N° 1084 | du 29 novembre 2012

Faits de société

Le 29 novembre 2012

Aggravation continue des inégalités

Joël Plantet

Chômage, discriminations, pauvreté… Les quartiers dits « sensibles » – ou plutôt relégués, véritables territoires parias… – continuent de cumuler tous les handicaps. Les jeunes y sont particulièrement touchés.

Le 16 novembre, l’observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) présentait son rapport : la situation des 751 ZUS (créées en 1996, représentant aujourd’hui 4,5 millions d’habitants) continue de se dégrader de manière alarmante. Plus de 36 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté (contre 12, 6 % pour le reste du pays) ; augmentation du taux de chômage – principalement celui des femmes –, parcours professionnel ou technologique « quasi obligatoire » pour les jeunes de ZUS (selon les propres termes du ministre délégué à la Ville, François Lamy), accroissement des discriminations, particulièrement dans le domaine de l’emploi…

Certains chiffres sont terribles : 40,4 % des 15-25 ans sont au chômage ; en 2011, un enfant résidant en ZUS sur trois était bénéficiaire de la couverture maladie universelle, contre un sur six dans le reste de la ville. Dans le champ de la santé, 23 % des habitants déclarent avoir renoncé à des soins pour des raisons financières, contre 15 % dans le reste du pays. Toutefois, les ZUS ne forment pas un tout homogène : l’an dernier, la part des allocataires du RSA y variait du simple au double selon les quartiers.
L’Onzus pointe une autre inquiétude : un net ralentissement économique dans les zones franches urbaines (ZFU), à la fiscalité pourtant avantageuse. Le nombre d’entreprises implantées entre 2010 et 2011 a été historiquement bas : 322 seulement.

Un focus est régulièrement mis sur un département emblématique, la Seine-Saint-Denis : dans le 93, les services publics dépérissent par manque de moyens et d’effectifs. Population en souffrance sociale, situation sanitaire alarmante, plus fort taux de chômage et de pauvreté. Environ la moitié des 800 écoles du département sont classées ZEP, mais l’État, dénoncent les syndicats, consacre 47 % de moins à l’éducation de l’élève du 93 qu’à son homologue parisien… Côté hébergement d’urgence, le 115 départemental est totalement saturé, avec 4 000 appels quotidiens pour 2 000 places. Considéré par certains observateurs comme un quasi désert médical, le 93 détient le double de bénéficiaires de la CMU (11 %) que l’Ile-de-France (5, 5 %).

Définir d’autres outils plus efficaces pour la péréquation.

Le 9 novembre, Stéphane Gatignon, maire de Sevran (51 000 habitants, ville enclavée et en difficulté), décidé à pousser un coup de gueule contre les inégalités territoriales, entamait une grève de la faim devant l’Assemblée nationale pour obtenir une revalorisation de la dotation de solidarité urbaine (DSU), via une aide exceptionnelle de cinq millions d’euros. Une péréquation plus importante, donc plus juste, était exigée entre villes plus riches et plus pauvres, le Fonds de péréquation des ressources intercommunales et communales (FPIC) étant considéré comme inefficace. Malgré le vote par les députés d’une augmentation de 50 % de la dotation de développement urbain (DDU), le maire gréviste pointait encore l’écart avec les besoins réels, parlant d’« humiliation » pour les habitants. Au bout de six jours, après compromis passé avec le gouvernement, l’édile cessait sa grève de la faim, ayant obtenu que des crédits spécifiques pour les villes les plus pauvres allaient, dans un premier temps, être débloqués.

En octobre, le ministre de la Ville et la ministre du Logement avaient lancé à Roubaix une concertation sur la « géographie prioritaire », prévue jusqu’à fin janvier. La DSU est censée augmenter de 120 millions d’euros dans le projet de loi de finances 2013 par rapport à cette année. Le gouvernement engage un travail avec l’association des maires de France pour définir d’autres outils plus efficaces pour la péréquation. Suffisant ?