N° 718 | du 22 juillet 2004 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 22 juillet 2004

« À cheval aussi » ou le polyhandicap en photos

Jacques Trémintin

Photographies de Daniel Mingant

La personne polyhandicapée donne le plus souvent à voir d’elle-même un être recroquevillé au fond d’un fauteuil ou d’une coque assise ou de verticalisation qui bouge un peu, qui ne parle pas ou peu mais qui peut crier ou sourire, pleurer ou s’agiter. Le polyhandicap désigne un ensemble de troubles associés : déficiences physiques, fonctionnelles, sensorielles, somatiques ou motrices accompagnées d’un retard important du développement mental, des épilepsies et des troubles de la personnalité. Les acquisitions dans le domaine de la communication sont très largement freinées, voire stoppées très tôt. Pour correspondre avec son entourage, chaque personne atteinte de ces terribles troubles développe des « codes » qui lui sont propres et qui sont bien difficiles parfois à interpréter, entraînant une coupure, un fréquent repli sur soi et un refus d’échange avec l’autre.

Ce positionnement favorise l’abandon de la place de sujet ayant un impact sur son environnement au profit et d’une simple attitude d’objet de soins et de prise en charge. C’est justement en cela que la relation au cheval est pertinente : la communication avec cet animal s’appuie sur un langage corporel simple, direct et global, sans ambiguïté, au travers du contact, du toucher, de la sensation et du mouvement. En outre, le cheval n’a aucune attente et ne présente pas, comme c’est le cas parfois pour l’accompagnateur, une exigence de progression qui peut constituer une menace pour la personne porteuse de polyhandicap. La pratique d’une approche progressive du cheval doit toutefois être gérée en tenant compte d’un certain nombre de précautions : choisir des animaux doux, peu farouches et obéissants, savoir apprécier et comprendre les manifestations de plaisirs et de stress des personnes atteintes de polyhandicap, identifier la mauvaise posture, la douleur, le geste inadéquat, le risque à prendre avec elles.

Car, mettre ainsi en présence des personnes fragilisées par un handicap parfois important avec des chevaux puissants et aux réactions jamais complètement prévisibles est un véritable défi. Mais que de bénéfices attendus ! Psychomoteurs et corporels tout d’abord : tonification musculaire, travail sur le port de tête, la station assise, perfectionnement et approfondissement de l’évolution motrice, éveil à la marche (stimulation par les mouvements rythmiques du bassin), assouplissement des rétractions musculo-tendineuses, utilisation des mains… Bénéfices psychoaffectifs ensuite : découverte de ses capacités et de soi-même, rencontre avec l’autre, expression de sentiments nouveaux, gratification du regard de la famille. Et puis, il y a cette notion de plaisir partagé : découverte de sensations nouvelles et inconnues pour la personne et satisfaction de les lui faire découvrir pour l’accompagnateur.

Sollicitée par le congrès d’Handi-Cheval, à Amiens en 2002, pour présenter leur travail, l’équipe de l’IME de Plabennec s’y était rendue avec de nombreuses photos. Ces clichés, elle les avait déjà utilisés pour solliciter la bourse de la fondation Bayer santé (dotation qu’elle a d’ailleurs obtenue et qui lui a servi à aménager un petit manège, un box et une sellerie pour les chevaux). Un photographe professionnel Daniel Mingant avait été sollicité pour réaliser ces images pleines de tendresse et de sensibilité. C’est son travail qui fait l’objet d’un magnifique album de photos [1]. L’ouvrage se termine par un propos à trois voix : celles de Véronique Robin et de Josiane Pellen, éducatrice spécialisée et de Jean-Yves Linguinou, masseur-kinésithérapeute à l’IME.


[1À cheval aussi, 2004, (96 p. ; 25 € + 5 € de port). Commande à adresser à IME Les Genêts d’or - Kerveguen - 29860 Plabennec. Tel. 02 98 40 42 49


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