pratique de rituels religieux ne doit pas être l’occasion de s’auto-exclure, de refuser la mixité, d’imposer sa vérité et d’outrepasser le droit collectif invalidé par sa croyance. Le respect dû aux différentes croyances ne doit jamais justifier l’enfermement dans une différenciation absolue.


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