N° 827 | du 8 février 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 février 2007

Accompagner la mobilité des jeunes

Propos recueillis par Katia Rouff

Thème : Insertion

L’Association pour le logement des jeunes travailleurs (ALJT) propose aux jeunes un hébergement de qualité associé à un accompagnement social individuel et collectif. Chaque jeune accueilli a un projet professionnel. Si nécessaire, l’équipe, en lien avec son réseau de partenaires, l’aide à le mener à bien. Explications de Marion Le Paul, responsable de la promotion et de la communication

Votre association gère vingt-quatre résidences en Ile-de-France qui hébergent des jeunes salariés (en CDD ou CDI), intérimaires, étudiants, apprentis et demandeurs d’emploi. Comment fonctionne-t-elle ?

Notre association compte 4000 logements répartis sur vingt-quatre résidences et 226 salariés. Elle accompagne environ 7000 jeunes par an âgés de 18 à 25 ans (parfois jusqu’à 30). Elle leur propose un hébergement d’une durée maximale de deux ans et un accompagnement social : emploi, logement, culture, loisirs et santé. Elle fonctionne par groupements territoriaux et en compte cinq [1]. Cela permet de mutualiser les personnels pour la gestion des résidences.

Ainsi, chaque groupement territorial est animé par un directeur et des adjoints chargés de la vie résidentielle, de la gestion clientèle, de la gestion hôtelière, de la sécurité et de l’accueil conventionné. Cette équipe « volante » se déplace de résidence en résidence pour intervenir sur son métier. De plus, chaque membre d’un groupement a en charge la coordination d’une résidence. Une équipe fixe au sein de chaque résidence veille à son bon fonctionnement et travaille à l’accompagnement individuel et collectif des résidents. Cependant, ce fonctionnement est propre à l’ALJT, d’autres foyers de jeunes travailleurs fonctionnent plus classiquement avec un directeur, un directeur adjoint et des animateurs [2].

En quoi consiste votre mission d’accompagnement à la mobilité des jeunes ?

Quelle que soit leur situation professionnelle, les jeunes entrent dans nos résidences avec un projet : pour un jeune demandeur d’emploi, il s’agira d’intégrer une formation, pour un salarié en situation précaire de signer un contrat à durée indéterminée, pour d’autres, plus stables, de trouver un logement autonome… Avec un réseau de partenaires, nous les accompagnons pour qu’ils mènent à bien leur projet et bénéficient d’informations et de loisirs.

Ainsi, la résidence de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et différents partenaires : Agence départementale pour l’information sur le logement (ADIL), Caisse d’allocations familiales et 1 % logement ont organisé « Un toit sans tuile », une journée d’information ludique sur la recherche de logement. Dans le cadre du contrat ville, les résidences de Rosny-sous-Bois et de Bondy (Seine-Saint-Denis) proposent un « Club emploi » qui aide les jeunes à accéder ou à se maintenir dans un emploi non précaire. Les jeunes des résidences du Val-d’Oise avec l’association Culture du Cœur ont sillonné Auvers-sur-Oise sur les traces de Van Gogh. Ceux de Chaville (Hauts-de-Seine) ont organisé un défilé de mode. La résidence d’Argenteuil (Val-d’Oise), la DRASS, la CRAM, la ville et la mission ville se sont mobilisées sur des actions de prévention sur le thème du bien-être mental et des conduites à risques…

Nous participons aussi au développement de l’activité économique en Ile-de-France en travaillant en lien avec les collecteurs 1 % et nous nous adaptons aux besoins des entreprises soucieuses de loger leurs futurs employés. Les collecteurs 1 % participent - au titre de la participation des employeurs à l’effort de construction (PEEC) - au financement des réhabilitations de nos résidences et en contrepartie réservent des logements destinés aux salariés des entreprises. Ainsi le Crédit Agricole, à travers son collecteur, pourra loger dans nos résidences les 400 jeunes qu’il embauche chaque année.

Les jeunes peuvent-ils s’adresser directement à vous pour intégrer une résidence ?

Nous recevons 30 000 demandes par an et nous accueillons environ 8000 jeunes. Les candidats nous contactent par téléphone et par Internet ou sont orientés vers nous par nos partenaires : mission locale, collecteurs… Nous vérifions que leurs revenus correspondent au plafond de ressources HLM, étudions leur situation professionnelle et leur projet, veillant à garder une mixité sociale et un équilibre dans la résidence. Ainsi, si une résidence accueille une majorité de garçons, nous privilégions la candidature des jeunes filles, si elle héberge de nombreux apprentis, nous favorisons l’entrée de jeunes salariés ou de jeunes intérimaires.

Quel type d’hébergement proposez-vous ?

De l’hébergement dans de nouvelles résidences, des résidences réhabilitées ou en cours de réhabilitation. Nous mettons à disposition des jeunes des studettes de 12 à 16 m2 (avec kitchenettes et sanitaires), conçues par des architectes et des maîtres d’ouvrage pour optimiser l’espace. Nous proposons également des studios de 20 à 25 m2 à des couples. Ce sont des produits de très belle qualité. Nous mettons également divers espaces collectifs à disposition des jeunes pour favoriser les échanges et les rencontres (salle informatique, point information, espace cuisine…)

En quoi consiste l’accompagnement individuel des résidents ?

Quand un jeune entre chez nous, il signe un contrat de séjour avec un objectif autour duquel il va se mobiliser avec le soutien de l’équipe. Ainsi, Guillaume, 25 ans, originaire du Sud de la France, est arrivé dans une résidence parisienne pour suivre un stage de six mois dans l’hôtellerie avec comme projet la recherche d’un emploi stable. Son stage s’est transformé en CDD et nous avons prolongé son hébergement. À la fin de son contrat, nous referons le point avec lui : souhaite-t-il rester dans la résidence ou aller vers un logement autonome ? Nous l’accompagnerons dans son choix et le mettrons, si nécessaire, en lien avec les partenaires spécialisés. L’accompagnement varie en fonction des demandes et des besoins des jeunes.

En quoi consiste l’animation de la vie sociale, appelée à l’ALJT « vie résidentielle » ?

Elle est au cœur de notre mission sociale et regroupe l’ensemble des actions individuelles et collectives en direction des résidents. Les équipes professionnelles se mobilisent autour d’elle pour assurer la promotion et l’autonomie du résident. Les activités des résidences sont très variées et menées avec divers partenaires : café philo, atelier d’écriture, projets autour du développement durable, de l’agriculture biologique, soirées débats…

Vous accueillez également des jeunes relevant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ou de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Quel accompagnement leur proposez-vous ?

Nous accueillons 10 % de jeunes en accueil conventionné. L’éducateur de référence au niveau du département assure leur suivi. Dans la résidence, le « chargé d’accueil conventionné » les reçoit chaque semaine pour faire le point sur leur projet en lien avec l’éducateur référent. Ce travail de partenariat existe depuis longtemps et se passe très bien. Dans la résidence, les jeunes en accueil conventionné ne sont pas identifiés comme tels par les autres résidents, mais totalement intégrés au groupe. L’opportunité de rencontrer des jeunes avec des profils sociaux et professionnels très différents les dynamise.

Les gestionnaires de foyers de jeunes travailleurs ne sont-ils pas tentés de multiplier les accueils conventionnés pour obtenir davantage de financements ?

Nous ne sommes pas dans cette dynamique là. Les jeunes en accueil conventionné sont des jeunes en mobilité comme les autres. Le prix de journée d’un jeune venant de l’Aide sociale à l’enfance correspond au prix de la studette divisé par trente jours, les tarifs des studettes sont différents dans chaque résidence, le prix moyen d’une journée de prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance s’élève à 12,50 €. Dépasser la barre de 10 % d’accueils conventionnés fragiliserait l’équilibre de la structure. Notre fil conducteur reste la mixité sociale, l’accueil de tous : jeunes chercheurs, jeunes intérimaires, apprentis… Seule la mixité peut assurer l’équilibre d’une structure.

Que deviennent les jeunes résidents en accueil conventionné à la fin de leur prise en charge ?

Comme nous fonctionnons par contrat de séjour, le jeune qui a un projet peut rester au foyer. Dans le cas contraire, il trouve une autre solution avec l’aide de son éducateur référent. Comme tous les résidents, ils savent que le FJT est une solution d’hébergement temporaire.

Quels sont les projets de l’ALJT ?

D’ici 2010, nous avons l’objectif de créer 2000 places supplémentaires dont 1000 à Paris. Nous travaillons en lien avec les collecteurs de la PEEC et les maîtres d’ouvrage pour trouver des opportunités près des bassins d’emploi. Nous ouvrirons par exemple une résidence à Montevrain (Seine-et-Marne) pour les salariés de Disney en 2007, une autre près de l’aéroport de Roissy (Val-d’Oise) pour les jeunes travaillant sur la plateforme des aéroports de Paris en 2008. Les partenaires du développement de l’ALJT sont les maîtres d’ouvrages (société HLM), les collecteurs, l’État, la région, les départements, les communes et les intercommunalités.


[1Hauts-de-Seine/Yvelines, Nord de la Seine-Saint-Denis, Sud de la Seine-Saint-Denis/Val-de-Marne/Essonne, Paris, Val-d’Oise

[2ALJT - 18/26, rue Goubet 75019 Paris.


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