N° 948 | du 5 novembre 2009 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 5 novembre 2009 | Jacques Trémintin

Accompagner la personne gravement handicapée

Sous la direction de Carole Amistani & Jean-Jacques Schaller


éd. érès, 2008 (205 p. ; 23 €) | Commander ce livre

Thème : Service à domicile

L’ouvrage présente la recherche-formation effectuée par des professionnels, des formateurs et des chercheurs entre 2004 et 2006. Tout part d’un constat : être confronté à une population lourdement déficitaire est un défi pour des professionnels qui ont parfois le sentiment que leurs compétences sont mises à mal. D’où l’intérêt de se reposer les questions éthiques de cette intervention.

Première dimension : reconnaître la personne déficiente comme un être humain à part entière. Même si le handicap nous est indispensable pour mesurer le degré de fragilité de notre condition, il nous renvoie d’une manière insupportable à cette partie d’animalité qui est en nous et que l’on pense devoir rejeter pour accéder à l’humanité. L’époque moderne a inauguré toute une série de classifications opposant le normal et le pathologique, l’intégrable et le ségrégué, l’inapte et le performant. Et il faut se déprendre de ces catégories de pensée pour réussir à considérer la personne handicapée non comme malade ou diminuée, mais comme un sujet singulier riche d’un potentiel, aussi minime soit-il, qu’il faut essayer de valoriser.

Seconde dimension, le statut de la personne handicapée. Les interventions qui lui sont proposées sont très souvent correctrices et cherchent à la normaliser : réadaptation, rééducation, orthopédie… Dès lors, deux paradigmes s’affrontent. L’un, différentialiste, revendique l’identité d’un groupe minoritaire et réclame des droits spécifiques. L’autre, universaliste, affirme que nous sommes tous handicapés ou du moins temporairement valides. S’appuyer sur une entrée ou sur l’autre change le regard et l’action menée en direction de cette population.

Troisième figure, celle qui s’intéresse à la nature de la posture d’accompagnement. La fragilité de l’usager et le choix du professionnel d’y répondre induisent une inégalité de position faite d’un côté, de compassion et de compétence, et de l’autre, de soumission et d’une mentalité d’assisté. Construire un vivre ensemble doit s’appuyer sur l’instauration d’une réciprocité entre personnes égales et différentes. Cette relation doit se tricoter à l’aide de deux valeurs : le respect et la sollicitude. Le respect s’oppose à la tentation de vouloir modeler l’autre à son image ou l’assujettir au bien qu’on veut pour lui. La sollicitude, c’est prendre soin, avoir le souci de l’autre. Mais fonder un échange basé sur la symétrie passe aussi par la construction d’un champ de compétences professionnelles transversales non seulement juxtaposées, mais articulées et partagées.


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