N° 1090 | du 24 janvier 2013

Faits de société

Le 24 janvier 2013

À quoi sert la médiation sanitaire ?

Joël Plantet

Les médiateurs sanitaires défendent les droits des personnes les plus vulnérables – par exemple les populations roms – dans le domaine de la santé. Comment travaillent-ils ? Une recherche-action souligne leur utilité.

La médiation sanitaire voit son intérêt reconnu depuis l’année 2000, où le terme de médiateur de santé publique est apparu. Elle tente, par exemple, de rendre accessible le discours médical, qui en a bien besoin. C’est aussi un outil de lutte contre les discriminations, principalement dans le cas des populations roms. Ainsi, un référentiel métier, construit par l’association Romani Criss, parle d’« améliorer la communication entre les agents de santé, les bénéficiaires et d’autres institutions locales ». Dernière dimension : le médiateur favorise le passage de l’action humanitaire vers le système de santé de droit commun. Il est donc temps que la médiation s’inscrive dans des stratégies de santé publique et de droit commun, pour dépasser la simple fonction d’interprète.

Le 14 décembre, un colloque intitulé La médiation, pour l’accès à la santé des populations précarisées : l’exemple des Roms, présentait à Paris une évaluation et des préconisations de médiation sanitaire, en collaboration avec l’association pour l’accueil des Voyageurs (ASAV) et quelques structures associatives locales (dont Médecins du monde). À partir de quatre sites pilotes (Bobigny, Lille, Fréjus, Nantes), des actions avaient été initiées en direction des femmes et jeunes enfants roms. La journée s’est conclue sur l’importance des enjeux de la médiation sanitaire, et avait dégagé des perspectives d’action pour la reconnaissance de ce métier.

Des entretiens ont eu lieu entre médiatrices ou représentants d’associations et femmes enceintes ou mères d’enfants de moins de six ans. Régulièrement sous la menace d’une expulsion, ces publics vivent des problèmes de salubrité proportionnels à l’insuffisance des sanitaires et du ramassage des ordures : moyens municipaux mis à disposition « très inégaux », présence ou non de point d’eau et de raccordement électrique, desserte ou non de transports en commun… Les problèmes de domiciliation, l’absence parfois de preuve de résidence depuis plus de trois mois, l’absence de couverture maladie (pour la moitié des femmes rencontrées) compliquent évidemment une situation déjà précaire.

Des actions partenariales doivent émerger

Environ un quart des femmes concernées ont eu leur premier enfant alors qu’elles étaient mineures. Autre constat : plus des trois quarts des femmes rencontrées ne possédaient pas une compréhension suffisante sans interprète. La consommation de consultations médicales par personne est très faible (0,7 par an !). Le suivi des grossesses, même au-delà de six mois, reste « très insuffisant ». Près de 60 % des femmes interrogées ne savent pas où s’adresser pour bénéficier d’une contraception. Près de 60 % des enfants de moins de six ans n’ont pas de carnet de santé. Enfin, l’origine rurale ou urbaine des femmes et l’ancienneté de la présence en France expliquent les différences d’autonomie dans l’accès aux structures de santé. Les motifs du renoncement aux soins évoqués sont la peur de ne pas se faire comprendre, l’absence de possibilités de transport et le coût des soins en l’absence d’aide médicale d’Etat (AME).

Dans ce contexte, des actions partenariales doivent émerger : mobiliser davantage les agents de la CPAM, organiser une information en direction des associations sur l’ouverture des droits, traduire le formulaire de l’AME en roumain, associer les bénéficiaires aux actions de prévention… De même, l’étude préconise de mettre en place des séances « d’inter-formation » entre les médiateurs ou l’équipe Rom de Médecins du monde et les structures (PMI, centres de planification familiale, hôpitaux…).