N° 910 | du 18 décembre 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 18 décembre 2008

À quoi sert le travail social ?

Joël Plantet

Les travailleurs sociaux cherchent à se rendre visibles et à dégager une parole politique. Une rencontre nationale a permis d’engranger une réflexion et des témoignages en amont ; le MP4 poursuit sa mobilisation

Les travailleurs sociaux sont-il exsangues ? Ils sont confrontés à des demandes parfois impossibles à satisfaire : insécurité sociale et précarisation croissantes, pression de la rentabilité, gestion de situations ingérables (avec les personnes sans papiers, par exemple), approche sécuritaire des problèmes sociaux… Au cœur de la tourmente sociétale, le travailleur social, sorte de Sisyphe, a des défis colossaux à relever.

Mal connu, souffrant d’un déficit d’image et de reconnaissance, il reste invisible au regard du grand public. Cet état de fait est d’autant plus paradoxal que le travail social n’a jamais été aussi présent dans les politiques publiques. Les 11 et 12 décembre derniers, la fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars) organisait à Nice ses Journées du travail social, avec une question crue : « Le travail social sert-il encore à quelque chose ? ». Dans le contexte d’un libéralisme exacerbé où chacun est considéré comme maître de son destin, il s’agissait de démontrer l’expertise des travailleurs sociaux et leur capacité d’innovation face aux problématiques complexes auxquelles ils sont confrontés.

« Nous rencontrons des personnes de plus en plus abîmées. Au regard de la conjoncture actuelle, on peut facilement supposer que la situation des plus démunis, fragilisés, ne va pas s’améliorer », s’inquiète une éducatrice d’un CHRS d’Angoulême. Interrogée en amont par la Fnars, elle appelle de ses vœux « une instance dans laquelle [les travailleurs sociaux] pourraient parler de ce qu’ils font, de ce qu’ils vivent, faire part de leur expertise du terrain ». Un autre : « Je crains que perdure la tendance des politiques à traiter les problèmes sociaux dans l’urgence, dans le paraître, dans le médiatique, aux dépens de solutions dans la durée. L’urgence plutôt que l’insertion. Le chiffre plutôt que la qualité »

« Le travail social va nécessiter au cours des prochaines décennies de réfléchir sans cesse à de nouvelles réponses en inventant de nouvelles façons de faire », anticipe un autre. « Peu à peu, nous nous sommes habitués à travailler dans une logique d’appel à projet, d’évaluation […] mais il faut être vigilant sur un point : faire en sorte que l’accompagnement soit sauvegardé, qu’il reste au cœur de notre métier », estime une chef de service de CHRS en Moselle.

Un effort de clarification reste souhaitable. Sous la désignation globale de travailleurs sociaux se croisent des éducateurs, des assistantes sociales, des « référents », des conseillères en économie sociale et familiale, des veilleurs de nuit, des accueillants, des directeurs et chefs de service, les bénévoles référents d’une mission locale, des conseillers ANPE, des éducateurs de jeunes enfants ou des éducateurs de rue...

La mobilisation s’organise. Le Mouvement pour une parole politique des professionnels du champ social (MP4) proposait fin novembre à Paris une deuxième rencontre, estimant que « sous couvert des meilleures intentions, les textes de loi promeuvent des dispositions qui vont à l’encontre des besoins des personnes accompagnées ». Les bases d’une charte y ont été posées.

De même, à Toulouse, la mobilisation se poursuit : deux rencontres, le 10 novembre et l’autre prévue 16 décembre, ont proposé la mise en place d’un « groupe de vigilance » et d’une commission de propositions. Certaines ne manquent pas d’humour, dont celle-ci : l’éventualité de la création d’une direction générale de l’action sociale (DGAS) « en exil » pour protester contre la fusion annoncée des DGAS dans les agences régionales sociales (ARS).