N° 758 | du 23 juin 2005

Faits de société

Le 23 juin 2005

À quand une meilleure prise en charge de l’autisme ?

Joël Plantet

Isolement des professionnels, parents laissés sans accompagnement après un diagnostic, absence de structures, ruptures de prise en charge, programmes de recherche non coordonnés… Les familles comme les intervenants attendent, depuis de nombreuses années, davantage de cohérence et de moyens dans la prise en charge de l’autisme. La généralisation programmée des Centres de ressources autisme (CRA) va-t-elle commencer à pallier ces manques ?

On se souvient du rapport (septembre 2003) du député de la Loire, Jean-François Chossy, missionné par la secrétaire d’État aux personnes handicapées, et de ses fortes conclusions, implorant de ne pas opposer les différentes approches et préconisant un « plan Orsec pour l’autisme », avec entre autres l’organisation d’une Conférence de consensus… Force est de constater que l’écrit, fourmillant d’idées, était jusqu’à présent plutôt resté lettre morte.

Les choses vont-elles finir par bouger ? Certains indices peuvent le laisser penser. Une première classe d’intégration scolaire (CLIS) pour enfants autistes, fruit d’une collaboration entre académie et hôpital psychiatrique, était en état de fonctionner à Paris à la rentrée 2004 – 2005. Ayant accueilli cette année quatre enfants — un cinquième doit venir augmenter l’effectif à la rentrée prochaine —, la Clis dispose d’un éducateur spécialisé et d’un agent spécialisé des écoles maternelles de la Ville de Paris. D’autres classes de ce type devraient éclore dans les prochains mois.

Mais globalement ? Deux récentes études ont porté sur les enfants et adolescents, de même que sur les adultes souffrant d’autisme, pointant de nouveau les insuffisances (avril 2005, études n° 396 et 397 de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques - DREES). Le dernier plan, intitulé Autisme 2005 – 2007, nouveau regard, nouvelle impulsion, présenté fin 2004 par le ministre de la Santé d’alors, Philippe Douste-Blazy, prévoit sans surprise un meilleur accueil, un meilleur diagnostic, de meilleures orientations.

Une campagne de sensibilisation des professionnels est prévue pour la fin de l’année 2005, une conférence internationale se tiendra sur le sujet en 2006, les pratiques de prise en charge étant depuis peu répertoriées par un nouveau Conseil national de l’évaluation sociale et médico-sociale. Le plan prévoit également la création de quelque deux mille places enfants/adultes en établissements, en maisons d’accueil spécialisé ou en foyers médicalisés pour adultes.

Composé d’acteurs du secteur, un nouveau Comité national de l’autisme doit adresser des propositions aux ministres concernés. Prévus au nombre d’un par région (on est encore loin du compte : il en existe seulement une dizaine, d’autres devant voir le jour en 2006), les Centres de ressources Autisme (CRA) associent des équipes pluridisciplinaires pour un accès aux soins adapté. Des partenariats seront développés avec les maisons départementales des personnes handicapées.

Le développement des centres de ressources

Un centre de ressources sert à informer et orienter les familles, mais il recense aussi les besoins en termes de prise en charge, de loisirs et d’hébergement. Le CRA favorisera en principe un travail en réseau, de même que la recherche et la formation des professionnels du secteur, améliorant ipso facto la connaissance des savoir-faire mutuels.

Ils ont récemment été installés par une circulaire interministérielle, en date du 8 mars 2005 : « les CRA ont pour vocation, en s’appuyant sur des équipes ayant développé des compétences en matière de diagnostic et d’évaluation des troubles envahissants du développement, l’accueil et le conseil des personnes et de leur famille, l’aide à la réalisation de bilans et d’évaluations approfondies, l’information, la formation, le conseil auprès de l’ensemble des acteurs impliqués dans le diagnostic et la prise en charge de l’autisme et des troubles apparentés, l’animation et la recherche sur un territoire donné. »

À Paris — où plus d’une quinzaine d’associations sont porteuses de projets dans le champ de l’autisme —, un groupe de travail installé en juillet 2002 et réunissant professionnels et familles, administrations et institutions, avait dégagé quelques priorités : soutien aux projets d’accueil temporaire, développement d’une offre de garde entre 16 et 18 heures, création d’une cellule technique d’appui au montage de projets et subventions aux associations porteuses de ces mêmes projets dans le champ de l’autisme. Les propositions de ce groupe, en termes de dispositifs à inclure dans le futur schéma directeur départemental, seront soumises au Conseil de Paris en février 2006.

Inauguré le 8 juin, le CRA francilien [1] dispose pour l’heure d’une assistante sociale, d’une personne chargée d’accueil, de plusieurs psychologues et psychiatres, d’une documentaliste et d’une directrice. Fonctionnant depuis plus d’un an, le centre a observé qu’il avait été, jusqu’à présent, deux fois plus sollicité par les professionnels que par les familles. Il organisera à Paris en octobre prochain des Journées nationales des centres de ressources Autisme, avec les autres CRA existants.


[1CRA - 27 rue de Rambouillet - 75012 Paris. Tél. 01 49 28 54 20. mail : contact@craif.org