N° 788 | du 9 mars 2006 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 9 mars 2006

Accompagner les victimes de violences conjugales

Monique Castro, Nathalie Bougeard, Katia Rouff & Mylène Béline

Thème : Violences conjugales

À l’heure où la proposition de loi renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple doit passer en seconde lecture à l’Assemblée nationale, nous avons essayé d’approcher au plus près la réalité de la violence conjugale.

Deux reportages, l’un à Toulouse, l’autre à Rennes, dans des structures qui prennent en charge les femmes battues, nous montrent à quel point il est important de les soutenir depuis la dénonciation jusqu’à la réinsertion. Les témoignages d’un médecin et d’une juriste d’unservice de médecine légale nous éclairent sur les mécanismes psychiques qui animent victimes et bourreaux. De son côté, une psychologue évoque les répercussions que la violence conjugale peut avoir sur les enfants et, pour sa part, une assistante sociale nous livre son expérience en rappelant l’obligation de protéger les enfants

À Toulouse, le CHRS le Touril accueille des femmes victimes de violences

Un long travail d’accompagnement est mis en place pour aider ces femmes à se reconstruire et à repartir dans la vie.

Devenue à moitié sourde sous les claques de son mari, Mathilde a aussi du mal à rester debout depuis qu’un mauvais coup lui a brisé un disque lombaire. Opérée à plusieurs reprises, elle est aujourd’hui reconnue invalide à 40 %. « Quand j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, mes parents et mes frères m’ont mise en garde, mais je n’ai rien voulu entendre. Petit à petit, cet homme que j’aimais est devenu jaloux et violent et m’a coupée de toutes mes relations. Il me tapait, puis le regrettait et se traînait à mes pieds en pleurant. Et moi je pardonnais. On s’est marié, on a eu des enfants, je pensais que ça le rassurerait, que ça irait mieux ensuite, mais rien ne changeait… Un jour j’ai compris que je finirais par mourir sous ses coups, j’ai pris les enfants et je me suis enfuie », raconte-t-elle calmement, comme si cette histoire était arrivée à une autre.

Preuve s’il en faut du long chemin parcouru depuis son arrivée au Touril il y a un an et demi [1]. Avant d’être orientée dans ce centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) spécialisé dans l’accueil de femmes en très grande difficulté, elle était venue à Toulouse trouver refuge chez une connaissance, très loin de chez elle.

Même si les responsables du Touril s’en défendent : « Nous n’accueillons pas seulement des femmes victimes de violences conjugales », pour les gens du quartier, le Touril, c’est avant tout la maison des femmes battues. Créé il y a trente ans par des militants, des hommes et des femmes qui s’étaient regroupés en association pour ouvrir ce lieu, l’établissement est l’un des premiers du pays à s’être spécialisé dans l’accompagnement de femmes en détresse et de leurs enfants. La vaste bâtisse, construite dans un ancien couvent du XVIIe siècle au cœur du vieux Toulouse, ressemble à une forteresse. « Il arrive que des hommes viennent harceler leurs ex jusqu’ici », regrette Hugues Marty, le directeur, mais un système de vidéo/surveillance et un filtrage systématique à l’entrée leur garantissent la sécurité qu’elles sont venues chercher.

Hugues Marty a pris la direction de l’établissement il y a presque cinq ans et se réjouit d’être le premier homme à occuper ce poste : « Je suis celui qui représente l’autorité, pas le pouvoir ou la violence imbécile de leurs anciens compagnons. Il y a également un autre homme au Touril chargé de tous les travaux d’entretien. Symboliquement, dans la vie de ces femmes cassées, c’est bien que ce soit un homme qui répare », ajoute-t-il dans un sourire. Deux psychologues, l’une à temps plein l’autre à mi-temps, aident ces femmes à se reconstruire, à restaurer leur image ainsi que leur autorité auprès de leurs enfants.

Ces derniers sont souvent perturbés, témoins de la violence subie par leur mère, ils démarrent dans la vie avec une vision complètement faussée des rapports humains, amoureux ou filiaux. « ll faut savoir que certains enfants, avant d’arriver ici, refusaient d’aller à l’école pour rester à la maison et protéger leur mère. Parfois, ce sont les enfants eux-mêmes qui prévenaient la police quand elle se faisait battre. Un enfant qui voit sa mère démolie est un enfant que l’on démolit », rappelle Marie-Jacques Bidan, psychologue au Touril où un accompagnement psychologique est également mis en place pour les enfants.

Le CHRS n’est pas un asile, mais comme son nom l’indique un espace de réinsertion. Ainsi les responsables accueillent-ils uniquement les femmes qui peuvent s’en sortir. Deux éducatrices spécialisées et deux conseillères en économie sociale et familiale accompagnent les résidentes dans leur projet de réinsertion. Les demandeurs du droit d’asile qui relèvent des CADA (Commission d’accès aux documents administratifs), comme les personnes dépendantes à la drogue ou à l’alcool et celles souffrant de pathologies nécessitant des soins lourds sont systématiquement écartées.

Après un premier entretien téléphonique qui permet de repérer les cas incompatibles, la personne est reçue par le directeur, une assistante sociale et une psychologue. Là, elle raconte son histoire, découvre le fonctionnement de l’établissement et décrit ses objectifs. Elle dispose de deux jours en moyenne, plus si elle est trop affectée psychologiquement, pour signer son projet d’insertion. « Elle s’engage par écrit à honorer ses souhaits et nous, à adapter notre aide en fonction de ses besoins. Nous passons un vrai contrat et je ne veux pas de marché de dupes », menace Hugues Marty.

Ces mots un peu forts, qui peuvent paraître inappropriés dans le cas de personnes tellement fragilisées, en disent long sur la volonté de l’équipe de considérer les résidentes comme des citoyennes et non comme des victimes. Dès le jour de leur arrivée, les responsables fixent la durée du séjour au Touril, qui pourra être prolongée si nécessaire. « Même si en réalité il n’y a plus de limite dans la durée des séjours, il ne faut pas qu’elles restent trop longtemps, elles pourraient se laisser aller et ne plus essayer de s’en sortir », prévient-il.

Pour remettre sur pied cette petite communauté meurtrie, l’équipe éducative reconnaît qu’elle marche parfois sur des sables mouvants et que les outils dont elle se sert ne fonctionnent pas forcément à tous les coups. La priorité est d’aider ces femmes à retrouver le sens de la responsabilisation et de l’autonomie.

Toute l’organisation du Touril a été repensée dans ce sens, des plus petits gestes de la vie aux grandes décisions. « Quand je suis arrivé, c’étaient les éducateurs qui s’occupaient du linge des hébergées et qui faisaient les machines à laver. Je ne trouvais pas ça tout à fait normal et j’ai eu envie d’installer une laverie automatique », raconte Hugues Marty. Il a été suivi dans ce projet par le conseil d’administration de l’association et a pu acheter deux machines à laver, un sèche-linge et une presse professionnelle. Désormais, chaque résidente entretient elle-même son linge et celui de ses enfants.

Dans le même esprit, un système de réservation a été mis en place à la cantine. Tous les soirs, les résidentes doivent déposer un ticket dans une boîte si elles veulent manger au réfectoire le lendemain. « Ce système de ticket leur permet de se projeter, de ne plus être dans l’immédiateté », estime-t-il. Après le repas, les mères débarrassent leur table et lavent leur vaisselle. Il est demandé à chaque résidente d’apporter sa propre vaisselle qu’elle range dans un petit casier. « Elles participent aussi au ménage, j’organise des roulements. J’essaie de gérer le quotidien », explique Marie-Françoise Dussol, éducatrice et maîtresse de maison.

Volontairement, aucune garderie n’est proposée au Touril, comme chez elles les mères doivent s’occuper de leurs enfants. Elles peuvent s’entendre entre résidentes, se garder mutuellement les enfants. Pour leur faciliter les démarches, le Touril vient de passer une convention avec la mairie de Toulouse qui accueillera les enfants des résidentes dans les centres de loisirs de la ville.

En effet, pour réserver une place il faut en principe s’inscrire longtemps à l’avance, ce que ne peuvent prévoir ces femmes qui quittent leur foyer dans l’urgence et qui souvent viennent d’une autre ville. « Désormais, des places sont réservées pour les enfants du Touril. On leur a même concocté un tarif très bas, sur mesure, il est important qu’elles paient pour se resocialiser comme il est important qu’elles amènent régulièrement leurs enfants au centre de loisirs une fois qu’ils sont inscrits. Elles doivent tenir leur engagement », insiste Marie-Jacques Bidan. Cette rigueur les aide à se reconstruire : « Tant qu’elles n’ont pas mis en place de nouveaux repères, tant qu’elles n’ont pas retrouvé leur équilibre psychologique, elles ne peuvent pas s’insérer. Pour les accompagner nous formons tous, des cuisiniers à l’homme d’entretien, une communauté éducative. Chaque acte que nous posons est un acte éducatif, il n’y a pas de hiérarchisation des impacts », estime Hugues Marty.

Ainsi toute l’équipe, des cuisiniers à l’homme d’entretien, est-elle invitée à regarder régulièrement le cahier de liaison pour y découvrir les éléments qui surviennent dans la vie des résidentes. Quand Hugues Marty a pris les commandes de l’établissement, il a commencé par redistribuer les fonctions de chacun afin de rendre chaque poste le plus opérationnel possible : « J’ai changé beaucoup de choses en concertation avec toute l’équipe, nous avons fait un travail d’analyse des pratiques et cherché des pistes d’amélioration ». Ainsi le médecin du Touril, qui ne servait plus tellement à grand-chose, chaque résidente ayant la CMU, a-t-il été licencié. Un poste d’adjointe à la direction et un poste d’accueil ont été créés à la place. Ce dernier est actuellement occupé par une résidente en contrat emploi-solidarité. Chaque fois que c’est possible des emplois sont proposés aux résidentes, travailler les aide à se décoller de leurs enfants.

En effet, démunies, désemparées, isolées, elles ont souvent tendance à s’accrocher à eux. Là aussi, l’équipe éducative et particulièrement une éducatrice spécialisée et une aide médico-psychologique aident ces mères à trouver la juste place avec leur enfant. Au sein du Touril et pour mieux se socialiser, les enfants disposent de salles de jeux, d’une ludothèque et d’un atelier peinture. Des bénévoles viennent aussi les aider à faire leurs devoirs. Avec succès. L’an dernier, un petit garçon est arrivé sans connaître un seul mot de français et a pu dès cette rentrée passer dans la classe supérieure. Au Touril, la vie continue le plus normalement possible pendant que les mères essaient de se redresser. « Il faut qu’elles parlent, qu’elles racontent ce qu’elles ont vécu pour inscrire ce traumatisme dans leur histoire afin qu’il ne soit plus une zone d’ombre, de honte et de culpabilité », ajoute Marie-Jacques Bedan.

Monique Castro


À Rennes, l’Asfad s’occupe des femmes, mais aussi des hommes

En 1996, cette association qui va sur ses quarante ans a créé Dyade. Un service d’accompagnement individuel destiné aux conjoints violents qui établit une séparation franche entre le conjugal et le parental.

« Dès qu’une femme est hébergée avec ses enfants dans un appartement de l’association, nous envoyons un courrier au père afin de le prévenir », souligne d’emblée Régine Seigneur, travailleur social au service d’écoute et d’accompagnement de l’Asfad [2]. De fait, à partir du moment où une femme est prise en charge par le centre d’hébergement et de réinsertion sociale, démarre une période de non-droit juridique. C’est pourquoi cette lettre est toujours accompagnée d’une brochure présentant les missions de Dyade.

« Quand une femme part, elle ne donne pas l’adresse à son mari. C’est son droit. Mais quid de la relation père-enfants ? », questionne Michel Jézéquel, directeur de l’Asfad. Et d’ajouter : « Fondée en 1969, l’association féminine des chefs de famille portait une inspiration féministe et excluait les hommes. Au fil des années, les travailleurs sociaux ont bien compris qu’il fallait évoluer sur cette question ».

Résultat : depuis bientôt dix ans, deux travailleurs sociaux — un homme et une femme — et un psychologue sont spécialement affectés à Dyade qui s’adresse également aux hommes vivant en couple et rencontrant des problèmes de violences. « Chaque année, cela représente une quinzaine d’hommes », indique François Rabouin, l’un des deux travailleurs sociaux de ce service spécialisé. « On est souvent dans la demande contrainte : la femme insiste pour que son mari vienne mais cela peut être également les délégués du procureur de la République qui nous envoient des hommes violents », poursuit-il. Toutefois, il faut noter que l’an passé, aucun contact ne s’est fait via la justice.

Sur les 221 appels téléphoniques reçus par Dyade en 2004, près d’un tiers provenait de femmes. « Elles nous demandent ce que l’on peut proposer à leur conjoint. Et c’est seulement lorsqu’elles savent qu’une structure d’accompagnement existe qu’elles s’autorisent à quitter le domicile », remarque François Rabouin.

Le premier objectif de Dyade est d’arrêter la violence et d’éviter tout risque homicidaire ou suicidaire. Les trois professionnels accordent donc une importance toute particulière au premier appel téléphonique mais acceptent aussi des visites sans rendez-vous. « Certains connaissent notre adresse depuis plus de trois mois sans avoir osé prendre contact », peut-on lire dans le rapport d’activités 2004. Aussi, toute personne qui frappe à la porte sans rendez-vous, est-elle reçue, ne serait-ce que quelques minutes. Reconnecter la personne avec son environnement immédiat mais aussi susciter la prise de rendez-vous sont en effet, dans ces moments de crise, les priorités.

_ « Au minimum, deux entretiens sont nécessaires pour faire connaissance, évaluer la situation de la personne et voir si nous pouvons poursuivre un travail », précise François Rabouin. Puis, la commission d’admission examine le cas et décide si la démarche (6 mois renouvelables) peut commencer. Se met alors en place un calendrier de rendez-vous avec François Rabouin ou sa collègue mais aussi avec le psychologue. « Il faut parfois plusieurs mois pour que la personne puisse être envoyée chez le psychologue », note-t-il.

À ce niveau, le but de la démarche est de « faire en sorte qu’un homme qui a exercé une violence dans une situation de crise, ne réagisse pas de la même façon lorsqu’il rencontrera une autre crise ». Dans ce cheminement, le rapport à la loi constitue un outil fondamental. Mais la parentalité reste l’appui primordial. « Le fait d’être père est un moteur sur lequel nous nous appuyons pour aider ces hommes à reconstruire quelque chose », insiste François Rabouin. Évidemment, un long travail est parfois nécessaire pour que les mères autorisent leurs enfants à voir leur père. Installé dans un pavillon d’un quartier de Rennes, volontairement éloigné du centre d’hébergement, Dyade permet l’accueil de familles dans le cadre de droits de visite ou d’hébergement sur des temps courts.

Les personnes âgées demandent aussi de l’aide

Pour leur part, les femmes [3] arrivent à l’Asfad via le service d’accompagnement et d’écoute. Doté de quatre postes de travailleurs sociaux mais également d’un psychologue, le SEA est porteur d’un numéro vert ouvert 24 heures sur 24, valable pour l’ensemble du département d’Ille-et-Vilaine et toujours animé par un professionnel. « En 2005, un peu plus de 2 000 appels ont été reçus et 1 300 dossiers ont été ouverts. Les tranches d’âge les plus représentées sont les 20-29 et les 30-39 ans », informe Michel Jézéquel. « Nous avons de plus en plus d’appels relatifs à des violences psychologiques et nous observons également une augmentation des appels des plus de soixante ans », détaille Régine Seigneur.

À ce niveau de contact, tous les cas de figure existent : certaines appellent pour un hébergement d’urgence (84 familles ont bénéficié de ce dispositif en 2004), d’autres réfléchissent à un départ, d’autres sont psychologiquement à bout, etc. « Nous suivons un grand nombre de femmes hors hébergement. Dans ce cas, elles ont toutes un travail. Mais nous les accompagnons dans la réflexion. Le temps est dans ce cadre extrêmement important. Et puis, comme pour les auteurs de violence, nous aidons les victimes à s’interroger sur le « comment ». « Comment en sont-elles arrivées là ? » est une question essentielle pour qu’une décision, soit de quitter le conjoint soit de rester, puisse être prise en toute connaissance », assure Régine Seigneur.

Certaines sont rapidement orientées vers le service d’insertion sociale (SIS) qui fonde son action sur un projet d’hébergement. Pour ce faire, le SIS dispose sur place de 22 logements meublés ouvrant droit à l’APL mais loue également une trentaine d’appartements auprès d’organismes HLM. « Mais attention, il ne s’agit absolument pas d’une filière d’accès au logement. Les dossiers des personnes soutenues par l’Asfad sont étudiés en commission locale de l’habitat », préviennent les responsables. Là encore, la phase « évaluation-construction d’un projet » se déroule les deux premiers mois. À ce terme, un contrat de séjour est élaboré. « La loi du 2 janvier 2002 l’a rendu obligatoire mais nous le faisions déjà avant : cela permet à la personne de savoir où elle va », considère Serge Marhic du service d’insertion sociale. Le plus souvent les personnes souhaitent prioritairement un logement, mais selon les travailleurs sociaux de l’Asfad, « cette demande cache souvent bien d’autres choses ».

À Rennes et dans toute l’agglomération où la crise de l’immobilier est extrêmement aiguë, trouver un logement reste une gageure. « La commission locale de l’habitat nous en attribue environ un par mois mais c’est loin de répondre à nos besoins », regrette Serge Marhic.
Depuis très longtemps l’Asfad travaille avec des baux glissants : pour démarrer la location, l’association signe le bail avec l’organisme HLM. 

Puis progressivement, une fois que la personne est bien ancrée dans un processus de stabilisation et d’autonomie, l’appartement passe à son nom. « Ce dispositif fonctionne plutôt bien. Même si certaines d’entre elles hésitent fortement quand il faut franchir le pas de l’autonomie », constate Michel Jézéquel. Peut-être parce que l’occupation d’un logement de façon indépendante signifie la fin de la prise en charge par le service d’insertion sociale. « Nous le leur signalons par lettre mais elles peuvent toujours avoir accès au service d’écoute et d’accompagnement », modère Serge Marhic.

Le travail sur le long terme a toujours eu la préférence d’une association comme l’Asfad. À telle enseigne que si l’éloignement du domicile de l’auteur de violence prévu dans la loi Perben de janvier 2005 apparaît à cette équipe comme une bonne mesure, elle craint néanmoins qu’« il ne règle pas tout ». « Il ne faut pas déconnecter le traitement des violences conjugales de l’hébergement. C’est précisément parce que nous accueillons les victimes que nous avons accès à elles mais aussi — dans une moindre mesure — aux conjoints violents », rappelle Michel Jézéquel.

Dans ces conditions, l’Asfad réfléchit actuellement à la mise en place d’une antenne ambulatoire mêlant des travailleurs sociaux du SEA et de Dyade. Un tel service pourrait s’installer dans les services de police, les instances de la justice, les cdas (Centres départementaux d’action sociale) mais aussi au domicile des personnes.

Nathalie Bougeard


Médecine légale, un service au cœur de la complexité humaine

Difficile pour une femme d’avouer que son bourreau est l’homme qu’elle aime. En venant faire expertiser ses blessures elle brise le silence et accomplit un premier pas vers le libération.

Au deuxième sous-sol de l’hôpital Rangueil de Toulouse, dans la salle d’attente de la consultation coups et blessures, une jeune femme, la jambe dans le plâtre, attend la psychologue. Un homme d’une cinquantaine d’années, la tête à moitié enfouie dans le col de son pull-over, a rendez-vous avec la conseillère juridique. Comme eux, chaque année, environ 3500 victimes de violences volontaires, dont un quart de violences conjugales, sont examinées dans ce service. Il regroupe une vingtaine de personnes, des médecins et des infirmières, ainsi qu’une psychologue et une conseillère juridique du service d’aide aux victimes et d’information.

Pierre-André Delpla est médecin légiste et vice-président du conseil de l’Ordre de la Haute-Garonne : « Il faut savoir que nous n’avons accès qu’à la partie émergée de l’iceberg. Il y a encore beaucoup de femmes violentées qui ne le signalent pas, en effet ce n’est pas parce que leur conjoint les bat qu’elles cessent de l’aimer  », explique-t-il. Difficile de briser la sphère de l’intime, d’avouer qu’on souffre de violence au sein de son propre couple.

Les victimes sont souvent dans une grande ambivalence quand elles viennent rencontrer un médecin légiste, elles font constater leurs blessures mais ne sont pas prêtes à enclencher une procédure judiciaire. « Quand elles viennent en consultation, elles subissent la violence depuis longtemps. Les premières fois en général, elles ne disent rien, espèrent que ça va s’arrêter, laissent une dernière chance au conjoint. Puis un jour c’est le coup de trop… Le fait que les enfants assistent à la scène est également un facteur déclenchant, ça, elles ne l’acceptent pas », ajoute la juriste du service, Colette Pauwels.

L’institution judiciaire fait peur, elle donne l’impression d’un rouleau compresseur qui se met en branle brutalement et que rien n’arrête : « Mon rôle est d’accompagner les victimes, les informer sur leurs droits et les orienter. Je les aide à lever leurs réticences vis-à-vis de l’institution », précise-t-elle. En 2004, elle a rencontré 315 femmes victimes de violences conjugales, mais aussi 25 hommes. Pour la moitié d’entre eux environ, il s’agit d’hommes venus faire constater leurs blessures contractées lors d’un échange de coups avec leur femme. Pour les autres, il s’agit simplement d’hommes battus. Pierre-André Delpla confirme : « Chaque année j’examine entre 5 % et 8 % d’hommes. C’est difficile pour eux d’avouer qu’ils sont victimes de violence, narcissiquement, ils ne sont pas prêts à le reconnaître. Dans son statut, l’homme est celui qui doit faire régner l’autorité »

Les femmes qui font preuve de violence physique envers leur mari sont rares. Dans les conflits, elles utilisent parfois des armes plus subtiles relevant de la violence psychologique. Certaines, par exemple, rabaissent systématiquement leur conjoint ou le méprisent devant autrui. D’autres, plus manipulatrices, essaient de soustraire les enfants aux pères, voire les accusent abusivement d’attouchements sexuels… ou pire, poussent les enfants âgés de deux ou trois ans à peine, à faire de fausses déclarations. Et ça marche, parfois certains dossiers ne reposent au départ que sur un seul témoignage de ce type. « C’est pourquoi, je recommande aux médecins généralistes qui sont également les médecins de famille de ne pas aller trop vite dans ces situations, même si dans certains cas il faut être rapide, ils doivent prendre le temps de la vérification. Ils ne doivent pas remettre un certificat à la mère sur le seul témoignage de l’enfant », insiste-t-il.

En revanche, il arrive parfois que des femmes battues se rendent au service de médecine légale sans traces de coups. « On n’a pas toujours besoin de voir des traces pour établir un certificat, il n’y a qu’à observer la façon dont la victime parle et la souffrance psychique dont elle fait état pour en être persuadé. Aujourd’hui la justice écoute de plus en plus la parole de la victime » reconnaît Pierre-André Delpla, tout en ajoutant : « La violence physique c’est comme une drogue autant pour celui qui en est l’auteur que pour la victime. Inconsciemment, cette dernière, qui redoute tant les coups, va reproduire malgré elle des situations susceptibles de déclencher la violence de son conjoint ».

La violence physique c’est l’échec de la parole, et contrairement à quelques lieux communs, elle n’est pas l’apanage des populations défavorisées. Il y a des hommes extrêmement bien en vue, qui jouissent d’une bonne situation, brillants en société mais qui chez eux se comportent en tyrans domestiques. « En général, ces hommes sont narcissiquement défaillants. Ils ont besoin d’apparaître comme des séducteurs et quand ils sont dépourvus d’arguments ils ne savent pas taire leur force. On a beaucoup d’indulgence pour les crimes passionnels, moi je n’en ai pas ! On a beau être très malheureux, ça n’excuse rien. Ces hommes sont immatures, ils pensent que leur femme leur appartient. Aimer, c’est aimer l’autre pour ce qu’il est. Trop de couples fonctionnent sur une illusion… » conclut-il.

Monique Castro


La souffrance de l’enfant témoin de violences conjugales

Quelles sont les répercussions des violences conjugales sur l’enfant ? Quelles mesures d’accompagnement et de prévention adopter ? Réponses d’Anne Bretonnière-Fraysse, psychologue dans un centre de santé et conseillère conjugale.

En France, une femme sur dix est victime de violences conjugales. Quelles sont les répercussions sur l’enfant ?

Les violences conjugales ont des conséquences directes et indirectes sur le développement de l’enfant. Directes parce que la mère qui les subit est perturbée, moins disponible pour l’enfant, ce qui entraîne parfois des carences affectives, voire des négligences éducatives. Il arrive aussi que l’enfant soit utilisé comme « bouclier » par le parent agressé pour se protéger et par le parent agresseur pour provoquer. Des conséquences indirectes : l’enfant se trouve contraint de choisir entre ses deux parents, situation insupportable puisqu’il les aime tous les deux.

De plus, la violence arrive soudainement, entraînant stress et insécurité chez l’enfant qui devient méfiant vis-à-vis des adultes et de ses propres sentiments. L’amour lui est présenté de manière passionnelle et contradictoire - des coups suivis de réconciliations -, cette situation paroxystique lui donne l’impression que contrôler ses sentiments est impossible. Il peut adopter au fil du temps une attitude de froideur, de retrait dans sa vie familiale et sociale à moins de devenir lui-même auteur de violences.

Les violences peuvent être psychologiques. Qu’entraînent-elles pour l’enfant ?

Les parents constituent les piliers qui permettent à l’enfant de se construire, il s’identifie autant à sa mère qu’à son père et surtout à la relation qui existe entre ses parents. Si l’un des deux – la violence peut venir du père comme de la mère – est en position de faiblesse, cette construction identificatoire est fragilisée et l’enfant aura une mauvaise image de lui-même. Voir un parent disqualifier son conjoint est traumatisant, l’enfant peut mépriser le parent humilié ou a contrario vouloir le consoler, réparer les blessures infligées.

La violence entre ses parents peut aussi le culpabiliser car plus l’enfant est jeune, plus il croit que le monde tourne autour de lui. Il se pense alors responsable de la violence conjugale, persuadé de ne pas être l’enfant dont ses parents rêvaient. Il se considère comme « mauvais », se met en situation d’échec, a des troubles du comportement ou encore attire les foudres du parent violent sur lui pour protéger celui qui est agressé. Se considérant comme « mauvais », il estime que c’est lui qui mérite d’être puni. Enfin, il peut aussi agresser ses frères et sœurs ou ses camarades d’école, justifiant ainsi inconsciemment le parent violent : « Il n’est pas si méchant puisque je fais la même chose que lui ».

Est-il fréquent que les enfants témoins de violences conjugales subissent eux-mêmes des violences ?

Il est difficile d’avancer un chiffre précis puisque l’enfant, sans être témoin direct des violences conjugales, peut les entendre à travers une cloison et s’imprégner des tensions familiales, les absorbant comme une éponge. Malheureusement, il risque de reproduire la violence dans le couple qu’il constituera lorsqu’il sera adulte, en position de victime ou d’acteur. Ses parents ne lui donnant pas un modèle de couple capable de gérer le conflit par la parole, le compromis, la distanciation, il intériorise le système violence-amour comme indissociable.

Une femme qui subit des violences conjugales sera-t-elle plus facilement violente vis-à-vis de ses enfants ?

Non, ce n’est bien évidemment pas automatique et dépend de l’histoire de chacune. Il peut arriver qu’une femme battue ressente de l’agressivité envers son fils qui représente pour elle l’image du conjoint. Exerçant un déplacement, elle sera alors violente avec l’enfant. Mais la mère peut aussi attendre qu’il la console et la comble affectivement. L’empêchant de prendre son autonomie, elle constitue de manière indirecte une violence faite à la liberté de l’enfant contraint de rester auprès de sa mère déprimée.

La violence conjugale augmente-t-elle dans certaines périodes de la vie du couple ?

Il y a en effet des moments de vulnérabilité qui peuvent favoriser le passage à l’acte violent, en particulier pendant la grossesse et à la naissance du premier enfant. Parfois l’homme se sent exclu de la relation fusionnelle entre la mère et l’enfant et devient violent. Les questions éducatives entraînent également de nombreux conflits (repas, couchage, télé…). Chaque parent, à travers les règles éducatives, défend sa culture familiale. Il s’ensuit un conflit conjugal qui peut conduire à la violence pour imposer ses règles éducatives ou religieuses. L’entrée de l’enfant dans l’adolescence est aussi un moment qui fragilise le couple, réactive des conflits anciens notamment autour de la sexualité naissante de l’adolescent.

Enfin la violence peut surgir lorsque l’un des conjoints s’émancipe, mettant en péril l’équilibre du couple, surtout s’il était auparavant sous l’emprise du partenaire. Le conflit est normal au sein d’un couple sans pour autant qu’il y ait violence physique ou psychologique. Lorsqu’il y a volonté de détruire l’autre et refus de l’altérité, alors il y a urgence à régler le problème. Les adultes qui se retrouvent dans un schéma de violence conjugale ont souvent été témoins de violence – agie ou verbale - chez leurs propres parents pendant leur enfance.

Comment repérer qu’un enfant assiste à des violences conjugales ?

C’est un problème délicat qui suppose prudence, écoute vigilante et patiente. L’enfant n’en parle pas spontanément mais plusieurs signaux peuvent nous alerter. Si un enfant très petit a un comportement violent, on peut s’interroger sur les raisons qui l’amènent à mettre en scène cette violence. Contrairement aux idées reçues, la violence n’est pas innée. Si l’enfant la met en scène, c’est qu’il en est la première victime ou qu’il essaye d’extérioriser un événement traumatisant dont il a été témoin. On peut également s’inquiéter devant un enfant très froid affectivement, très en retrait.

La prise de risques à l’adolescence constitue parfois un signal. Un adolescent peut par exemple devenir toxicomane pour déplacer le symptôme sur lui et permettre ainsi à ses parents de cesser de se battre pour s’occuper de lui. Dans ma pratique, je vois des jeunes filles qui se mettent en danger pour soulager leur mère, allant jusqu’à attirer inconsciemment sur elles la violence du père parfois jusqu’au passage à l’acte incestueux. On ne peut jamais séparer le comportement d’un enfant ou d’un adolescent de l’environnement familial.

Quelles mesures de prévention préconisez-vous ?

Il s’agit d’abord d’une prévention précoce, avec un travail d’accompagnement auprès des jeunes parents par le personnel de la maternité, l’arrivée d’un enfant étant toujours un moment délicat même s’il n’y a pas de violence. À l’école, il serait judicieux d’apprendre aux enseignants la gestion des conflits pour éviter de répéter la violence en famille. Dans les centres sociaux ou les lieux de loisirs on pourrait apprendre aux enfants et adolescents à réfléchir sur la sexualité, la gestion de leurs émotions, à accepter les émotions de l’autre. Enfin, nous savons que les parents qui bénéficient de groupes de paroles où s’expriment les difficultés rencontrées avec leurs enfants ou leur conjoint sont moins sujets à la violence conjugale ou familiale, ces lieux de parole représentant un dégagement possible pour l’angoisse et l’agressivité, une possibilité de soutien et d’entraide.

Que constatez-vous dans votre pratique de conseillère conjugale ?

La violence conjugale revêt de nombreuses facettes. Il s’agit par exemple d’un mari qui a un enfant avec une autre femme et en informe son épouse seulement des années plus tard, lui infligeant une violence psychologique considérable. Mon travail consiste alors à accompagner les couples en souffrance pour transformer la violence physique ou psychologique en conflit, c’est-à-dire en verbalisation des différences et des oppositions. Le conflit fait partie de la nature humaine puisqu’il témoigne de la différence des êtres. Il est aussi la conséquence des inévitables frustrations que génère la vie à deux.

De nombreux couples ont un idéal de vie commune si exigeant qu’ils ne supportent aucun conflit. Pour d’autres, l’illusion amoureuse les conduit à croire qu’ils sont tout pour leur conjoint. En voulant combler l’autre totalement, ils l’étouffent. Le décalage entre rêve et réalité peut conduire à des violences importantes. Pour aider l’enfant ou l’adolescent témoin de violences conjugales, il est nécessaire d’accompagner l’ensemble de la famille. J’ai reçu une jeune fille anorexique qui n’accepte pas son corps de femme car elle associe la sexualité féminine à la violence subie par sa mère. Lorsque nous écoutons des enfants témoins de violences conjugales, il est important de ne pas diaboliser les parents, mais plutôt d’essayer de comprendre de quelle histoire familiale ils sont prisonniers. Cela ne signifie pas minimiser la gravité des faits car tout acte violent doit être puni. La punition dépend de la justice, le psychologue lui est au service de la souffrance de ses patients. C’est leur rendre service que de croire qu’ils sont plus que leurs actes violents, plus que des victimes ou des bourreaux.

Propos recueillis par Katia Rouff


Violence conjugale et protection de l’enfance : dilemme en polyvalence

De par la nature même de sa position de proximité, une assistante sociale de polyvalence est régulièrement le premier maillon du traitement des situations de violence conjugale.

La femme — une démarche masculine est rare dans ce domaine — vient confier l’enfer au quotidien. Au bout du rouleau, cassée, elle n’envisage qu’une issue, la séparation : la situation est trop explosive pour qu’à ce stade une médiation soit envisageable. Elle vit la peur, la soumission, l’isolement, elle se sent nulle au point que toute démarche lui paraît au-delà de ses capacités. Sa terreur est palpable, mais pour autant elle garde une ambivalence certaine à l’égard de « son homme », père ou non des enfants. Tous ces facteurs feront que sa détermination va souvent vaciller.

Pourtant il n’y a pas photo : le danger est bien là. Et au-delà de la problématique annoncée de violence conjugale se tapit, à n’en pas douter, celle de l’enfance en danger. Car là où sévit la violence conjugale, l’enfant court un danger. Le dilemme « qui aider, qui protéger ? » est donc ici plus que jamais au cœur de l’action du travailleur social et plusieurs points névralgiques émaillent cette action.

D’abord le fait que la femme, habituée à « encaisser », possède un seuil de tolérance tel que bien souvent elle n’a pas pris la mesure du danger encouru par les enfants, ou pas pu le voir. Donc cette femme qui, en dépit d’un total désarroi, vient de franchir le pas - elle appelle à l’aide et on sait le prix qu’il faut accorder à cela -, il va falloir l’amener à prendre conscience de ce danger et la responsabiliser dans la mise en place de moyens pour protéger et aider les enfants. Faute de quoi la procédure vers le juge des enfants devra être mise en route, l’indication d’un éventuel placement se devant d’être posée.

On se trouve ainsi dans la situation d’avoir à soutenir dans sa démarche de séparation une femme complètement paumée et de devoir en plus charger le baudet d’une obligation de protection des enfants. Il est vrai qu’ayant malgré tout confusément conscience de cet aspect du problème - elle sait que ses enfants sont au moins malheureux -, elle ne tombe pas complètement des nues. Et le fait qu’elle se pose pour réfléchir, qu’elle se sente soutenue, lui permet de se « reprendre », de regarder la vérité en face et de réaliser que si elle ne bouge pas elle « perd ses enfants ». Non pas uniquement au sens où ils risquent d’être placés, mais parce qu’elle sait qu’en gardant le statu quo elle « se grille envers eux » : ils n’ont plus confiance en elle, elle se dévalorise à leurs yeux. Ainsi les enfants vont souvent constituer le levier de l’action de la mère. Ce qui n’est pas sans poser problème : même si c’est une marque d’amour de sa part, c’est aussi leur faire porter une bien lourde charge.

Autre point critique, le danger lui-même : plus ou moins diffus, plus ou moins imminent, plus ou moins patent, les cas d’enfant victime directe de l’homme, coups, harcèlement moral, n’étant pas systématiques dans ce contexte. L’enfant n’est en effet généralement victime « que » par ricochet et ne court un risque « que » psychologique. Configuration requérant une évaluation que les services de polyvalence n’ont pas vraiment les moyens de mener (compétence, temps) et qu’il est trop souvent impossible de faire entendre à la justice, ses critères de prise en compte du danger étant hélas ce qu’ils sont.

On le voit, dans ce type de problématiques croisées, l’accompagnement s’avère des plus acrobatiques : assurer le soutien à la femme vers une incontournable prise en charge spécialisée pour elle et les enfants, qui inclura l’homme si c’est opportun et possible. Tout en respectant son rythme et en sachant qu’elle peut ne pas bouger. Évaluer et caractériser en permanence le danger encouru par les enfants et les moyens mis ou non en place par la mère pour les protéger.

Le tout en sachant que, quoi qu’il en soit, s’il n’y a pas urgence d’un accueil provisoire, il faudra faire avec ce no man’s land qui s’étend, voire s’étire, entre le moment où démarre le processus de protection et celui où il devient effectif. Et là il n’y a qu’à croiser les doigts. Car, dans ces situations, un dérapage n’est jamais à exclure tant les pathologies qui sous-tendent la violence de l’homme sont fréquemment lourdes, les incertitudes énormes quant à son comportement s’il vient à deviner le projet de séparation. Quid des enfants si, débordé par sa souffrance, il s’en prend à eux ? Quid des enfants s’ils s’interposent pour protéger leur mère et reçoivent un mauvais coup ?

Mylène Béline


[1CHRS Le Touril - 8 rue de la Hache - 31000 Toulouse. Tél. 05 62 26 84 00

[2Asfad (Association pour l’action sociale et la formation à l’autonomie et au devenir). Tél. 02 99 59 60 01

[3La très grande majorité des appels proviennent de femmes. En 2005, un homme (et ses enfants) a bénéficié d’une prise en charge par le SIS